On Any Sunday

La moto, une passion éternelle

Texte : Pierre-Henri Camy
Photos : Red Bull Content Pool  

On Any Sunday: The Next Chapter de Dana Brown sera diffusé en salles uniquement ce vendredi 27 mars.

Quarante ans après la sortie DU film de moto On Any Sunday réalisé par Bruce Brown, son fils Dana lui offre un nouveau volet : On Any Sunday: The Next Chapter. L’avant-première a eu lieu à Paris le 19 mars dernier, et nous y avons rencontré Dana Brown.

THE RED BULLETIN : Bonjour Dana, nous célébrons le nouveau chapitre de On Any Sunday, comment le monde de la moto a-t-il évolué depuis le premier épisode sorti il y a 44 ans ?
DANA BROWN :
Les motos ont changé, énormément, les véhicules eux-mêmes. Et avec ces avancées, les athlètes qui les pilotent ont eux aussi évolué. Ce qu’ils font maintenant est super différent de ce que l’on pouvait voir à l’époque du premier On Any Sunday. Entre ces vieilles images en noir et blanc de moto GP et celles d’aujourd’hui avec Marc Márquez, qui fait frotter ses épaules sur l’asphalte, ce que faisait le cascadeur Evel Knievel et le freestyle motocross actuel, avec le champion FMX Robbie Maddison, ce n’est pas comparable.

Robbie Madison et Dana Brown

Le réalisateur Dana Brown (à droite) et la cascadeur Robbie Maddison lors de l’avant-première de On Any Sunday: The Next Chapter au Grand Rex, Paris, le 19 mars 2015.

 Il y a aussi beaucoup plus d’argent dans la moto aujourd’hui, et c’est un univers plus diversifié, entre ses différentes « factions », tellement de spécialisations. La moto a donc beaucoup changé, mais son cœur et son âme sont restés identiques : le sens de la camaraderie, l’aventure, les bons moments… Que ce soit un gars qui roule juste pour le fun, ou que ce soit Márquez ou Maddison, ils sont capables de se comprendre. Cette passion commune à tous n’a pas bougé, et c’est ce que j’adore. Il y a plus de tatouages, les casques sont différents, mais il y a toujours ce sens de l’amusement, de l’aventure, ce lien qui unit les gens, c’est une grande chose, à une époque où le monde se fracture tous les jours. Les gens se réunissent autour de quelque chose qui laisse de côté les religions, la politique, les nationalités.

Dans votre film les personnalités du monde de la moto et leurs visions semblent aussi importantes que l’action pure à laquelle on pouvait s’attendre dans un tel documentaire.
Oui. Nous avons essayé de montrer des gens comme Robbie, Marc, les compétiteurs, mais aussi Roland Sands, ce préparateur de moto, aussi ce médecin qui soigne en Afrique grâce au programme Riders for Health. Nous avons essayé de rendre hommage à ce monde de la moto, si vaste, et ses nombreuses connexions. Pour autant, il y a plein de scènes que nous n’avons pas montrées, nous avons dû faire des choix.

« La moto a beaucoup changé, mais son cœur et son âme sont restés identiques : le sens de la camaraderie, l’aventure, les bons moments… »
Dana Brown


La moto dite « vintage » rencontre un gros succès aujourd’hui… parce que les années 60-70 étaient l’âge d’or de la moto ?
Aujourd’hui, il y a beaucoup plus de motards qui sont à l’aise financièrement, et il y a plus de moyens dans l’industrie, tu as tous ces préparateurs qui construisent des motos et les vendent, ce qui n’était pas forcément le cas à cette époque. Et pour faire le lien avec le premier On Any Sunday, il y a pas mal de raisons qui peuvent l’associer à un âge d’or : tu pouvais rouler dans beaucoup plus d’endroits, tu n’avais pas tous ces casques intégraux, c’était beaucoup plus « glamour » du coup, et l’époque n’était pas la même… Mais je pense qu’aujourd’hui nous vivons aussi une période faste. J’adore l’histoire, mais je ne dirais pas que c’était un âge d’or, avant.

On Any Sunday

Day in the Dirt a commencé comme un événement d’une journée en 1998, et s’est transformé en ce que certains appellent aujourd’hui la « Motocross Woodstock ». Ce rassemblement autour d’une passion commune - les motos - attire quelques-uns des coureurs les plus rapides au monde, le gratin de l’industrie de la moto, les cascadeurs d’Hollywood… bref, tous les fanatiques de moto à travers le monde.

On Any Sunday reste un film essentiel pour beaucoup, notamment par la présence de Steve McQueen dans des séquences mémorables. Quel est le pilote iconique de ce nouveau chapitre, quel sera le type dont on parlera encore dans 40 ans ?
(Rires.) Bonne question ! Je ne sais pas. C’est au futur de le décider. Steve était un bon ami de ma famille, de mon père, c’était un mec adorable, et je suis encore pote avec son fils Chad. Il n’y a pas d’autre Steve McQueen. Il y a certes plein de gars connus qui adorent la moto, mais personne d’associable à Steve. Et ça aurait été quelque peu sacrilège de tenter de présenter un « nouveau » Steve. On n’a tout simplement pas eu cette caution d’une célébrité, et il faut savoir que Steve a financé le film de mon père.

On Any Sunday

Au Zimbabwe, l’organisation Riders for Health forme des médecins locaux à conduire des moto sur de longues distances pour rendre visite aux patients situés dans les villages reculés.

Des frayeurs durant le tournage ?
Carrément, notamment durant le saut de Robbie sur un tremplin de saut à ski. Pendant une course, tu t’attends à ce que des crashs arrivent, mais là, tu vois l’installation prendre forme, et le jour du saut arrive… Et tu tiens à la personne qui va sauter, ce n’est pas un inconnu, je connais ses gosses, sa femme… C’était intense nerveusement de le voir s’envoler dans les airs pendant toutes ces secondes.

