Toxic Avenger

Toxic Avenger, 
heavy mental

Texte : PH Camy    
Photos : Mathias Fennetaux

Musique électronique puissante, univers sombre et un pseudo emprunté à un personnage de série Z. Une forte tête, Toxic Avenger ? Dans le civil, il n’était pas le plus assuré des hommes. Mais il en a fait une force. Pour The Red Bulletin, il a préparé un mix exclusif à écouter ici.

Dépasser ses angoisses, gagner en assurance. Ce défi artistique et de vie, Simon, alias Toxic Avenger, l’a mené jusqu’à faire danser toute la planète. trois albums et de nombreux hits en tant que producteur au compteur, le parisien de 33 ans a aligné des centaines de shows et su surmonter une timidité qui en aurait poussé plus d’un à l’abandon. en s’affrontant lui-même, Toxic avenger a trouvé l’épanouissement dans le son. 

Une musique électronique percutante, à l’énergie rare, qu’il associe à une imagerie volontiers sombre et angoissante. Lui est tout le contraire, convivial et positif. Riche d’intérêts et d’humanité, qui est celui qui s’est caché quelque temps derrière un masque pour finalement se révéler à la lumière (mais pas trop) ?


TOXIC AVENGER : C’est hyper difficile de définir ce que je suis. J’ai toujours le cul entre 18 chaises. Soyons terre à terre : je suis musicien. Je déteste le mot artiste… le côté bohème de l’artiste, « créatif », ça m’emmerde. (Rires.) 

THE RED BULLETIN : Pas bohème, mais vous avez joué sur la planète entière.

Oui, même en Sibérie ! Je suis souvent parti jouer là où les autres DJ’s refusaient d’aller. Comme à Bogota, où ça craint pour de vrai. J’y ai vu des trucs… Plus c’était original, plus j’y allais.

Un mix exclusif concocté par Toxic Avenger spécialement pour The Red Bulletin. (Le détail des morceaux utilisés en fin d’article.)

« Je suis souvent parti jouer là où les autres DJ’s refusaient d’aller. Comme à Bogota ou en Sibérie. Plus c’étaitoriginal, plus je fonçais. »
Toxic Avenger

Quel est le plus gros nombre de personnes devant lequel vous vous êtes produit ?

70… 80 000 personnes, à Los Angeles. Dans un stade de baseball. À l’époque, ça marchait très bien aux USA pour moi. Je ne voyais pas les limites de la foule tellement il y avait de monde. Pendant ce show, j’en ai pris plein la gueule. Comme je suis assez froussard…

Comment un type timide et froussard peut-il se produire devant 80 0000 têtes ? En fait, pourquoi vous être jeté dans ce job si vous étiez si peu sûr de vous ?

Ça a été hyper brutal. Je faisais de la musique dans ma chambre, avec un PC, et j’étais aussi chanteur-guitariste dans un groupe de metal. Je me suis pris de passion pour la musique électronique, dont je trouvais les possibilités illimitées, pas qu’un truc de club. Mon matos sur le PC était tellement pourri que pour rendre le son meilleur, je lui ai branché mes pédales de rockeur. Ça a donné un son particulier, que j’ai posté sur MySpace. Le patron d’un label américain m’a contacté, et m’a proposé de venir aux States pour sortir de la musique. Je suis parti quasi du jour au lendemain.

Toxic Avenger

Entre lâchages scéniques et mise en retrait, Toxic se retrouverait bien dans un genre « death funk ». S’il existait. Le mystère lui va bien.

« J’ai appris à affronter. Je n’étais pas frontal. Affronter artistiquement, notamment sur scène, m’a permis de prendre en main des choses dans mon quotidien. Ça n’était pas naturel. »
Toxic Avenger

Vous étiez étudiant à l’époque ?

Je n’étais rien. (Sourire.) J’avais la vingtaine. Je pars. On joue dans quelques bars… Le mois suivant, le magazine Rolling Stone fait un sujet sur les « quatre groupes qui vont changer la face de la musique électronique », incluant une page sur ma gueule. (Rires.) D’un coup, la tournée des bars se transforme en 35 dates en 35 jours. On commence à m’appeler en Europe, avec des demandes partout. En un an, je me retrouve à faire le tour du monde. 

Génial, sauf que, le Toxic Avenger en ascension n’était pas du tout du genre à se mettre en avant…

Se produire devant des milliers de gens, c’est tellement à l’encontre de la nature humaine, et de la mienne, timide, encore plus ! À l’époque, je fumais beaucoup, mais impossible de déranger quelqu’un pour lui demander une clope. Il y a encore cinq ans, faire des photos et une interview comme aujourd’hui, je n’en étais pas capable.
 

Toxic Avenger

« Trop californien, mignon, pas mon truc », après un mois de création à L.A., Toxic jette tout, et repart de zéro. Il mettra finalement « énormément de lui » dans son dernier album en date.

Alors vous avanciez masqué mais malgré tout, ce métier implique de s’exposer, des sollicitations… Comment avez-vous surmonté votre timidité ? 

