Michael Fassbender

Michael Fassbender :
une passion intacte malgré les échecs 

Texte : Rüdiger Sturm
Photos : Getty Images

Le 21 décembre, il sera à l’affiche d’Assassin’s Creed, film très attendu et basé sur le jeu du même nom. Découvrez Michael Fassbender, star d’Hollywood déterminée et tenace, qui a su se fortifier lors de chaque étape sur sa route vers le succès.

« Je suis affamé. » Nombre d’acteurs prononçant ces mots à l’entame d’une interview auraient déjà ordonné à leurs assistants de faire venir le room service sur le champ. Pas Michael Fassbender.

Celui-ci ne laisse rien transparaître tout au long de notre entretien qui se déroule à l’hôtel Claridge’s de Londres, et il attendra la fin de l’interview pour s’avouer vaincu par les borborygmes de son estomac – et admettre que la clim’ était en train de le congeler vivant.

L’acteur de 39 ans affûte sa capacité de résistance depuis quelques décennies déjà, ce qui explique sans doute pourquoi, parti de la petite bourgade irlandaise de Killarney, il est parvenu aux sommets des plus hautes collines d’Hollywood. 

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Il dévoile aujourd’hui le projet le plus ambitieux de sa carrière : l’adaptation du jeu vidéo Assassin’s Creed. L’occasion pour nous de lui demander de raconter les moments les plus critiques de son existence, ceux qu’il a vécus dans la mer agitée, dans les bars de Londres, ou sur les autoroutes allemandes.

Assassin’s Creed au cinéma à partir du 21 décembre 2016.

© YouTube // FilmsActu

THE RED BULLETIN : Votre personnage dans Assassin’s Creed a vécu une expérience de mort imminente. Avez-vous une idée de ce que l’on ressent lors d’une telle expérience ?

MICHAEL FASSBENDER : J’ai fait un rêve très étrange une fois, dans lequel je grimpais un col de montagne en vélo, c’était en Irlande du Sud, dans la région où j’ai grandi. Tout d’un coup, je chute violemment avec mon vélo dans une descente, et c’est la mort assurée. C’était une sensation qui me semblait si familière, c’est comme si ça m’était vraiment arrivé.

Dans une vie antérieure ? 

C’est possible. Même si je ne fais pas -partie des gens qui tiennent à tout prix à explorer leurs vies antérieures.

Vous ne vous êtes jamais trouvé entre la vie et la mort ?​

Si. Il y a eu quelques situations tendues. Une fois, j’étais sur ma moto quand deux voitures m’ont presque pris en étau alors qu’elles roulaient autour de 220 à l’heure. Je pouvais sentir le souffle qu’elles produisaient en me frôlant à toute allure. Il m’est aussi arrivé de nager dans la mer avec une forte houle, j’ai vraiment cru que j’allais me noyer. Je l’ai aussi échappé belle en haute montagne, où j’ai été piégé par une chute brutale de température. 

Hey lovelies!!! How are we all??? #michaelfassbender #michaelfassy

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Perdez-vous les pédales dans ces moments-là ? 

Je sais qu’il n’y a rien à faire. Je finis par me dire qu’à partir du moment où mon heure est venue, eh bien, mon heure est venue. 

« Je ne fais pas partie des gens qui tiennent à explorer leurs vies antérieures. »


Vous vivez donc en sachant que la mort peut vous emporter à chaque instant. Cette idée ne vous effraie-t-elle pas ?

Non. J’ai bien conscience que je m’achemine lentement vers la mi-temps de mon existence – enfin j’espère qu’il s’agit bien de la mi-temps ! – et que, par la même occasion, c’est la mort qui s’approche. Mais si tu perds ton temps à penser sérieusement à la mort, ne serait-ce qu’un instant, tu commences déjà à mourir.  

