Louisahhh!!!

Louisahhh!!!, la lady de Bromance

Entretien : Florian Obkircher
Photo : Éric Traoré

Cette Américaine de 28 ans, aujourd’hui installée à Paris, est tout à la fois une chanteuse, une DJ et une productrice de talent. Seule fille du label ­français Bromance, Louisahhh!!! nous parle de son électro minimale, de son nom de scène et de la mission du DJ.

Un nom court, trois H, trois points d’exclamation comme un grand cri de plaisir. C’est avec ferveur que ses fans l’acclament ce soir-là. La jeune DJ américaine s’est spécialisée dans la musique électronique, une techno sombre et froide. Et ça marche, car Louisahhh!!!, signée sur le label Bromance, est aujourd’hui l’un des DJ’s les plus demandés. En 2011, dans son album Palmaditas de Muerte, elle débite des tranches de guitares flamencos à l’aide de synthés démentiels. Un disque maladif qui devient un must dans toutes les boîtes. Le Lyonnais Gesaffelstein, faiseur de beats avant-gardiste, se penche sur la jeune femme et la prend sous son aile. Les plus grands clubs de la planète la programment. Et en marge de ses sets, Louisahhh!!! produit des disques à la musique enchanteresse. 


THE RED BULLETIN : Comment prononcez-vous votre nom de scène ?
LOUISAHHH!!! : Louisa, tout simplement (rires)

Il y a pourtant tous ces H et points d’exclamation…
J’avais 18 ans et sûrement un peu trop de poudre dans le nez quand j’ai choisi ce nom. À l’époque, je le trouvais trop bon, aujourd’hui j’en ai un peu honte. Maintenant, il est trop tard pour en choisir un nouveau (rires).

Night Clubbing est l’un des deux titres de votre EP Traces sorti en mars. Quel est le meilleur moment en soirée ?
J’aime quand je suis au milieu de la piste de danse et que les rythmes me boxent la tête. Je m’ouvre alors à la foule. C’est complètement magique de vivre la musique à plusieurs. Danser, c’est une forme de méditation, un regard porté vers soi. 

Cette façon de voir les choses n’est-elle pas un peu intellectuelle ?
Bien au contraire, je considère le clubbing comme une sorte de rituel tribal moderne. S’enfoncer dans une cave pour écouter cette musique répétitive qui vous transporte…

Et le DJ ?
C’est un chaman, un rôle dans lequel on se sent bien. 

Votre rêve était-il de devenir une -prêtresse de la techno ? 
Je n’ai pas vraiment eu le choix, j’ai horreur de travailler pour les autres.

Un DJ doit pourtant « servir » son public.
Si tu n’arrives pas à faire danser la salle, tu as plutôt intérêt à changer de métier. La marge entre artiste et animateur n’est pas large. La question récurrente, c’est : « Est-ce que je sers l’art ou le public ? » 

Alors ?
Je crois qu’on peut satisfaire les deux. Je me considère comme un média. Je ne mixe pas pour flatter mon ego. Je cherche plutôt à établir une connexion entre ma musique et ceux qui m’écoutent. 

Comment êtes-vous venue aux platines ?
Jusqu’à mes 17 ans, je voulais être entraîneur de chevaux. Puis j’ai commencé à sortir. J’ai adhéré tout de suite aux côtés sombres de la nuit. À 20 ans, j’avais déjà une cure de désintox derrière moi. Et je persistais à vouloir devenir DJ. Mes amis me disaient : « Tu es enfin clean. Tu peux tout faire, sauf un job de nuit. » Mais je voulais persévérer. J’ai réussi. Je flirte avec le diable, c’est sûr. Avant, j’étais shootée, maintenant, je joue devant des shootés. Mais j’ai atteint un point où cette expérience me permet d’aider les autres. C’est ça qui est important pour moi. Bien plus que l’argent, le succès ou le glamour.

« Je considère le clubbing comme une sorte de rituel tribal moderne »
Louisahhh!!!

Votre voix est très présente sur Palmaditas de Muerte, votre dernier album. Êtes-vous plus à l’aise au chant ou à la production ? 
Ce n’est pas l’un ou l’autre. Enfant, je voulais absolument chanter dans un groupe cool. Chanteuse de dance, je trouvais ça ridicule. Toutes ces minettes, elles n’étaient que des accessoires interchangeables dans la boîte à rythmes d’un producteur star. J’ai appris à programmer mes pistes toute seule, à utiliser les tables de mixage et les ordis pour ne pas être juste perçue comme une petite fille derrière son micro. Aujourd’hui, j’ai deux casquettes, et ça fonctionne.

Un jour, pour définir votre musique, vous avez répondu : « Ça sonne comme le rire d’une licorne. » À quoi ressemble le rire d’une licorne ?Sérieusement, j’ai dit ça ?

Oui…
Je n’en ai pas la moindre idée. Mais si les gens prennent le temps d’y réfléchir, c’est gagné (rires). La licorne, ça vient de moi, c’est mon animal totem. Un cheval magique, quoi de mieux ? 

Et pourquoi une licorne qui se marre ?
Quand les basses grondent dans les enceintes, ça sonne comme des éclats de rire assourdissants. Comme si la salle se remplissait d’une seule vague sonore.

En bref

Naissance 
Louisa Pillot est née à New York. Elle vit actuellement à Paris.

Débuts
Fille d’un compositeur, elle apprend très tôt à chanter et à jouer de la guitare et du piano. Au fil des ans, son instrument majeur devient l’ordinateur portable.

Label
Bromance, la structure parisienne fondée par le DJ-producteur Brodinki et Manu Barron. Louisahhh!!! porte d’ailleurs comme surnom : « The First Lady of Bromance ».

Succès 
Le tube Your Everything, avec Danny Daze, est le hit de l’été à Ibiza en 2011. Le magazine en ligne Resident Advisor l’inclut dans sa sélection des meilleurs morceaux de l’année.

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08/2014 The Red Bulletin France

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