Ice Cube et O'Shea Junior

Ice Cube & O’Shea Jr : l’attitude en héritage

Texte :  Andreas Tzortzis
Photo : Universal Pictures

Dans Straight Outta Compton, qui sort au cinéma en septembre, Ice Cube est joué par son fils, O’Shea Jackson Junior. Mots croisés.

À la fin des années 80, Ice Cube est au sommet de la subversion avec son groupe de rap menaçant, N.W.A (Niggaz With Attitude, soit « Négros avec de l’attitude »). John Singleton, un étudiant en cinéma à l’université de Californie du sud, lui propose alors de jouer un rôle dans son premier film. Sorti en 1991, Boyz N The Hood balance à la face du monde la réalité des ghettos Noirs de Los Angeles, minés par la dope et la rivalité sanglante à coups de rafales de fusils-mitrailleurs entre le gang des Cribs, et celui des Blood. Depuis, le « Glaçon » (46 ans) a joué dans plus de trente productions cinématographiques, dont de savoureux nanars. C’est à son fils, O’Shea Jr (24 ans), que revient la mission de l’interpréter dans Straight Outta Compton (titre du plus fameux album de N.W.A), premier « biopic » jamais dédié à un groupe de rap. Discussion rare avec un père et son fils.

Une référence ne matière de New Black Cinema, fin des années 1980 et début des années 1990 : Boyz N The Hood, 1991.

© YouTube // SonyPicsHomeEntWorld

THE RED BULLETIN : O’Shea Junior, c’était important pour vous de jouer votre père ? 

O’SHEA : Quelle que soit l’importance que le public apportera à ce film, l’histoire de N.W.A est encore plus grande pour moi. C’est ma famille, et l’héritage familial. C’est la fondation sur laquelle tout ce que nous sommes a été bâti. Il était important que l’histoire soit aussi vraie que possible. Je voulais que les gens voient mon père dans sa réalité, et, sur ce point, je pouvais être d’une grande aide. Je le connais mieux que personne. 

ICE CUBE : Je ne pouvais pas être plus fier. Je lui ai dit comment j’aurais joué certaines scènes. Il avait besoin de savoir ce que je pensais de chaque personne qui est passée sur ma route, ce que je pensais à chaque instant. J’ai donné toutes ces munitions à mon fils. C’est génial : il a retranscrit à la perfection chacune de mes humeurs. 

« Peu importe combien d’oseille O’Shea a en poche. il est jeune et black, et donc vu comme quelqu’un du ghetto »
Ice Cube

Chanson phare de l’album éponyme sorti en 1988.

© YouTube // EmiMusic

Junior, qu’avez-vous appris sur votre père ?  

O’SHEA :
J’ai copié son courage en le regardant diriger les choses, par exemple. Mon père m’a parlé très tôt de la confiance. Je me souviens de lui me disant : « C’est ce que les filles recherchent. Sache toujours ce que tu fais. » Si vous n’êtes pas convaincus par ce que vous faites, comment les gens pourraient vouloir vous suivre ? 

Cube, votre fils n’a pas grandi à Compton, là où est né N.W.A, en « zone de guerre » entre gangs. Une différence essentielle entre vous et lui. 

ICE CUBE :
Quand vous êtes un Black, encore plus un Afro-Américain, ça vous colle à la peau. Une personne qui vous regarde pensera tout de suite que vous n’êtes que dalle, ou que vous venez tout juste de sortir du ghetto. Comme mon fils, peu importe combien il a d’oseille en poche, ou qu’il ait grandi dans la zone. Il est jeune et black, il est donc vu comme quelqu’un du ghetto. À l’inverse, il y en a qui ne vous trouvent pas cool parce que vous n’êtes pas né à Watts ou Compton. Ce qui compte, pourtant, c’est qui vous êtes, pas d’où vous venez.   

Le film réalisé par Felix Gary Gray sera sur les écrans français à la rentrée. 

© YouTube // Universal Pictures UK

De rappeur provocateur à  producteur de films familiaux, êtes-vous surpris par votre carrière ?   

ICE CUBE :
Je ne suis pas surpris de faire des films. Mes films font du bien. Un film, ça joue sur la projection intellectuelle. Dans mes chansons, c’est le réel, personne ne joue un rôle. Dans un film, je peux être quelqu’un d’autre parce que ça raconte une histoire. Ce qui est étonnant, c’est que les gens peuvent vous imaginer comme une bonne personne si vous jouez un rôle de gentil. Les gens préféreraient voir Nice Cube tous les jours, plutôt que Ice Cube. 

O’Shea, j’imagine que vous êtes familier des punchlines de votre paternel ? 

O’SHEA (rigolard) :
Bien sûr. Il m’en a sorti des centaines ! Je me souviens d’une visite au zoo quand j’étais gamin, où il me dit : « Tu sais, même les lions sont au courant qu’il y a trop de hyènes dans la nature ». Ça voulait dire qu’il faut toujours se méfier de son entourage. Il a plein de phrases comme ça en réserve. J’adore ça. 

ICE CUBE : Laissez-moi vous dire ceci : soyez bon avec vos enfants. Un jour, vous serez vieux et, ce jour-là, c’est eux qui s’occuperont de vous.

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09 2015 The Red Bulletin

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