Pourtant, vous prenez des risques… ​

Évidemment. Dans le film, il y a une scène où mon personnage réalise ce qu’on appelle le « saut de la foi », un saut de 40 m dans le vide. D’une certaine manière, il m’est déjà arrivé de réaliser de tels sauts dans la vie. Que tu t’engages dans une nouvelle relation ou que tu plonges du haut d’une falaise, il s’agit toujours d’un saut de la foi. C’est également le cas quand tu te lances dans un projet professionnel ambitieux. 

Michael Fassbender dons the hood as Callum Lynch in the first official look at the #AssassinsCreedMovie.

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Vous prenez alors le risque d’atterrir en catastrophe. Qu’est-ce que vous faites pour vous relever dans ce cas ? 

Je me dis simplement que la vie continue. Avec ou sans nous. Alors il ne te reste plus qu’à te relever. J’ai de nombreuses années de déceptions derrière moi. Je faisais des tas d’auditions, et j’étais recalé, recalé et encore recalé. Soit tu acceptes de devenir une victime, soit tu prends tes responsabilités et tu remets le pied à l’étrier. La vie n’est pas toujours juste. En fait, elle l’est rarement. J’ai appris cette leçon très tôt.

Quand était-ce la première fois ? 

J’étais ado. Il y a des enfants à qui l’on donne certaines choses, et ces choses-là, on ne me les a simplement pas données. Alors j’ai dû travailler très jeune pour les obtenir. Dès l’âge de 12-13 ans, j’ai eu mon premier job d’été, et je travaillais les week-ends. Deux ou trois ans plus tard, je faisais la plonge dans un hôtel cinq étoiles. Parmi mes collègues, il y avait beaucoup d’adultes, l’ambiance était parfois assez tendue, et peu à peu, tu deviens partie intégrante de ce monde. Tu le prends comme il est et tu en tires des enseignements. Tu commences à comprendre à quel point la vie peut te mettre des bâtons dans les roues. Tu découvres les épreuves qu’elle te réserve. À l’âge de 19 ans, je suis parti à Londres pour devenir acteur. Je n’avais pas beaucoup d’argent, presque rien en fait. Et survivre dans une ville aussi chère, sans moyens de subsistance dignes de ce nom, c’est très dur.

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« Prenez vos responsabilités ou devenez une victime. »

Cette précocité explique-t-elle votre succès ces dernières années ?

C’est probable. Mais tu dois continuer à entretenir ta foi. 

Fassbender

© Gage Skidmore/Flickr/Wikimedia Commons


C’est donc votre foi qui vous guide ? 

Je dirais plutôt la passion. C’est comme ça que j’ai découvert le métier d’acteur. À 18 ans, j’ai assuré la mise en scène d’une adaptation théâtrale de Reservoir Dogs de Tarantino, mes potes avaient participé au projet. Je l’avais fait uniquement par amour du projet, en toute naïveté. 

C’est ce que vous avez en commun avec vos confrères. Sauf que vous avez deux nominations aux Oscars à votre actif, contrairement à l’écrasante majorité des acteurs. Comment saviez-vous que vous aviez l’étoffe d’un acteur ? Cette prédisposition a-t-elle pesé dans la balance ?

Assassin’s Creed pose le postulat que notre vie est influencée par des existences antérieures. Je crois que notre destinée s’écrit déjà dans le ventre de notre mère. Mais je ne mène pas mon existence en me fiant à ce principe. Je ne reste pas là à me tourner les pouces en espérant que les choses se règlent d’elles-mêmes. Je suis extrêmement engagé dans tout ce que j’entreprends et je travaille dur. Ce n’est peut-être pas le boulot le plus pénible qui soit, mais je lui consacre beaucoup de temps. 

Vous voulez dire énormément de temps : il vous aura fallu attendre l’âge de 31 ans pour tourner Hunger, ce drame sur l’armée républicaine irlandaise.​

C’est aussi une question de chance, à 95 %. Il faut être au bon endroit au bon moment, et faire les bonnes rencontres. En tant qu’acteur, il te faut rencontrer des personnes qui te soutiennent. Jamais je ne serais arrivé là où j’en suis aujourd’hui, si je n’avais pas connu tous ces gens qui m’ont tendu la main sur leur chemin. 

