Nicolas Cage,
son secret de fabrication

Texte : Rüdiger Sturm
Illustrations : Peter Strain

Invité d’honneur au Festival du film américain de Deauville en ­septembre dernier 2013, Nicolas Cage renoue avec le cinéma d’auteur. L’acteur confie à The Red Bulletin les motivations de son retour aux sources.

Nulle autre star hollywoodienne n’est en même temps aussi détestée et vénérée que Nicolas Cage. Il a incarné le superhéros, le soldat, l’alcoolique et le voleur de voitures avec une énergie obsessionnelle. Des prestations saluées par un Oscar ou de mordantes critiques. Celui qui a été le mari de la fille d’Elvis a gagné beaucoup d’argent mais en a perdu encore plus. À 50 ans, Nicolas Cage a décidé de donner un souffle nouveau à sa filmographie. Une belle occasion de lui rendre visite. 

 THE RED BULLETIN : Vous arrive-t-il de penser à la mort ?
NICOLAS CAGE :
Oui bien sûr, mais je ne suis pas -pressé de la rencontrer. C’est important d’y songer de temps en temps. C’est le meilleur moyen de surmonter l’angoisse qu’elle inspire.

Êtes-vous parvenu à vaincre cette peur ?
Disons que je progresse… Où voulez-vous en venir avec ces questions ?

Sur le tournage de votre dernier film, Joe, vous auriez pris en mains un mocassin d’eau, un serpent dont la morsure est mortelle. 
Aucun rapport avec une quelconque fascination de la mort. C’était simplement une façon de me détendre.

Il y a des tas de manières moins dangereuses de se relaxer…
En tournant des films d’action, j’ai découvert que les cascades me détendaient. Une course-poursuite à 160 km/h, éviter des voitures qui vous arrivent en face ou essayer de ne pas finir dans un mur ont l’effet sur moi d’une méditation. C’est peut-être une réaction inhabituelle face à ce genre de situations mais c’est comme ça que je le ressens. C’est comme avec le café : plus j’en bois, plus je me détends.

Et quand le café ne suffit plus, vous passez au venin de serpent ?
(Rires.) Non. Pendant le tournage de Joe, j’avais ce fameux jour – une scène compliquée à tourner. Mon niveau d’adrénaline était bas et ma concentration pas assez élevée. C’est là que l’idée du serpent m’est venue. J’ai demandé  son autorisation à David -Gordon Green, le réalisateur, qui m’a répondu : « Uniquement si tu me promets de ne pas y rester, sinon je vais passer pour un abruti. » La montée d’adrénaline a été instantanée et la scène a pu être tournée. Je suis capable de surfer sur une vague d’adrénaline en gardant ma nervosité sous contrôle. C’est mon secret de fabrication.

Vous n’avez pas la frousse ?
Si, toujours, et il le faut. Sans elle, cela n’a aucun sens. Il s’agit de regarder sa propre peur en face. C’est à ce prix seulement qu’on peut la vaincre. Le principe est simple : affronter nos démons, c’est leur faire perdre l’emprise qu’ils ont sur nous.

Pouvez-vous nous donner des exemples de peurs que vous avez surmontées de la sorte ?
Il y a quelques années, au large de l’Afrique du Sud, j’ai fait une plongée dans une cage pour être nez à nez avec un grand requin blanc. Mon pire cauchemar. Ce fut une expérience incroyable. Ce puissant requin était à un ou deux mètres de moi, il me fixait de son regard vide. Soudain, j’ai senti qu’un lien se créait, serein et magnifique. Un moment de pure harmonie, le pied. Vous devez penser que je suis dingue, non ?

Non, sauf si vous me dites qu’après ça vous vous êtes frotté le nez avec lui pour vous guérir de cette peur…
(Rires.) J’ai une autre histoire pour vous. Une fois, à la Nouvelle Orléans où je vivais il y a quelques années, je naviguais dans les marais et je suis tombé sur un alligator de 400 kg. Il était là juste à la surface de l’eau et me regardait, on aurait dit un dinosaure.

Avez-vous sauté du bateau, histoire de le défier à la nage ?
Non, mais je lui ai lancé des guimauves. Les alligators en raffolent !   

À vous entendre, vous avez raté votre vocation. Auriez-vous aimé être un aventurier ?
Vous ne croyez pas si bien dire. À 16 ans, j’ai pris deux résolutions. La première était d’essayer sérieusement de devenir acteur. Et la seconde, de devenir pêcheur ou de rentrer dans la marine marchande si j’échouais dans le cinéma. La mer est mon premier amour. Sa proximité me procure un incomparable sentiment de sérénité. 

Pourquoi le métier d’acteur a-t-il été votre premier choix ?
Pour moi, c’est une soupape de décompression parfaitement adaptée. Et j’en ai bien besoin avec toute l’énergie et surtout la colère que j’ai en moi. Enfant, j’étais la colère incarnée. Sans ce métier, j’aurais fait les pires conneries. J’en suis convaincu. 

« Affronter nos démons, c’est leur faire perdre l’emprise qu’ils ont sur nous »
Nicolas Cage

D’où venait cette colère ?
J’étais incapable d’établir des relations avec les autres. J’étais un marginal, sans amis, et rejeté à l’école. C’était dur à vivre. Même mon père m’a dit un jour que j’étais sans doute un alien. Cette idée était tellement ancrée en moi qu’un jour, lors d’une visite chez le médecin, j’ai été stupéfait d’apprendre que mes organes et mon squelette étaient normaux. Ma vie n’était alors pas une partie de -plaisir. Mais en même temps, je savais que quelque chose allait m’arriver et donnerait un sens à ma vie.

