L'ascension, film

Sylla au sommet

Texte : Pierre-Henri Camy
Photos : Mars Film

Pour son premier film et rôle principal au cinéma dans L’ascension (dans les salles le 25 janvier), l’humoriste-comédien Ahmed Sylla, 26 ans, relève le défi d’un tournage en altitude. Un Everest.

THE RED BULLETIN : Ahmed, pour cause de tempête de neige, ou presque, nous avons malheureusement loupé l’avant-première du film l’Ascension hier soir… Pourriez-vous nous le raconter en 60 secondes ?
AHMED SYLLA :
OK !

C’est parti ! (Nous lançons notre chronomètre.)
L’histoire du film : on commence sur Samy Diakhaté, qui est un jeune de quartier, mais ce n’est pas le propos… il est fou amoureux de Nadia, il ne sait plus quoi faire pour conquérir son cœur, il lui balance une phrase anodine, « pour toi, je pourrais gravir l’Everest ! » Nadia va lui dire « chiche ! » Puisqu’il est très amoureux d’elle, il se dit « ok, si il ne reste plus que ça pour conquérir ton cœur, je vais y aller. » Il décide de gravir l’Everest, sans aucune expérience de la montagne. Il va se retrouver face à Jeff, un ancien grimpeur, qui va l’emmener jusqu’à l’Everest. Chrono ?

57 secondes, parfait ! Durant le tournage, quelle fut l’altitude la plus haute ? Et la température la plus basse ?
5 364 mètres, au Népal. – 30 degrés, à Chamonix. J’ai plus ressenti le froid à Chamonix qu’au Népal en fait.

Le film L’ascension est tiré du récit de Nadir Dendoune paru chez JC Lattès et Pocket : Un tocard sur le oit du monde.

© Youtube // FilmsActu

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Comment se prépare-t-on aux conditions extrêmes d’un tournage comme L’ascension ? « Sans se préparer », selon le dossier de presse ?
C’est ça ! Le film est une inspiration libre d’une histoire vraie, celle de Nadir Dendoum, qui lui aussi était vierge de toute expérience quand il est allé gravir l’Everest. Le réalisateur voulait quelqu’un qui n’avait aucune expérience. Le seul test que j’ai fait, c’est un électrocardiogramme. Il fallait que tout de suite, quand je tourne, on ait la beauté des paysages du Népal dans mes yeux, car je n’étais jamais allé à la montagne. Qu’on ressente la difficulté de gravir une montagne, de crapahuter, et que l’on voit aussi un peu mon évolution physique dans le film. Il fallait être au plus près de ce personnage guidé par la seule force de l’amour qu’il éprouve pour cette nana, et qui réussit cet exploit, gravir l’Everest !

« On me l’a dit dès le casting : on cherche quelqu’un capable de porter le film sur ses épaules, tout va reposer sur toi. »


Pas de coach ?
Pas de coach !

Vous auriez perdu 7 kg sur ce tournage…
Oui, entre la Courneuve et Chamonix, j’avais laissé 7 kg au Népal. Mais le tournage à la montagne à Chamonix a été plus difficile qu’au Népal…

Pour quelle raison ?
Au Népal, il y avait le voyage, tu sais que tu vas loin, la découverte d’une autre culture, l’engouement, et puis c’était le début du tournage… À Chamonix, je ne m’étais pas préparé à ce que l’on tourne vraiment dans la neige, le froid. En fait, on a eu un super beau temps tout du long du tournage au Népal, et en arrivant à Chamonix, je me suis dit « nickel, on est à domicile ! »… Sauf que, non !

Quel fut moment le plus difficile ?
Les tournages de nuit, par - 30 degrés. On avait du givre sur les combinaisons. La fatigue… Au cinéma tu ne fais pas une scène et c’est dans la boîte. Il faut refaire, refaire, refaire… Je me rappelle d’une scène où je devais glisser sur une partie pentue, on l’a refaite cinq ou six fois, et il fallait le refaire. Le mur de glace aussi…

Au piolet ?
Oui, avec le piolet, les crampons.

Même pour ce genre de scènes vous n’aviez pas du tout été formé ?
Il y a eu des alpinistes qui m’ont montré les gestes, mais j’ai dû me débrouiller seul. J’ai eu une demi journée pour faire un peu d’escalade. Pour connaître la position des choses. Mais je l’ai fait pour le kiffe, parce qu’à l’écran, je devais montrer quelqu’un qui ne savait pas monter avec les piolets, et qui se débrouille de mieux en mieux. En fait, je vois ma propre évolution dans le film, et c’est hyper agréable.

L'ascension, film

« Il fallait être au plus près de ce personnage guidé par la seule force de l’amour qu’il éprouve pour cette nana, et qui réussit cet exploit, gravir l’Everest ! »

Vous êtes donc un apprenti alpiniste désormais ?
Ah, franchement ? Non (rires) ! Je ne retournerai pas sur une montagne, ça m’a traumatisé (rires). À la base, je ne suis pas quelqu’un qui aime le froid et la neige, je l’ai fait pour le challenge, c’était une histoire tellement belle.

Sur ce genre de tournage en montagne, est-ce que tout le monde trimballe des trucs, est-ce que tout le monde s’improvise sherpa ?
Complètement. Je n’ai pas eu droit à un traitement de faveur, on ne venait pas me servir ma petite tasse de thé. On devait porter chacun notre sac à dos, et en plus moi je l’ai alourdi de pierres, car j’ai rapporté des pierres du Népal.

Pour quelle raison ?
J’aime bien les cailloux, je les collectionne… (rires).