Pardon, mais, il y a un instant, vous prétendiez qu’il fallait avant tout travailler dur, et maintenant, ce n’est plus qu’une question de chance ? 

Évidemment, il s’agit aussi de garder l’esprit alerte et de savoir mettre ces rencontres à profit. Avec Hunger, j’étais totalement conscient qu’une telle chance ne se représenterait plus dans les sept ou dix ans à venir, voire plus jamais. J’ai saisi l’opportunité en plein vol et je ne l’ai plus lâchée, je me suis concentré à fond sur ce projet et ai travaillé très dur. 

Les 7 meilleures performances de jeu de Michael Fassbender.

© youtube // ScreenJunkies News

Comment savez-vous qu’une personne est bonne pour vous ? 

À l’époque où j’avais du mal à joindre les deux bouts, je travaillais en tant que serveur ou barman. J’avais donc en -permanence affaire à des gens. Chacun a une personnalité différente, et à chaque personnalité – ou chaque manière de s’habiller – correspond une boisson adaptée. Tu dois alors apprendre à étudier tes clients. Les aimer, et t’intéresser à eux. 

« La discipline que je mets dans le travail, c’est mon côté allemand et la tendance à partir en vrille, c’est mon côté irlandais. »


Vos clients vous aimaient-ils aussi ? 

Oh, les gens aiment parler au barman. Tu es comme un curé pour eux. Ils sont assis là et après quelques verres – in vino veritas ! En général, après le boulot, vers 17 heures, tu as devant toi l’employé type. Deux heures plus tard, c’est une autre personne. On m’a d’ailleurs fait des propositions très intéressantes par ce biais…

Sur le plan sexuel aussi ? 

Sur tous les plans. 

Ça vous manque parfois ? 

Pas du tout. J’ai fait ça pendant tellement d’années. J’espérais que j’aurais enfin la chance de faire ce qui me plaît vraiment.

Maintenant que c’est effectivement ce que vous faites, comment veillez-vous à ne pas perdre de vue vos priorités ? 

Je m’en tiens aux principes que mes parents m’ont appris : si tu as un boulot, alors fais-le bien. Traite les autres comme tu aimerais qu’ils te traitent. Respecte les gens. Sois honnête, tiens-toi à carreau. Et ne te prends pas trop au sérieux. C’est pourquoi j’aime retourner à Killarney, et renouer avec mes racines. 

Et parfois, vous avez manifestement besoin d’une virée en moto pour retrouver votre clarté d’esprit. 

Malheureusement, je n’en ai plus eu l’occasion depuis un an. Mais en effet, prendre la route au lieu de sauter dans l’avion a des vertus cathartiques, purificatrices. Ça te permet d’évacuer tout le stress. J’aime galérer, avaler les kilomètres les uns après les autres. Et puis, sur ta moto, tu te fonds dans le paysage, tu sens la route, le vent. C’est une expérience vraie qui permet de retrouver l’équilibre intérieur. Et tu développes ton endurance par la même occasion.

Êtes-vous un fou de vitesse ? 

J’aime la vitesse, elle me détend. Voilà pourquoi j’aime bien rouler sur les autoroutes allemandes – sans limitation ! 

Quel est votre record de vitesse ? 

260 km/h en voiture et plus de 220 km/h en moto. En descendant de la moto, j’avais les genoux qui flageolaient. 

Vous avez donc une nouvelle fois risqué votre vie…

Comme vous le savez, je suis moitié irlandais, moitié allemand. Mon côté allemand est reconnaissable à la discipline que je mets dans mon travail, et mon côté irlandais a tendance à partir un peu en vrille.

Quelles auraient été vos dernières paroles si, et fort heureusement ce ne fut pas le cas, le destin avait décidé que votre heure était venue ? 

« Bon, voilà. On y est. »

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01 2017 The Red Bulletin

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