Norman Reedus The Walking Dead

Norman Reedus, le solitaire

Photos : Michael Muller
Texte : Noah E. Davis

Porté par une insatiable curiosité, Norman Reedus a arpenté tous les chemins, jusqu’à trouver celui vers la célébrité grâce au personnage de Daryl Dixon dans la série de zombies The Walking Dead. Mais même Hollywood ne parvient pas à l’apprivoiser. The Red Bulletin l’a rencontré à la lisière des marais de la Nouvelle-Orléans au milieu des alligators.

Pour lui, l’été est propice aux balades au guidon de sa moto. Il a pris la direction de Senoia, à une poignée de kilomètres au sud d’Atlanta, la capitale de l’État de Géorgie, où se tourne une partie de The Walking Dead et où il vit pendant le tournage. La série a fait de lui Daryl Dixon, un dézingueur de zombies armé d’une arbalète, mais elle n’a pas touché sa philosophie de vie : il est libre, Norman. 

 

Son personnage dans The Walking Dead est l’un des préférés des amateurs de séries à sensation. Cet automne, il tournera aux côtés de Kate Winslet et de Woody Harrelson le thriller Triple 9, avant d’apparaître dès le mois prochain dans une très très attendue 6e saison du show TV qui l’a fait connaître. 

La notoriété est arrivée sur le tard pour l’acteur américain de 46 ans, et c’est plutôt une bonne chose. Dans un hôtel situé dans le quartier français de la Nouvelle-Orléans, caché sous sa casquette de camionneur, Norman Reedus  commence à raconter son histoire. « Je n’avais jamais été gâté avant et je ne pense pas que j’en sois arrivé à ce point. D’ailleurs, je ne le suis pas. Je mets toujours mes chips et mon pain dans le frigo, une habitude qui remonte à l’époque où j’habitais un appart peuplé de punaises. Cette série, c’est le premier travail qui me permet de bien vivre, et je sais que ça peut basculer à nouveau. J’ai toujours vécu modestement, de petit boulot en petit boulot. »

Héros pour les fans de Daryl et ses exterminations de morts-vivants, Reedus est du genre mec normal. Il traite de la même manière un barista quidam, une star hollywoodienne ou son pote Slash, l’ex-guitariste de Guns N’ Roses aujourd’hui en solo. Normal, et habité par une curiosité pour tout, et pour tous, qui le guide depuis l’enfance.

Norman Reedus The Walking Dead

On n’avait pas vu une telle prestance sur un hydroglisseur depuis Chuck Norris dans le film Invasion USA. Comme lui, Reedus aime agir en solitaire.


« Il est maladivement curieux, raconte Melissa McBride, qui tient le rôle de Carol dans The Walking Dead. Il est toujours en train de chercher le contact, il aime être stimulé. Il regarde tout ce qu’il se passe autour de lui, les gens, la manière dont ils fonctionnent, comment ils s’impliquent dans les projets. » Cette curiosité lui est essentielle. Elle lui permet d’être en mouvement, intellectuellement, et de ne se lasser de rien. Elle est aussi la garante de son intégrité psychique, tel un garde-fou au moment où la notoriété le saisit au vol. Quand Reedus est devenu une star, il était déjà un homme stable. 

La vie de Reedus est une succession d’aventures internationales. Après la séparation de ses parents, il rebondit, gamin, de ville en ville, au gré des jobs dégotés par sa mère. Avant d’avoir le bac, il s’envole pour le Japon et suit sa mère qui vient d’épouser un géochimiste. Elle enseignera aussi dans une maternelle à Harlem, et dans un collège du Bronx avant de lancer une école américaine au Kurdistan.

Norman Reedus Fotoshooting The Red Bulletin

Dans The Walking Dead, Norman Reedus adore éliminer des zombies. Son instinct de chasseur reprend le dessus dans le bayou de la Louisiane.

À Tokyo, il se lie d’amitié avec un Français avec lequel il décide de partager un appartement. Le tandem prendra la direction de Londres pour squatter à Clapham Common, au bout de la Northern Line dans le sud de la ville, et vit de petits boulots dans une boutique de cartes postales à Piccadilly pour engranger juste ce qu’il faut pour se payer des fish and chips et des bières.

En solo, Reedus met alors le cap sur Sitges, une ville espagnole sur la côte méditerranéenne, à 50 kilomètres à l’ouest de Barcelone. Il y habite un studio, où la douche laissait couler de l’eau salée. « Mon appartement était aussi grand que cette table, raconte l’acteur en montrant du doigt une table pour deux. C’était un petit paradis, une évasion hors du réel, pour moi. »

Reedus n’a pas été transformé par le succès. Pourquoi ? Parce qu’il s’était construit en tant qu’homme avant de devenir une star de série

Les habitantes de Sitges lui achetaient ses peintures de chats de gouttière. Y aurait-il donc laissé des œuvres inestimables, signées de son nom ? « Je pense qu’elles ont fini à la poubelle, lâche-t-il. Ce n’était objectivement pas très bon, mes toiles n’étaient jamais totalement achevées. Je pense que les femmes qui les achetaient me donnaient un peu d’argent par compassion. » 

Une fille qu’il avait aimée à Tokyo l’appelle pour lui dire qu’elle vient de s’installer à Los Angeles, il débarque. Mais elle fréquente à nouveau un ex et Reedus se retrouve seul face à son destin. Il est viré du magasin de motos où il bosse. Pas un traumatisme : sa vie est faite de hasards et de rebonds permanents.

