Iggy Pop Interview

Iggy Pop : « Rencontrer, c’est évoluer ! »

Texte : Florian Obkircher
Photo : Rainer Hosch

Iggy Pop est toujours là : lui, le patriarche du punk-rock, fêtera ses soixante-dix printemps cette année. Sans gêne… et sans chemise.

Plus rock, tu meurs : l’inventeur du stage-diving ? C’est lui. Le premier punk répertorié sur Terre ? C’est encore lui. Iggy l’exhibitionniste a marqué à jamais l’histoire du rock, avec son groupe The Stooges, avec le compositeut de musique de sBalkans Goran Bregovic, et la chanteuse pop Kesha.

Il est aussi un créateur de génie, plus caméléon qu’iguane, se réinventant sans cesse au gré de ses mues et de ses humeurs, multipliant les expériences musicales tel un gamin surexcité qui aurait décidé, un beau jour, de ne jamais grandir. Son élixir de jouvence ? Une insatiable curiosité.

Notre Playlist spéciale Iggy Pop

Iggy Pop I Confront life!, a playlist by Red Bull Playlists on Spotify

From having pennies thrown at in his early days to being labelled godfather of punk at age 60: Iggy Pop talks with The Red Bulletin about lust for life, artistic doubt, collaboration with the likes of David Bowie and Kesha, and feeling naked in front of humans. Enjoy a selection of his hits.

Cliquer pour lire la suite

THE RED BULLETIN : Cher Iggy, comment devient-on le chouchou des musiciens ? Depuis vos débuts, vous avez toujours croulé sous les demandes de collaboration.​ 

IGGY POP : C’est parce que j’ai eu la chance d’avoir beaucoup douté de moi et de mon talent lorsque j’ai commencé.

Le titre Sunday est issu de son dernier album Post Pop Depression.

© youtube // IggyPopOnVEVO

Depuis quand le fait de douter de soi est-il une chance ? 

Pourtant, c’est logique : quand tu doutes de toi, tu as plutôt tendance à t’entourer d’autres artistes, à chercher à ne pas travailler tout seul dans ton coin. C’est pour cacher tes propres incertitudes que tu te mets à collaborer avec d’autres musiciens. 

« J’AI TOUJOURS CE BESOIN DE ME DÉBARRASSER DE MES FRINGUES, C’EST COMME ÇA QUE JE TRAVAILLE LE MIEUX. »
1977 The Idiot tour

Légendaire

Iggy Pop au Berkeley Theatre à San Francisco lors de sa tournée The Idiot en 1977, avec David Bowie au clavier.

© Getty Images

Vous avez bâti votre carrière en jouant à cache-cache ?

Se confronter aux autres oblige à expérimenter, à découvrir d’autres modes de pensée, d’autres influences, à élargir son spectre de connaissances. Et même si cette route est longue et difficile, c’est pour moi la seule voie qui mène à la perfection. 

Cette longue route fut-elle aussi pénible que vous la décrivez ? 

On m’a craché dessus, insulté, jeté de la petite monnaie sur scène. Les gens disaient que notre musique, celle que je faisais avec The Stooges et qu’on appellerait plus tard le punk, c’était du bruit et rien de plus.

Iggy Pop Stage Diving

Iggy Pop effectue un stagediving au Royal Albert Hall, à Londres, en 2016.

© Getty Images

Pourtant vous vous êtes accroché…

J’avais déjà une devise à l’époque : sors de ton lit et fonce ! Elle n’a pas changé depuis. Dans la vie, on ne peut pas évoluer si on ne se pose pas des défis, et cela passe par de nouvelles rencontres. On en revient au même point. 

"Did you hear the record's out?!" #postpopdepression

A post shared by Iggy Pop Official (@iggypopofficial) on

Cliquer pour lire la suite

Pourquoi cette soif de rencontres ? Vos doutes existentiels ont été balayés, depuis le temps… 

Le succès rend la plupart des gens blasés, vains et suffisants. Pour la création, c’est la mort garantie. 

Mais alors, vous les dénichez comment vos partenaires de création ? 

Iggy Pop Portrait

La route jusqu’au succès a été longue pour Iggy Pop, 69 ans : « Au début de ma carrière, on me lançait des pièces… »

© Rainer Hosch


Les plus belles rencontres sont toujours celles que l’on fait par hasard ! Un exemple : la première fois que j’ai entendu parler de la chanteuse Peaches, c’est par un mec qui m’interviewait, alors que j’étais coincé dans un bus plein à craquer de journalistes (une expérience que je ne souhaite à personne, au passage).

Merci !

Hahaha ! Bref, le type me conseille de m’intéresser à cette demoiselle, ce que je fais, et là, j’ai été conquis. À tel point que je l’ai contactée pour travailler avec elle.

S’ensuit une collaboration particulièrement fructueuse…

Peaches m’a fait découvrir une scène incroyablement riche et que je ne connaissais pas, notamment des groupes comme Le Tigre. Et comme une rencontre en entraîne forcément d’autres, ce sont autant de nouveaux projets qui naissent.

Hollywood’s Viper Room in 1995

Lust for rock

Au Viper Room à Hollywood en 1995 avec les Neurotic Outsiders, un groupe de rock avec d’anciens membres des Guns N’ Roses, desSex Pistols et de Duran Duran.

© Getty Images

Comment rompre la glace lors du premier « rendez-vous » ?

Déjà, ne pas faire comme Kesha ou Madonna, qui arrivent avec leur bataillon de cameramen. Pas terrible comme première prise de contact !

À propos de Kesha : elle raconte avoir adoré votre session commune en studio, notamment parce que vous avez tenu à enregistrer torse nu… 

« Je suis sans doute l’artiste sur lequel on aura le plus craché. »
Iggy Pop, expert en belles rencontres 


C’est vrai (rires). Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai toujours ce besoin de me débarrasser de mes fringues, c’est comme ça que je travaille le mieux. D’ailleurs, les pharaons aussi régnaient torse nu ! Une véritable inspiration. 

Pour votre dernier album, Post Pop Depression, vous avez travaillé avec Josh Homme, le leader de Queens of The Stone Age. Pourquoi l’avoir choisi lui ?

Pour une raison très simple : c’est le meilleur chanteur, le meilleur guitariste et le meilleur compositeur de toute la scène rock actuelle. Ce mec est bourré de talents. 

D’après lui, vous vouliez que cet album soit le dernier de votre carrière…

Ces dix dernières années ont été particulièrement remplies. À tel point que je me suis demandé si je ne devais pas faire une pause, et me taire pendant un moment. 

C’est ce qui a motivé votre tout dernier projet ?

Que voulez-vous dire ?

Vous avez posé dernièrement à New York comme modèle nu pour un groupe d’étudiants des Beaux-Arts.

Ah oui ! C’était une belle expérience. Par contre, se taire pendant quatre heures, c’était pas évident.

Brooklyn Museum: Iggy Pop Life Class by Jeremy Deller

The Brooklyn Museum is an art museum located in the New York City borough of Brooklyn. At 560,000 square feet, the museum is New York City's second largest in physical size and holds an art collection with roughly 1.5 million works.

À quoi pense-t-on quand on se retrouve face à vingt étudiants qui vous scrutent le pénis pendant quatre heures ?

Je me chantais des morceaux dans ma tête, comme par exemple The Passenger ou Nazi Girlfriend.  

Ce fut une expérience que vous conseilleriez ?

Oh que oui ! C’est fou comme on se sent libre lorsqu’on peut enfin se désaper en public sans être pris pour un taré.

Cliquer pour lire la suite
01 2017 The Red Bulletin

Article suivant