Et cette chose, c’était, et c’est encore, le métier d’acteur ?
Jusqu’à preuve du contraire, oui.

Cela vous a-t-il permis de chasser tous vos angoisses ?
Vous savez, je ne suis pas intrinsèquement un homme en colère. C’est un sentiment passager. Je sais bien qu’une vie sans agressivité est bien plus légère. J’aime cette planète et j’adore y vivre. J’aime ma famille par-dessus tout. Si je le pouvais, je resterais tous les jours chez moi à jouer avec mon fils de 8 ans et à le regarder grandir.

Comment avez-vous su que la voie de la comédie et le show-biz pouvaient être les soupapes de décompression que vous recherchiez ?
Je crois que c’est lié à mon père. Il était doué pour stimuler mon imagination. Il m’obligeait à lire des classiques auxquels je devais ajouter un chapitre. Ce que j’ai fait avec Siddhartha de Hermann Hesse, Le Meilleur des mondes d’Aldous Huxley ou Moby Dick de Herman Melville. Mon père m’a aussi construit un château fort dans le jardin. C’était mon refuge, mon royaume. J’y passais le plus clair de mon temps. Je m’imaginais dans la peau de multiples personnages. C’est certainement là qu’est née ma vocation.

Quand on connaît un peu votre histoire, on sait que vos relations avec votre père n’ont pas toujours été idylliques.
Les dernières années de sa vie, nous nous sommes beaucoup rapprochés. Son infarctus en 2008 m’a -profondément secoué. Et je suis heureux que nous ayons pu partager des moments ensemble.

Le château fort de votre enfance a-t-il influencé l’achat du château que vous possédiez en Allemagne ?
Quand je repense à ce château, c’est avant tout sa découverte qui me revient en mémoire. C’était en hiver, je roulais en voiture à travers une forêt enneigée. Parsifal de Wagner passait à la radio, et en quittant la forêt, le soleil brillait et la neige scintillait sous ses rayons. J’ai alors aperçu le château et j’ai eu la sensation d’arriver chez moi. Oui, on peut dire que ce sentiment était proche de celui que je ressentais à l’intérieur de mon château fort d’enfant.

Avez-vous souffert de devoir le vendre ? À l’époque, vous traversiez une mauvaise passe financière. 
N’exagérons rien. Il fait toujours partie de mes souvenirs comme celui de mon enfance. Et puis, on parle là de quelqu’un qui a dû vendre un château. Si je disais que cela a été un crève-cœur, ce ne serait pas très respectueux des gens qui connaissent de réels problèmes. Je ne voudrais pas passer pour un cynique. La vérité, c’est que je n’avais tout simplement plus les moyens de le garder. À cette époque, je gagnais bien ma vie mais je n’avais aucune confiance dans les banques. J’ai alors investi dans l’immobilier, et après, tout s’est effondré. On ne gagne pas à tous les coups. Et rien n’arrive par hasard.

C’est-à-dire ?
Je mène aujourd’hui une vie très différente. Disons plus ouverte. Je ne me cache plus sur un yacht, dans un jet privé ou derrière les murs d’un château. Je vis au quotidien avec des gens normaux et ça me fait le plus grand bien.

Un changement qui semble aussi concerner votre carrière. Joe est très éloigné des films d’action dans lesquels vous jouiez ces dernières années.
C’est juste. C’est un nouveau départ. Je reviens à mes racines, c’est-à-dire aux rôles dramatiques dans des productions indépendantes.

Peut-on dire que vous avez été un temps le roi de la série B ?
Ce n’est pas ma vision des choses. Les films d’action étaient une réponse aux gens qui disaient que je ne pouvais pas en être le héros. J’ai voulu leur prouver le contraire. L’acteur dramatique que j’étais s’est alors mué en acteur de films d’action en réussissant à incarner des rôles intéressants. Aujourd’hui, je me concentre à nouveau sur des rôles dramatiques.

L’adrénaline ne va-t-elle pas vous manquer ?
J’en ai besoin uniquement quand je tourne. Mais la moto, c’est palpitant aussi. Et il me reste encore un rêve à réaliser : faire du deltaplane.

Pour une star de Hollywood, on ne peut pas dire que ce soit là le rêve le plus inaccessible…
Les contrats constituent l’un des aspects de mon travail, et souvent les activités telles que le deltaplane y sont formellement interdites. Pour moi, le deltaplane est le moyen idéal de se fondre dans la nature. Ça ne pollue pas et on se sent libre comme un aigle. On apprend à apprivoiser l’air. C’est sûr, un jour, j’irai dans les Alpes dans l’une de ces écoles qui vous font passer le brevet en deux semaines. Je volerai alors aux premières heures de la journée. De mes propres ailes.

NICOLAS CAGE EN CHIFFRES

Oscar : 1
Nominations aux Oscars : 2
Mariages : 3
Enfants : 2

Critiques positives pour son film Red Rock West (1993) : 95%

Critiques positives pour son film Deadfall (1993) : 0%


Différence d’âge entre Alice Kim, sa femme actuelle, et lui : 20 ans

Nombre de résultats sur Google : 21 millions

Montant d’un crâne de dinosaure acquis aux enchères :  267 000 dollars

Montant de sa dette fiscale en 2010 :
13 300 000 dollars

… et de 1996 à 2011 :
150 000 000 dollars

Acquisitions entre 2000 et 2007 :
15 résidences
1 jet privé Gulfstream à 30 millions de dollars
1 collection de BD (400 !) d’une valeur de 1,6 million de dollars
4 yachts, le plus cher à 20 millions de dollars

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03 2014 THE RED BULLETIN France

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