Rage de glace

Entretien : Andreas Rottenschlager
Photos : Sebastian Copeland

Le photographe franco-britannique a traversé l’Antarctique. Sebastian Copeland confie ses secrets de survie.  

THE RED BULLETIN : Lors de votre traversée du Groenland en 2009, le blizzard vous a bloqué sept jours sous la tente. Comment avez-vous fait pour ne pas devenir fou ?
SEBASTIAN COPELAND : Au début, l’adrénaline m’a gardé éveillé. Je craignais de voir la tente emportée par la tempête à tout moment. Le vent soufflait dessus à 130 km/h, il était impossible de dormir. C’est comme si elle avait été posée devant un réacteur d’avion.

L’explorateur Sebastian Copeland, ici en 2009, sur la route du pôle Nord : « Se lamenter est vain ! » 


De quoi avez-vous parlé avec Eric McNair-Landry, votre partenaire d’expédition, durant ces sept jours ?
On ne part pas en expédition polaire pour se faire des amis. L’important est d’avoir avec soi un professionnel, comme Eric, qui augmente vos chances de mener la mission à bien. Nous n’avons pas vraiment disserté sur nos jeunes années. La plupart du temps nous restions plongés dans nos pensées. De temps en temps, on jouait aux échecs.

Comment renforce-t-on son mental pour une telle expédition ?
Le mental prime sur le physique, c’est une évidence. En fait, la condition physique constitue la partie la plus facile de la préparation, il suffit de se rendre dans une salle de musculation. Apprendre à gérer la douleur, c’est bien plus compliqué.  Pour m’y préparer, je fais des séances de marche de deux heures en montagne, équipé d’un gilet de 50 kilos. Au bout de cinq minutes, je suis épuisé mais je dois tenir malgré la souffrance. Si vous échouez dans cet exercice, mieux vaut ne pas aller vous frotter à l’Antarctique.

Au Groenland vous vous êtes déplacé en kitesurf avec des skis aux pieds, établissant au passage un nouveau record de distance de 594 km en 24 heures (l’aventure est racontée dans le documentaire The Greenland Victory, ndlr). Quand trouviez-vous le temps de vous alimenter ? 
Nous préparions nos repas matin et soir dans de la glace fondue. Aujourd’hui, on trouve toutes sortes de plats lyophilisés. Du bœuf bourguignon aux fettuccine alfredo. L’apport nécessaire en féculents et en lipides est crucial. Entre deux, je grignotais des noix du Brésil. Elles offrent le meilleur rapport poids/apport calorifique. Le choix de la nourriture demande un soin scientifique. Chaque calorie compte.

« On a du mal à dormir sous la tente quand le vent souffle à 130 km/h »
Sebastian Copeland

On dort mal avec un vent qui souffle à 130 km/h sur la tente. Dans vos photos et vos documentaires, vous évoquez les méfaits liés au changement climatique.
Nous sommes de plus en plus déconnectés des conséquences de nos comportements. Aujourd’hui, on règle sa facture d’électricité ou le ramassage de ses ordures ménagères avec un chèque, sans réfléchir au reste. Mais après des semaines au milieu d’un désert enneigé, la découverte de la moindre boîte de conserve vous choque, croyez-moi. Je maudis les responsables
de ces déchets. 

Comment avez-vous convaincu Leonardo DiCaprio de préfacer votre livre The Global Warning (paru en 2007, ndlr)?
Aux États-Unis, je travaille pour la Croix Verte Internationale, une ONG à but environnemental. En 2002, j’ai préparé avec Leo une initiative en vue du Sommet de la Terre à Johannesburg. Par la suite, il a souvent assisté à mes conférences. Pour moi, Leo est l’une des célébrités les plus concernées par la cause environnementale. Son engagement est réel, cela n’a rien d’une posture.

En 2011, vous vous cassez deux côtes dès le début de votre expédition en Antarctique. Comment avez-vous tenu pendant les 75 jours de l’expédition ? 
En manœuvrant avec le kitesurf, je suis retombé sur un sastruga, une irrégularité topographique saillante formée par le vent. Quelques jours avant l’expédition, j’étais au Cap et je dînais avec un ami aventurier qui a connu la même mésaventure. Je lui avais demandé comment il avait géré sa blessure. Il m’a répondu qu’il avait pris des antalgiques pour poursuivre son expédition. J’ai fait la même chose.

Quelles leçons tirées de vos expéditions vous servent au quotidien ?
Primo, se lamenter sur son sort n’a jamais résolu aucun problème. Deuxio, il faut savoir rester humble en toutes circonstances. Les expéditions exigent un grand ego mais rien ne vaut un désert de glace pour vous apprendre l’humilité. Vous descendez de l’avion, vous posez les deux pieds sur la glace et, devant vous, il y a plus de 4 000 km à parcourir. Ça calme.

En bref

Naissance
3 avril 1964 en Angleterre

Professions
Photographe, aventurier, défenseur de l’environnement

Films 
Into The Cold: A journey of the Soul (2010) sur sa marche de 600 km vers le pôle Nord
Across the Ice: The Greenland Victory (2013) sur sa traversée du Groenland en kitesurf

Relations célèbres 
Copeland est le cousin d’Orlando Bloom et il a été marié à l’actrice Brigitte Nielsen

 

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04 2014 The Red Bulletin France

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