Thomas Jolly sur Netflix

Avant Netflix,
il y avait le théâtre…

Entretien : PH Camy
Photo : Olivier Metzger / Modds

Pas de Game of Thrones ou House of Cards sans Shakespeare ! Le comédien et metteur en scène extraordinaire Thomas Jolly vous le dit, les séries TV a succès doivent tout ou presque à l’auteur anglais.

THE RED BULLETIN : Selon vous, Thomas Jolly, les séries TV actuelles à succès doivent beaucoup à l’auteur anglais William Shakespeare, dont vous êtes connu pour avoir monté des représentations de ses œuvres durant plus de 18 heures. Qu’est-ce qui fait de son théâtre un Netflix avant l’heure ?

THOMAS JOLLY : Quand Shakespeare écrit, il le fait pour des théâtres où les gens sont debout… Il faut visualiser un concert de rock : les gens sont debout dans la fosse, et sur les côtés, les gens sont assis au balcon. Il n’y a pas de toit, comme dans un festoche. Dans le geste d’écriture même de William Shakespeare, il y a une volonté d’accrocher le spectateur à son récit. Shakespeare l’a inventé. Comment capter l’auditoire ?

« Techniquement » parlant, quels sont les liens ?

Ses entractes à lui étaient à des moments de cliffhanger, que l’on pourrait associer à la fin d’un épisode de série aujourd’hui. On a dit : « Thomas Jolly monte Shakespeare comme une série télévisée », ce n’est pas vrai, j’ai monté Shakespeare comme Shakespeare. Par contre, les séries télé ont beaucoup volé à Shakespeare, à ses formats de narration et à ses thématiques. 

« Les entractes de Shakespeare étaient à des moments de cliffhanger. »
Thomas Jolly

Effets de lumière, sang, musique… de la scène à l’écran, on utilise les mêmes artifices.

© Youtube // lapiccolafamilia

Une série en particulier qui en est plus concrètement inspirée ?

Quasiment toutes. La première qui saute aux yeux est évidemment Game of Thrones, cette histoire de guerre civile entre plusieurs royaumes, les Stark et les Lannister notamment. Dans Shakespeare, il s’agit des York et des Lancaster. La référence est quand même claire. Tu as aussi ce rapport au nain, Tyrion Lannister, une inspiration venue du Richard III de Shakespeare, etc. L’auteur de Game of Thrones, l’Américain George G.G. Martin l’a dit : « Je me suis inspiré de Shakespeare et de la Guerre des Deux-Roses », autrement dit de Richard III et d’Henry VI.

D’autres séries aux contextes plus contemporains sont-elles concernées ?

Dans Breaking Bad, c’est la même chose que Macbeth. En gros, un homme et une femme qui entreprennent un projet plus grand qu’eux et qui vont se « brûler » les ailes, s’embourber dans le pouvoir et le fric. Tu peux aussi prendre l’exemple de Lost, qui est la même chose que La Tempête, avec une île magique où se passent des choses bizarres, le rapport à l’île est quasiment le même. House of Cards ? Ce que fait Frank Underwood, le Président des USA, quand il regarde la caméra et parle au spectateur, c’est Shakespeare qui l’a inventé. Richard III, que j’interprète, fait des apartés, parle au public et le prévient de ce qu’il va faire.

Les apartés adressées directement au spectateur, comme celles dont Frank Underwood dans House of Cards est friand, sont en fiat une invention de Shakespeare.

© Youtube // IGN

Ce serait donc aussi à cause de Shekespeare que l’on se jette sur ses séries jusqu’à en devenir accros ?

Aussi parce que comme avec Shakespeare qui est arrivé à travers ces récits à un moment pivot entre le moyen-âge et la Renaissance, je pense que nous sommes est en train de pivoter nous aussi, d’une époque à l’autre. Nous avons besoin de récits, de héros, d’histoires, de narration.

Au cinéma, les films sont de plus en plus longs, à quand des séances de 10 heures ?

Pourquoi pas, carrément ! Le binge watching, regarder des saisons entières de séries, des épisodes que l’on enquille les uns après les autres, c’est le même esprit. La suite d’épisode forme une grande histoire également.

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04 2016 The Red Bulletin

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