Mathieu Raynal

« Je suis passé en mode combat »

TEXTE : PH CAMY 
PHOTOS : MATHIAS FENNETAUX

Mathieu Raynal est l’un des meilleurs arbitres de la planète. Revenu des enfers, il participera à la Coupe du monde de rugby en héros « inconnu ».

Lors de la World Cup, en Angleterre dès le 18 septembre, l’un des athlètes à suivre sera un arbitre, français. Victime en 2013, lors d’un match du Top 14, d’une blessure hard-core (quadruple fracture du tibiaperoné à la jambe droite, fracture de la clavicule droite, entorse à chaque cheville), Mathieu Raynal, 34 ans, est alors hors circuit. De retour sur les stades, il renaît à l’arbitrage. Il se blesse à nouveau et réalise un second comeback qui lui ouvre les portes du plus important tournoi de sa carrière.


THE RED BULLETIN : 2013, lors du Montpellier-Racing Métro, vous êtes fauché par un joueur. En une seconde, vous n’êtes plus rien…

MATHIEU RAYNAL :
Je suis alors au Panel, parmi les vingt arbitres aptes à arbitrer les plus grands matches de la planète. Je suis le plus jeune, avec des mecs qui ont arbitré 4 coupes du monde, 100 test-matches. J’ai de l’avenir, je vois la Coupe du Monde 2015 se profiler. Et là, je perds tout. Avec une telle blessure, je suis mort, professionnellement. 

Comment vous êtes-vous motivé, pour « renaître » ?

Je me suis dit : « Tu ne vas pas avoir une trajectoire linéaire, ça va être plus dur que pour les autres. Mais tu vas y arriver. » Sans une probabilité d’échec élevée, la réussite n’a aucune saveur. Je suis alors passé en mode combat. Le chirurgien m’a dit que je reverrai les terrains un an plus tard. J’étais de retour après neuf mois seulement.

La terrible blessure…

© YouTube // gorpitsen junior

Où, et comment, vous êtes vous remis sur pattes ?

Au Médipôle à Toulouse qui dispose des meilleurs chirurgiens et d’une équipe de rééducation au top. Après une opération et 60 jours passés en fauteuil roulant, cette rééducation a durée des mois, 7 heures par jour, sauf le dimanche. Avec l’aide d’un coach mental, qui collabore avec l’équipe de France de rugby, j’ai fait de ma blessure une chose positive.

Un joueur blessé bénéficiera du soutien de ses supporters. Qui soutient un arbitre dans la difficulté ? 

J’ai reçu 6 000 lettres de soutien, du monde entier. J’ai répondu à tous ces gens. Plein de personnes du rugby m’ont contacté : joueurs, présidents de clubs, entraîneurs… des centaines de SMS et d’appels.

La Coupe du monde était en permanence ancré dans votre tête, telle une force ? 

En me focalisant sur la Coupe du monde, j’aurais raté des marches. Mon premier objectif a été de me remettre debout, puis de marcher. Le suivant ? Trottiner, puis courir. Ensuite, seulement, réarbitrer, et reprendre ma place en Top 14. Là, je pouvais penser au reste, à la World Cup. Si l’objectif était de faire trois pas, je les faisais, mais en me disant que le lendemain, j’en ferai quatre.

Vous êtes revenu sur les terrains, et serez parmi les arbitres de la Coupe du monde. Est-ce que votre façon d’arbitrer a changé ?

Lors de mes premiers matches, en entraînement avec l’équipe de Perpignan, j’avais l’impression de traverser une autoroute un 15 août. Je ne regardais pas le ballon, mais uniquement les joueurs.

« Sans une probabilité d’échec élevée, la réussite n’a aucune saveur »
Mathieu Raynal

L’appréhension de vous faire heurter à nouveau, de la blessure, était si forte ?

Je flippais. Les choses avaient changé dans ma tête. Je ne retrouve que maintenant, deux ans après, les placements que j’avais avant la blessure !

Les blessures des joueurs, on ne peut rien y changer… 

J’étais revenu depuis peu en Top 14, et un joueur s’est pété le coude lors d’un match. L’os sortait de son bras. Je ne pouvais pas voir ça, et j’ai laissé les soigneurs agir. Pendant longtemps, quelqu’un qui chutait en ski, ou autre, ça me donnait des frissons dans la jambe. 

Vous n’avez jamais visionné la vidéo de votre blessure…

Non. Il y a un classement des dix plus grosses blessures du rugby sur Internet, il paraît que je suis le premier. Si c’est vrai, je suis au moins champion de quelque chose (rires) !

Que devons-nous connaître de l’arbitrage en rugby afin de mieux l’apprécier ?

Sa philosophie : le juste équilibre entre la règle et le jeu. Faire respecter la règle pour que l’on puisse évoluer dans un cadre, et laisser de la liberté au jeu pour qu’il s’épanouisse, en spectacle.

TOUS LES SUJETS ACTUELS EN UN CLIN D’ŒIL 

> RECEVEZ LA NEWSLETTER ! <
Cliquer pour lire la suite
10 2015 The Red Bulletin

Article suivant