Albert Hammond JR

« Avant une tournée , je me prépare comme un sportif »

Texte : Duff McDonald
Photo : Jason Mcdonald

La vie de rock star a failli tuer Albert Hammond Junior, mais le guitariste des Strokes a repris le droit chemin et retrouvé l’inspiration. Ouf  !

Quand Albert Hammond Junior ne jouait pas de la guitare dans des stades remplis de fans avec les Strokes, le phénomène post-punk des années 2000, il se bourrait de drogues en tous genres. Et ce qui devait arriver arriva. Redevenu clean, il a alors puisé dans une profonde veine créative pour entamer une carrière en solo. À l’occasion de la sortie de son troisième album, Momentary Masters, le musicien de 35 ans nous parle de guérison et de redécouverte. 


THE RED BULLETIN : Se débarrasser d’une addiction, c’est une chose, mais comment se remet-on dans le processus de création ?

Albert Hammond Jr : Il s’est passé deux ans entre le moment où j’ai arrêté de prendre de la drogue et celui où j’ai commencé à me sentir normal. Je doutais de tout ce que je faisais, je ne pensais pas que je pourrais refaire de la musique un jour. C’était super dur. Quand je voulais regarder un film, il fallait que je le note dans mon agenda pour ne pas finir par m’isoler dans ma chambre. Ça peut sembler idiot mais mon thérapeute me disait d’utiliser mes yeux comme un appareil photo – pas pour juger quoi que ce soit, juste pour m’imprégner de tout ce que je voyais, comme un archéologue qui débarquerait sur une planète inconnue. Je le faisais en soirée. Je le faisais quand je sortais. C’est devenu une habitude, j’absorbais des informations, c’est tout. Et au final, c’est ça qui m’a aidé à retrouver ma curiosité.

La chanson Losing Touch, tirée de l’album Momentary Masters.

© YouTube // alberthammondjr

C’est le fait d’en être passé par ça qui vous a aidé à être inspiré à nouveau ? 

Quand tu ne fonctionnes plus que sur pilote automatique et que tu dois trouver un moyen de t’en sortir, tu peux en apprendre pas mal. J’ai dû y aller petit à petit rien que pour retrouver l’envie de m’éclater. Mais il le fallait, parce que si tu t’éclates, ça t’empêche de faire des choses que tu ne devrais pas. J’ai aussi dû mettre plus de discipline dans ma vie. Je me réveille, je répète, je fais du sport. J’essaie toujours de m’activer de manière positive. En ce moment, je cherche à mettre de nouveaux rituels en place, et ça vaut aussi pour l’écriture.

Donc, vous avez retrouvé les raisons pour lesquelles vous êtes devenu un musicien ? 

Tout à fait. Cet album, je voulais qu’il ait plusieurs niveaux, qu’on puisse l’écouter en voiture, entre amis, n’importe où. Mais ce que je voulais surtout, c’était toucher les gens, leur faire ressentir quelque chose auquel ils peuvent se raccrocher. Quand j’avais 15 ans, la musique a changé ma vie. L’école, ce n’était pas mon truc. Ils savaient tous ce qu’ils voulaient faire de leur vie. Et ça ne parlait que d’argent. Et puis, bam ! J’ai découvert les Beatles et le Velvet Underground, je me suis senti tellement proche de leur musique, ce n’est même pas qu’elle me faisait réfléchir, je m’y connectais, c’est tout. Et puis, dans certaines chansons, après les avoir écoutées plusieurs fois, il m’arrivait d’entendre des paroles qui, tout d’un coup, avaient un rapport avec un moment de ma vie. Comme s’ils me connaissaient ! C’est ce genre d’émotion que j’ai envie de susciter. 

Dans un sens, être accro, c’est pousser son corps (et son esprit) jusqu’à la limite. Mais pas besoin de se ruiner la santé pour ça…  

Quand je me prépare pour partir en tournée, je suis un peu comme un sportif qui se préparerait pour gagner le championnat. Je m’exerce à la guitare, au chant. Je me maintiens en forme. Je fais de la moto et de la plongée sous-marine. Mais ce n’est pas simplement pour être en bonne condition physique, parce que quand on écume les routes, la tête peut lâcher bien avant le corps. Avoir un excellent moral, c’est essentiel. 

Ça vous manque de faire la fête comme une rock star ? 

Bien sûr. Des fois, même les moments les plus sombres me manquent. Mais quand je repense à cette période de ma vie, je ne m’imagine pas faire ce que je faisais alors. Si je pouvais remonter le temps, je me dis que ça aurait été génial à cette époque d’en avoir été là où j’en suis maintenant.

TOUS LES SUJETS ACTUELS EN UN CLIN D’ŒIL
 
> RECEVEZ LA NEWSLETTER ! <
Cliquer pour lire la suite
09 2015 The Red Bulletin

Article suivant