Supa!

Fraîche connexion

Texte  : Pierre-Henri Camy
Photo : Yard

Nouveau venu dans la production, le DJ parisien Supa! met en boîte les tracks de son premier EP. 

C’est à un autre performeur que Supa! doit le surnom qui colle à son maillot du PSG depuis quelques années déjà : le skateur Danny Supa, héros en son temps du fameux team Zoo York. Et c’est à ses parents cambodgiens qu’il doit la vie. « Ils sont nés là-bas, mais on dû quitter le pays durant la guerre », raconte le DJ, qui se souvient de son premier set à Phnom Penh comme si c’était hier. « C’était dans un bar club, le public était assez ouvert, j’y ai senti beaucoup d’engouement. J’ai également joué dans une espèce de block party : les Cambodgiens étaient hyper curieux de voir ce qui se passait, à savoir l’art du djiing. »

Une basse qui t’attrape par les…

Une dizaine d’années a passée, et Supa! compte désormais parmi les DJ’s français les plus suivis de sa génération. Associé au crew F.A.L.D, pendant musical de l’agence urbaine et créative Yard, qui le manage et intègre aussi – côté faiseurs de son – Bambz, le duo Twinsmatic ou encore Kyusteed. Côté dancefloor, cette écurie rassasie une belle audience, colorée et fringuée, super au point sur les nouveaux sons hip-hop et hybrides du moment. Le sien ? « Du hip-hop, de l’électro, du “future beats” qui est un mélange de hip-hop, “bass music” et sons électroniques… Les gars qui représentent ce courant se nomment Lunice ou Hudson Mohawke. Influencés par le hip-hop, ils sont capables de le réinterpréter, en préservant une forme de musicalité, et de l’énergie, même sur un beat vachement épuré où il n’y a pas 15 000 synthés ou 15 000 mélodies. Quelque chose de très lourd avec une basse qui t’attrape par les couilles… »

Ce truc nouveau

À 29 ans, Supa! représente un nouveau genre de DJ’s, prisés d’une audience qui a évolué, avec de nouveaux classiques et icônes hip-hop. « À nos soirées, une partie du public s’attend à entendre du Schoolboy Q, du Drake, Ace Hood, Migos… Ils sont dans le clubbing, la sape, l’attitude, ils se tiennent constamment au courant de ce qu’il se passe dans le monde. D’autres, qui me suivent depuis le début, viennent pour ma fraîcheur, ce truc nouveau, bizarre, un peu étrange, qui leur correspond et qui leur parle. Tu as ceux qui viennent pour du clubbing pur et les gars qui viennent se rafraîchir ! »

« Je garderai mes vinyles toute ma vie, comme ma première paire de platines MK2 »

 Et savent que Supa! sait se démarquer des DJ’s « routiniers » (pas vraiment capables d’assurer plus d’1 h 30 de mix), en s’imposant par son éclectisme et son engagement « scénique ». « En live, dans ta gestuelle, tu donnes un show, tu essaies de booster les gens, de les faire entrer dans ton univers. Quand je joue, je peux très bien passer en mode freestyle, tester des morceaux peu connus. Je sais que je ne perdrai pas mon public sur ça, car je saurai toujours comment rebondir. Je fais en sorte de ne pas utiliser de stand d’ordi car j’aime voir les gens, et pouvoir échanger avec eux sans être caché derrière un laptop. Cela me permet de ressentir cette cohésion et de ne pas être uniquement focus sur les machines… à la base, on mixait sans ça. Je n’avais que des vinyles au début… J’en achète moins, mais je les ai toujours, je les garderai toute ma vie. Comme ma première paire de platines MK2. »

Guide touristique

Un habitué du studio Red Bull parisien, Supa! y réalise des mixes exclusifs pour chaque nouvelle saison, et va y finaliser l’enregistrement des morceaux de son ­premier EP, en tant que producteur. Une nouvelle voie à explorer, évolution logique chez ce passionné de musique. Parmi les producteurs marquants du moment, il évoque Diplo, « pour son ouverture musicale, son état d’esprit décalé et sa capacité à lancer des “petits” ». Une star de sa division, qui partage avec notre camarade une généreuse énergie, et une capacité à surprendre. Info pour le patron du label Mad Decent, pour sa prochaine visite à Paris, Supa! aime y jouer le «  guide touristique  » pour ses potes DJ’s. « J’adore leur faire ­kiffer mon Paris. De bonnes bouffes, de bons bars, de bons shops de fringues, les faire passer à la radio. » C’est sur Rinse.fm, nouvelle station en ligne venue d’Angleterre, et désormais dédiée en France à la crème des DJ’s locaux, que l’on retrouve Supa! pour des mixes en mode « random », à l’envie, « de 18 heures à 20 heures, tous les premiers samedis du mois. Comme le fameux film de Canal+ » !

En bref

Nom/pseudo
Vannawadh Hy aka Supa!

Âge/ville
29 ans, Paris

Savoir-faire
DJ, frais producteur, « entertaineur »

Références
Parmi les nombreux artistes appréciés par Supa! (Diplo, Falcons, Lido, Onra), on trouve le Canadien Lunice, pour ses lives marquants : « Sa vibe et son univers lui sont propres. C’est assez dark, mais il arrive à te faire entrer dedans et rendre la chose dansante même si cela ne l’est pas forcément. La première fois que je l’ai vu au Social Club, à Paris, j’étais limite hypnotisé. Il te captive. »

Cliquer pour lire la suite
09 2014 The Red Bulletin France

Article suivant