Je me suis fait violence. Et me suis toujours souvenu de mon père qui me poussait au cul. Sans rentrer dans une psychanalyse à deux balles… je suis né avec mon cordon ombilical autour du cou, et ça a bloqué certains « trucs ». Un médecin a dit à mes parents, devant moi, alors que j’avais trois ans, « votre fils ne marchera jamais ». Pour mon père, ça ne pouvait être un frein. Mon envie de réussir dans la musique, malgré cette timidité, vient de ça : « ne foire pas ! » 

Vous avez donc bataillé avec vous-même pour réussir ?

Oui, mais sans faire de concessions. Les gens de mon label sont hyper compréhensifs. Ils m’ont toujours laissé une carte blanche totale. Je peux être qui je veux être. Sans mes soutiens de travail, ou celui de mes proches, je n’aurais pas pu faire cela tout seul. C’est difficile de bosser avec un type comme moi. J’apprends par l’erreur, j’ai besoin d’échouer.

Toxic Avenger

Paris XVe, Beaugrenelle. Toxic Avenger y retrouve l’ambiance particulière de l’un de ses films cultes : le polar Peur sur la ville

Vous appréhendez plus les défis du quotidien que l’échec artistique ?

En tant « qu’artiste », mes forces sont décuplées par rapport à tous les jours.

Quand vous êtes-vous le plus auto-bluffé ?

Lors d’un festival, le Printemps de Bourges. Mon agent me dit, « j’ai invité la terre entière, tu joues sur la plus grosse scène ». Il était tout pâle, en mode, « ne te loupe pas, ne te loupe pas… » Au final, je crois que ça a été l’un des meilleurs concerts de ma vie. (Rires.)

Vous avez surmonté cette énorme pression ?

Voir sa tête paniquée m’a boosté. J’ai vu comme un miroir de moi-même. Ça m’a fait rire, et dédramatiser tout ça. Lors du festival South by Southwest, au Texas, on m’avait calé un DJ set entre Muse et Courtney Love, et juste avant de jouer, un pote me dit, « il faut que je te présente quelqu’un ». Le quelqu’un, c’était Tom Morello, guitariste de Rage Against The Machine, une icône pour moi. Jouer deux minutes après, ça te met vraiment la pression.

La puissance de votre son vous a-t-elle permis de mettre vos angoisses au tapis ?

Ma musique est cinématographique, un peu épique. Bien sûr, c’est galvanisant, je peux me cacher derrière la puissance du truc. Même physiquement. Quand tu es sur scène et que tu envoies du gros son, ça t’enveloppe, ça t’entoure. Ça aide.

Toxic Avenger

Un univers singulier colle aux BPM du DJ-producteur Toxic Avenger. Il l’a imposé à force de défis contre lui-même et ses angoisses.

Comment « Toxic Avenger, le timide » parvient-il à être aussi explosif sur scène ?

Sur scène, il y a un côté au bord du précipice : ma timidité va-t-elle me bouffer ou pas ? Si elle me bouffe, les gens vont se dire, « c’est quoi que ce mec ? » Si je me fais violence, même si c’est difficile, je sais qu’ils vont être satisfaits. Et comme tous les timides de la planète, j’en fais dix fois trop. Sur scène, je peux me jeter partout.

Et ça fonctionne ?

J’imagine que oui. J’aime bien les énergies brutes, donc ce n’est pas réfléchi. J’imagine que je fais plein d’erreurs. Les trucs imparfaits sont les plus touchants.

Les sources du Mix

Monsieur Hire ; Crusz - Whispiring ; Ryuichi Sakamoto - Merry Christmas Mr Lawrence (synth version) ; Buffet Froid ; The Cambridge Circus - Ulysse ; Sacha Distel - Le bateau blanc ; Sacha Distel - Le bateau blanc (Cosmo Vitelli edit) ; Yves Mourousi - Dix-Neuf ; Debbie Deb - When I Hear Music ; Alain chamfort - Paradis (Paradis Reprise) ; Joran Van Pol - Exist ; William Sheller - Fier et fou de vous ; Bawrut - 1-2-3-4 ; Petits meurtres entre amis ; Adriano Celentano - I want to know ; Laurent Voulzy - Plus d’un milliard de filles ; Jean Pierre Posit - Shopping au Boulevard ; Monsieur Hire II ; Raito - Aftershock ; io - Claire ; Blackstrobe - Italian Fireflies ; Matt & Kim - Lesson learned ; The death set - Slap slap slap pound up down snap.


Quel est le plus gros cadenas mental que vous ayez forcé ?

Affronter. Je n’étais pas frontal. Affronter artistiquement, notamment sur scène, m’a permis de prendre en main des choses dans mon quotidien. Ça n’était pas naturel.

Vous semblez avoir beaucoup de recul sur vous-même, c’est une force ?

Ce qui me sauve, partout, c’est que j’ai conscience de ce que je suis. J’ai une espèce de tendance à sortir de moi et mettre comme une caméra sur ma face. J’arrive à me voir dans des situations et dire : « Stop ! »

Vous êtes à même de vous analyser de l’extérieur ?

J’arrive à me voir, je pense, tel que je suis vraiment. Je ne me dévalue pas, et je ne me surévalue pas. Plus je grandis, et plus je suis honnête avec ce que je suis. Avant, je me dévaluais beaucoup, mais grâce à la musique, ça a changé. Je suis honnête avec moi-même.

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05 2016 The Red Bulletin

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