Acid Arab

« Le côté mental, la transe »

Texte : Pierre-Henri Camy
Photo : Flavien Prioreau

Fous de techno et de sons orientaux, des DJ’s français ont invité leurs deux amours sur le dancefloor. Sous la bannière internationaliste et bienveillante d’Acid Arab.

Rares sont les conseillers d’orientation aussi passionnants. Acid Arab sont Guido Minisky (DJ, producteur, organisateur de soirées, journaliste musical), Hervé Carvalho (DJ et faiseur de son lui aussi), Pierrot Casanova et Nicolas Borne (le duo de producteur Sex Schön). Le concept ? Les DJ sets de Guido et Hervé, associant techno et acid house à des sons maghrébins et moyen-orientaux. Puis des prods, compilées sur le LP Collections. Acid Arab, c’est désormais un « live », préparé dans un studio de St-Ouen, où nous rencontrons les émissaires scéniques du projet, possédés par les sons venus d’ailleurs. 

« Un truc compact, un live de techno avec une sonorité orientale »
Hervé Carvalho

 THE RED BULLETIN : Hervé, Guido, comment est né Acid Arab ?
HERVÉ CARVALHO : J’ai toujours été impliqué dans la scène house, acid, techno. J’ai rencontré Guido à La Flèche d’Or, il est devenu directeur artistique d’un club nommé Moon, et on a commencé à y assurer des DJ sets.
Guido Minisky : Il y a deux ans, j’ai été atteint d’une « mono maniaquerie » autour des musiques du monde. Comme quand tu découvres un artiste et que tu te mets à tout vouloir, tout acheter. J’ai d’abord flashé sur des rééditions de morceaux discos turcs incroyables, puis on a été invités à jouer dans un festival en Tunisie. Du coup, on a fouillé dans nos disques house et techno pour trouver des morceaux à samples orientaux, pour créer un set qui soit à la fois nous, et à la fois eux. Ce fut l’acte de naissance d’Acid Arab. 

En quoi les sons orientaux sont-ils associables à la techno ?
HC :
Ils matchent à mort avec un dancefloor où d’habitude on joue de la disco ou de la house. Il y a une intensité incroyable, une envie de pousser le danseur à la transe, des sonorités hyper stridentes et puissantes comme celles de l’acid house. Tu as cette puissance rythmique, et ce pouvoir émotionnel présent dans certains morceaux vocaux de house.

Guido, tu évoquais la disco turque, on est donc au-delà du « raditionnel »…
GM :
Dans tous ces pays, comme dans le reste du monde, quand le rock’n’roll est arrivé ça les a influencés, tout comme la disco, la musique électronique ou le rap. Il est intéressant d’entendre ce que certains artistes ont fait en associant une musique occidentale avec leurs propres racines. C’est ce qu’on essaie de faire, dans l’autre sens.
HC : En Tunisie, pour les jeunes, la musique traditionnelle est plutôt une musique de parents, vocale, hyper intéressante mais inutilisable sur un dancefloor. Au Maroc, c’est une musique un peu déviante, qui vient souvent flirter avec le rock. Je parle du gnawa, traditionnel et un peu subversif. 

Vous étiez au Maroc récemment, une bonne expérience ?
HC :
Pour y jouer au festival L’Boulevard, et dans un club, le B-Rock. Ça s’est passé « crème » (rires). Avant nous, au club, il y avait un groupe de gnawa, des mecs de 60 balais : tout le monde était à fond, comme sur de la techno. Impressionnant.

Acid Arab

© DALLE APFR

Les sons qui trouvent leurs origines plus au Sud du Maghreb, en Afrique noire, vous passionnent-ils aussi ?
GM :
On évite un peu la musique africaine. On a compris que c’était une musique grandiose, cela fait un petit moment déjà qu’il lui a été redonné ses lettres de  noblesse. Depuis que Fela a été réédité, de manière somptueuse, et avec des milliards de compilations dans tous les sens. 

C’est au tour de l’orientale d’être appréciée à sa juste valeur ?
GM :
Depuis trois ou quatre ans, il y a eu plein de signes avant-coureurs. Les disques orientaux sont devenus très chers, les prix des vinyles de musique nord-africaine et moyen-orientale ont prix un zéro de plus. Et plein de petits labels sortent des trucs. Tu as je ne sais combien de compilations de pop iranienne. Tout ça nous a vachement influencés au début, et j’ai l’impression que l’on fait un peu partie de cette histoire. C’est incroyablement gratifiant.  

Votre premier « live » aura lieu à la Gaîté Lyrique, à Paris, quelle sera sa saveur ? 
HC :
Nous voulons proposer quelque chose de simple, électronique. On jouera sur scène avec Kenzi Bourras, qui est notamment le clavier de Rachid Taha. On ne voulait pas transformer le truc en big band fusion. On n’aura pas de percus en live. On veut garder ce truc compact, un live de techno avec une sonorité orientale. La musique orientale est souvent vue comme quelque chose de beau, de « décoratif ». Acid Arab ne l’utilise pas de cette façon-là. Ce qui nous intéresse, c’est le truc qui te fait partir en couilles…
GM : Le côté mental, la transe. Certainement pas le côté « lounge ».

La fiche

Identité
Acid Arab : Guido Minisky et Hervé Carvalho, DJ’s aventureux, Paris et ailleurs.

Concept
« Mélanger nos musiques, notamment la house et la techno, à des sonorités, des feelings et des façons de faire orientaux. »

Acid… au rap
Les rappeurs égyptiens, Sadat & Alaa Fifty Cent. Les Cairois ont collaboré avec Acid Arab sur un morceau. « Ils ont la vingtaine et font partie d’une scène émergente, l’électro-chaabi, qui est en train de se faire connaître mondialement, bien qu’elle soit née au Caire, dans les ghettos. »

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12 2014 The Red Bulletin

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