Lemmy Kilmister

Metal toujours ardent

Photo : Robert John

Cette année, le groupe londonien Motörhead fête ses quarante ans d’existence. The Red Bulletin s’est entretenu avec son leader de 69 ans, Lemmy Kilmister.

Backstage à Munich. Dans une loge dépouillée, Lemmy Kilmister, chapeau de cavalerie sur la tête, joue à une machine à sous. Un couteau argenté traîne sur sa table. Voilà quatre décennies que la voix éraillée du leader de Motörhead, 69 ans, tonne dans les stades et clubs du monde. Son groupe a survécu à toutes les modes : disco, punk, grunge.

Le concert de ce soir affiche complet depuis déjà trois semaines. Nous manifestons notre présence par un raclement de gorge. Aussitôt, Lemmy lève la tête. L’homme qui a écrit Iron Horse, un hymne aux Hell’s Angels, dévoile un regard d’une étonnante douceur.

Motörhead : Heartbreaker

© UDRmusic // YouTube

THE RED BULLETIN : En créant le groupe le plus bruyant de la terre, contre qui le jeune Kilmister se rebellait-il ?

LEMMY KILMISTER :
 Contre le monde entier : parents, voisins, politiciens… et il n’a pas changé.

L’attitude est restée la même mais votre look a évolué depuis 1975…

Oui, j’ai enfilé une vieille veste militaire et mes cheveux ont poussé jusqu’au bas du dos. J’ai grandi dans l’Angleterre d’après-guerre, le rock’n’roll n’existait pas encore. Les ados devaient se farcir la musique de leurs parents. Un supplice jusqu’à ce que Chuck Berry et Elvis viennent nous libérer. C’était la musique qu’on attendait.

Cette année, Motörhead fête ses 40 ans. Comment expliquer une telle longévité ?

En restant imperméable aux modes.

Vraiment ? 

Oui. Le rock, ce n’est pas compliqué. La théorie, le feeling, tout ça c’est du blabla. Nous jouons fort avec un tempo effréné, et nos concerts attirent du monde. Point barre.

« Vous êtes condamnés à nous supporter ! »
Lemmy

Votre groupe est l’un des premiers à s’être produits à guichets fermés en ex-Yougoslavie communiste, et dans les stades en Argentine. Le Japon est l’un des pays où vous cartonnez le plus. Comment expliquer que des fans de cultures aussi différentes puissent s’enthousiasmer pour la même musique ?

Le rock est universel. Vous l’écoutez et un frisson vous parcours le corps. Trois accords et le public s’enflamme.

La fièvre de la ligne blanche

La bible

Caravanes en feu, concerts sous LSD et basse tonitruante… La fièvre de la ligne blanche, l’autobiographie de l’ex-roadie de Jimi Hendrix, retrace sur 300 pages la vie d’une des légendes du rock.  


Les Japonais dingues de metal… vraiment ?

Vous n’avez pas idée ! Les fans japonais de rock sont déments. Ils ont tous la coupe d’Elvis. Leurs cheveux s’y prêtent parfaitement. Et les filles, n’en parlons pas (imitant la voix de son attachée de presse, ndlr) :« Lemmy… euh… tu me rejoins backstage quand tu auras fini avec les demoiselles ? » 

Qu’est-ce qui, chez les rocks stars, fascinent autant les filles ? 

La célébrité. Il y a bien sûr des filles qui n’aiment que les beaux garçons. Je ne suis plus aussi fringant qu’autrefois mais elles viennent encore me voir après les concerts. Elles ont cette façon de vous regarder, vous voyez ce que je veux dire. Mais je m’en accommode très bien.

Vous n’avez jamais été marié. Pourquoi ? 

Je n’ai pas rencontré celle qui me dissuade d’en regarder d’autres (rires). C’est dingue. Et puis, nous sommes toujours en tournée. Pas idéal pour une relation stable.

Nous avons une théorie pour expliquer le succès de Motörhead. Vous incarnez l’image du rockeur à une époque où les rebelles se font rares.

C’est vrai. Il n’y a plus de jeunes rock stars. Du moins, de celles qui en imposent. Les jeunes de nos jours font tous du rock alternatif. Foutaises ! Alternatif à quoi ? Vous êtes condamnés à nous supporter car je ne vois pas grand monde à l’horizon.

Vous allez avoir 70 ans. Comment évite-t-on de se ringardiser avec l’âge ?

En ne le devenant pas, tout simplement.

Concrètement ?

Vous travaillez bien dans un bureau, n’est-ce pas ?

Oui…

Laissez pousser vos cheveux.

Ça ne posera pas de problème…

Essayez quand même. Vous serez surpris, vous en agacerez plus d’un.

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07 2015 THE RED BULLETIN

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