Non content de partir tourner en altitude sur l’Everest, Ahmed Sylla charge donc son sac à dos de pierres !
(Rires.) Ils se sont tous foutus de ma gueule, surtout que je les ai prises en montant, pas en redescendant. Mais non, personne ne nous portait notre sac. On a galéré. Et on manqué d’hygiène à fond. On a vraiment vécu comme les sherpas, on s’est nourris dans les mêmes conditions qu’eux, et avec eux, on dormait dans les mêmes refuges, qu’on appelle des lodges. Ça a créé une espèce de symbiose, d’alchimie entre les sherpas et nous, et c’était cool.

L'ascension, film

« Le deuxième cadreur a fait tomber une pierre énorme, un rocher, qui nous a déboulé dessus à toute vitesse. »

Pourtant, le Népal n’est pas sans danger… Avez-vous eu des frayeurs sur ce tournage ?
Oui, une fois en particulier. Entre 3 000 et 4 000 mètres, en ascension, en lacets, de refuge à refuge. Une équipe B était en train de tourner un peu plus haut. Le deuxième cadreur a fait tomber une pierre énorme, un rocher, qui nous a déboulé dessus à toute vitesse, je regarde le truc, on crie tous « attention !!! »… Un membre de l’équipe a été légèrement touché à l’épaule, mais ça aurait pu être très grave. Je suis tombé dans les pommes aussi, une petite crise d’hypothermie en fin de journée (rires). Je n’avais pas assez mangé le matin. On ne se rend pas compte à quel point le corps peut être fatigué dans ces conditions. Là-haut, on disait « un pas, une respiration », et c’était vraiment ça. Si tu ne respectes pas cela, ton cœur s’emballe et tout. Il ne faut pas que le cœur s’emballe.

Des fous rires ?
Enormément ! Je les ai rendus fous sur le tournage en imitant Jean-Claude van Damme à la montagne (rires). (Ahmed se lance dans une imitation de van Damme, avec brio.) « Alors c’était plutôt bien, on a utilisé l’humour pour aller là-bas… » (rires).

UN FILM ENGAGÉ

Ou l’art de la prise de risque, devant et derrière la caméra.

Véridique
L’ascension est celle de Nadir Dendoune, arrivé au sommet de l’Everest en 2008, « pour aller où on ne m’attendait pas. Un basané de la Seine-Saint-Denis comme moi, on a plus l’habitude, dans le meilleur cas, de le voir en rappeur, footballeur ». Le journaliste le raconte dans Un tocard sur le toit du monde.

Symbolique
Premier film en tant que réalisateur pour Ludovic Bernard, premier assistant réalisateur chevronné, qui a contribué à de très beaux succès : La haine, Lucy, Les petits mouchoirs ou les deux Mesrine.

Dramatique ?
Au Népal, un technicien a provoqué la chute d’une énorme pierre, qui a dévalé à toute vitesse vers Ahmed Sylla et une partie de l’équipe en contre-bas. Une catastrophe évitée à  quelques centimètres près.


L’ascension est le premier film de Ludovic Bernard, premier assistant réalisateur de renom, notamment auprès de Luc Besson. Miser sur vous était la preuve d’une foi absolue en votre talent. Vous partiez donc avec sa confiance dans le sac à dos, en plus des pierres… ça met la pression ?
On me l’a dit dès le casting : « On cherche quelqu’un capable de porter le film sur ses épaules, tout va reposer sur toi ». Je suis quasiment dans tous les plans à l’écran, et si l’émotion ne passe pas, si on ne croit pas que je suis fou amoureux de Nadia, ça ne marche pas. Ça m’a donné un deuxième challenge, j’avais deux montagnes à gravir : gagner cette confiance du réalisateur et la garder, et assurer ces scènes en montagne.

L’actrice Alice Belaïdi, qui joue Nadia, votre amoureuse, fait partie de votre « cordée », mais ne joue pas de scène en montagne ?
Oui, et là aussi il y avait un gros challenge. Elle devait être folle amoureuse de moi sans me voir me dépasser dans le film. C’est une actrice incroyable. Je l’avais déjà vue dans quelques films et des séries. Elle me fait mourir de rire, et c’est une fille très jolie.

Pourquoi Nadia vous rend amoureux fou ?
Pourquoi j’en suis dingue ? Tu sais comment les filles aiment bien nous dirent non, elles savent que plus elles nous disent non, plus on va essayer de gagner leur cœur. Dans le film, elle le fait très bien, dans ses yeux, je vois qu’elle m’aime, mais elle ne veut pas me le montrer tout de suite, elle veut que je le mérite, elle me dit « je cherche quelqu’un sur qui je peux compter ». Elle sait qu’elle peut compter sur moi, mais elle a envie d’être convaincue. La scène où je lui déclare ma flamme et où va se lancer ce pari est juste incroyable.

Par amour, personnellement, quel type d’Everest seriez-vous prêt à affronter ?
Je me suis toujours demandé si je serais capable de donner l’un de mes organes pour sauver quelqu’un qui m’est cher. Un rein par exemple. Je dirais que je suis prêt à donner une partie de moi-même pour que quelqu’un puisse vivre. Mais en serais-je capable si ça se présentait vraiment ?

Votre Everest professionnel, déjà gravi ou à surmonter ?
On est en plein dedans : me lancer dans le cinéma. Intégrer cette prestigieuse famille. N’importe quel comédien sur terre en rêve. Et même ceux qui ne sont pas comédiens, car on a tous envie de jouer un rôle dans la vie. L’ascension aura été mon premier Everest : arriver dans le cinéma.

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01 2017 The Red Bulletin

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