On Any Sunday

Marc Márquez fait une chute durant les tours de qualifications sur le circuit des Amériques, Austin, Texas. Heureusement, il ne souffre d’aucune blessure et est de retour sur sa moto dix minutes plus tard.

Alors, quel est le pilote qui vous a le plus impressionné durant le tournage ?
Robbie est au top, et je ne dis pas ça parce qu’il est aussi présent avec moi à Paris en ce jour d’avant-première. Quand tu vois son saut sur l’Arc de triomphe à Las Vegas, et ses autres exploits, c’est tellement spécial. C’est un super ambassadeur, il donne tellement de temps à ses fans. Il est très sûr de lui, mais il n’a pas un ego démesuré, et il a le sens de la famille.

On Any Sunday

Le jeune pilote Marc Márquez en tête sur le circuit des Amériques, Austin, Texas, à deux doigts d‘embrasser sa première victoire en MotoGP.

Marc Márquez est l’une des stars de la moto présentes dans votre film, à fond. Le GP devient de plus en plus engagé, est-ce qu’il va un jour atteindre ses limites ?
C’est quelque chose qui ne cessera jamais de me fasciner. Tu ne peux pas être plus radical. Ils vont de plus en plus vite. Dans le film il y a une partie dédiée au pilote moto cross James Stewart, à propos duquel quelqu’un me disait, « si James est un champion à part, c’est aussi parce qu’il a ouvert une voie, et que plein de pilotes derrière ont essayé de l’imiter ». Tu penses que c’est impossible, et puis un gars le fait, et vingt autres derrière s’y mettent. Ça évolue donc très rapidement.

« Quand tes enfants deviennent ados, il y a des choses qu’ils ne veulent plus faire avec toi, mais tu peux toujours partager un bon ride dominical avec eux »

 
On Any Sunday: The Next Chapter met à l’honneur des Robbie Madison, James Stewart, Marc Márquez, ces stars des stades, des circuits et de YouTube, mis aussi des pilotes plus « confidentiels », comme l’Américain Carlin Dunne (en photo d’ouverture, ndlr)
Carlin bosse dans la boutique de moto de son père. Il a participé trois fois à la course de Pikes Peak, qu’il fut le premier à boucler sur une moto électrique. Ce n’est pas un mec sponsorisé, il habite vers chez moi, à Santa Barbara. On m’a dit « tu devrais parler à ce mec ». Je pensais qu’il n’était pas possible de trouver de grands pilotes qui ne soient pas sponsorisés, et il se trouve qu’il y avait ce Carlin Dunne, un « voisin ». On l’a suivi sur le lac salé de Bonneville, où il a presque battu le record de vitesse dans sa catégorie.

On Any Sunday

Impossible d’avancer sans pneus à crampons quand les températures sont extrêmes et la visibilité particulièrement mauvaise comme lors de cette course sur glace à Alberta, Canada.

On voit beaucoup d’enfants dans votre film, comment expliquez-vous que la scène moto se régénère sans cesse ?
Robbie Maddison a appris de son père, celui de Carlin Dunne est aussi dans le film. Il y a cet aspect familial, ces choses que tu peux vivre avec tes enfants. Quand tes enfants deviennent ados, il y a des choses qu’ils ne veulent plus faire avec toi, mais tu peux toujours partager un bon ride dominical avec eux. Tes gosses t’agacent, ou tes parents à l’inverse, et tout cela s’oublie sur la moto. Les gens qui voient la moto de l’extérieur seraient certainement surpris, ceux qui pensent qu’on se met à la moto pour se rebeller, pour emmerder ses parents, mais en fait ce sont les parents qui mettent leurs gosses sur une moto! Quand tu observes les Márquez, ces deux frères pilotes, et leur père qui les suit, tu te dis que la moto peut réunir une famille plus que la diviser.

On Any Sunday

Les pilotes de speedway doivent glisser sur le côté afin de prendre un virage au Costa Mesa Speedway, en Californie.

Quel âge aviez-vous quand On Any Sunday est sorti, et quel est votre meilleur souvenir de ce film ?
J’avais 10 ans. Mon père connaissait les pilotes, on allait les voir dans les pits, on croisait des mecs comme Mert Lawwill (ndlr : pilote Harley iconique aussi au casting de On Any Sunday), je ne pouvais pas y croire, ces types étaient des héros, et mon père les connaissait, ils venaient à la maison. Je me souviens quand j’ai vu le film pour la première fois, c’était comme une virée sur un tapis volant, et ça l’est encore quand je regarde le film à nouveau aujourd’hui. J’ai vu mon père différemment après ce film, ce n’était plus le gars « effrayant » qui impose les règles à la maison, il devenait celui qui me donnait envie de faire des films à mon tour. Tu peux appeler mon film une suite, ou ce que tu veux, mais il est sûr que On Any Sunday a été une référence pour moi.

On Any Sunday: The Next Chapter sera diffusé en salles uniquement le vendredi 27 mars, réservez vite vos places sur onanysunday.fr

On Any Sunday

Travis Pastrana est connu pour repousser les limites du motocross. Ici, il s’envole et signe une figure freestyle dont lui seul a le secret.

​>>> L’UNIVERS DU RED BULLETIN 
L’appli à télécharger gratuitement :
 des sujets d’action, de sport, d’aventure, d’art de vivre et de musique à couper le souffle 
Le magazine qui donne des ailes : abonnez-vous… dans la langue de votre choix <<<

Cliquer pour lire la suite
03 2015 redbulletin.com

Article suivant