Norman Reedus Fotoshooting The Red Bulletin

« Je mets mon pain au frigo. Cela vient du temps où des punaises squattaient chez moi »

 Chaque aventure nouvelle est bonne à vivre. Lors d’une fête sur les collines d’Hollywood, ivre, il parle un peu fort, un peu haut, et se fait remarquer. Dans la foule, pas mal de personnages influents dans l’industrie du cinéma locale. Sa prestation alcoolisée plaît à certains, et lui évite bien des auditions. Une semaine plus tard, Reedus est sur les planches, et dispose d’un agent.

Pendant les huit mois de tournage d’une saison de The Walking Dead, Norman Reedus embrasse une vie bien éloignée des standards d’Hollywood. Au contraire du reste de l’équipe qui emménage à Atlanta, lui reste à Senoia, sur la zone du tournage. Une ville qu’il voit comme une communauté hippie pour riches blancs. Il vit au milieu de nulle part dans un petit village, éloigné de la ville. Il connaît ses voisins, qui tantôt indiquent sa maison aux curieux, tantôt demandent qu’on cesse de photographier sa voiture. 

Norman explique : « Je vis à Manhattan toute l’année, et du coup la forêt est comme un paradis pour moi. Je roule à moto, je tire des feux d’artifice, et des flèches dans mon arrière-cour. C’est génial, non ? »  

Une part de Norman aime la solitude, car elle lui permet d’absorber ce qu’il se passe autour de lui, dont il se nourrit », raconte McBride. Pour Reedus, le choix est plus simple : « Je fais partie de ces gens qui, lorsqu’ils ont fini leur journée de travail, n’ont plus envie de parler à personne. Non merci pour le verre, foutez-moi la paix, on se voit demain matin au bureau ! » Et il se marre, aussi authentique qu’espiègle. 

Pendant le dîner, la star engage la conversation avec le maître d’hôtel et le serveur. Le sujet ? Les fresques warholiennes qui ornent les murs du restaurant. Il se demande si, sur la photo, c’est bien le mannequin Jerry Hall, ex de Mick Jagger. C’est l’ancienne propriétaire du resto. Plus tard, il échange sur Dubaï avec un militaire. La conversation, Reedus l’a amorcée par un désarmant « Merci pour ce que vous faites pour nous ».

C’est le même homme qui apparaît quand il raconte le rendez-vous avec les rockers de Kiss, juste avant un de leur concert à Atlanta. Les musiciens voulaient un selfie avec lui avant que leur maquillage fonde pendant le show. Retenu par un shooting pour The Walking Dead programmé de longue date, Reedus est en retard, et le début du concert est donc décalé d’une quinzaine de minutes pour le selfie. Avec son pote Slash, Norman avait dû foncer pour ne pas trop retarder le concert d’un des plus grands groupes de la planète, fan de la série. 

Reedus a son propre monde, comme toute célébrité, mais il traverse facilement la frontière pour retrouver les gens ordinaires. C’est ainsi qu’il existe, personnage polymorphe amateur d’art, quittant fréquemment le Lower East Side au sud-est de Manhattan pour rejoindre ses amis artistes, éparpillés aux quatre coins du monde, séduisant aussi Helena Christensen avec laquelle il a un fils, Mingus, aujourd’hui adolescent.

« Quand j’ai fini de bosser, je n’ai pas du tout envie de parler avec mes collègues. Une bière ? Non merci, les gars. Foutez-moi la paix ! »
Norman Reedus

Son chemin lent et progressif vers le succès explique aussi sa multiplicité. Avant le milieu de la quarantaine, il n’était pas connu. Le succès des Anges de Boston, un film sorti en 1999, l’a conduit à vivre de drôles de situations, comme cette course-poursuite  avec un fan obsessionnel qui cherchait à le plaquer en pleine rue pour pouvoir lui parler. Depuis, son talent est à l’œuvre pour combattre les zombies dans une série à succès inspirée par une bande-dessinée en noir et blanc. 

Norman Reedus Fotoshooting The Red Bulletin

Son personnage va-t-il finir en repas pour morts-vivants ? « Si quelqu’un a neuf monologues dans trois épisode, il est cuit, pour sûr », rigole-t-il.


« C’est très étrange que cette série ait autant de succès, s’étonne-t-il encore. J’aimais bien cette idée  d’aller de ville en ville en faisant de l’art. C’était ça, ma vie, il y a encore cinq ans, et j’aimais bien ça. » 

Norman Reedus a prouvé qu’avec un rôle dans une série sanglante, il pouvait devenir un acteur de premier plan. Il a changé le show. Mais le show n’aura pas réussi à le changer. 

Vous attendiez l’alligator ? Le voici ! Planté au milieu des marais de la Louisiane sur une plateforme plus vraiment solide, Norman Reedus est accompagné d’une équipe photo et d’un groupe d’amoureux des animaux sauvages. On lui propose de faire un câlin à un crocodile. Reedus grimace : aurait-il moins peur des zombies que des grandes dents ? Les siennes grincent au moment où on lui colle l’animal entre les bras. La photo est faite ? Il s’empresse de déposer la bête à terre. Il confirme le malaise : « Je crois qu’il pouvait sentir ma peur… »

En remontant sur son hydroglisseur, il se tourne vers les curieux agglutinés sur la plateforme et leur adresse un geste de la main droite. Un salut inspiré des concours de Miss America, ce qui le fait rigoler. Déjà, Norman Reedus repart vers de nouvelles aventures. Des zombies plein la tête.

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09 2015 The Red Bulletin

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