Oxmo Puccino RBMA festival Paris

Oxmo Puccino, invité du RBMA Festival Paris

Texte : PH Camy
Photos : Vincent Dessailly

Rap, Beats and Rhymes : le 21 septembre à La Cigale, le Red Bull Music Academy Festival Paris réunit un énorme plateau d’artistes hip-hop français. Sous l’autorité d’Oxmo Puccino. Le Black Mafioso vous transmet sa passion, historique, du rap.

THE RED BULLETIN : Oxmo, 20 ans à peu près après vos débuts, le rap français est toujours aussi vigoureux. Comment expliquer sa longévité et sa capacité de renouvellement ?
OXMO PUCCINO : Lorsque les fondations d’un mouvement sont saines et solides, que ses valeurs sont fortes et positives, que ses pionniers restent actifs, on peut alors espérer que ce qui était considéré comme une contre-culture, donc marginale, devienne une mode puis un courant influent. Aujourd’hui, c’est une musique qui a 30 ans, qui est n°1 des ventes, qui attire des foules spectaculaires, qui réunit les gens de diverses générations et qui est portée par tout un tas de figures de proue et, surtout, c’est une musique qui a évolué, qui se décline en plusieurs écoles. Et 30 ans plus tard, le hip-hop a une forte influence dans la mode, la danse, le cinéma, la peinture, la gastronomie. Aujourd’hui, c’est un mouvement qui a une histoire et c’est magnifique !

© YouTube // Seth Gueko

Quelle est la place de Paris sur la carte mondiale du rap ?
C’est un symbole fort. Paris est sur la carte du rap international depuis tant d’années. Si je ne dis pas de bêtise, la France est le deuxième territoire en terme de production. Lorsque le destin me permet de jouer en Espagne, en Italie, en Europe de l’Est, en Allemagne, je vois l’influence du rap français dans ces pays. Souvent le regard que l’on porte sur l’autre dépend de là où on se place.

C’est un plateau éclectique qui se réunit à La Cigale le 21 septembre, sous votre « autorité » : Lino/Ärsenik, The Hop, Jazzy Bazz, Deen Burbigo, S.PRI NOIR, Panama Bende, A2H, Dinos Punchlinov, Espiiem, Take A Mic, Bon Gamin, Supa!, Noday… parmi ces artistes, lesquels sont les plus audacieux à vos yeux ?
Il n’y a pas de hiérarchie. Pour ma part, il n’est même pas question de génération. Il n’est question que de gamins, passionnés, devenus des artistes tous réunis autour d’un art majeur qui a bouleversé nos vies. Peu importe que notre carrière ait 3 ou 15 ans. Ce qui compte c’est l’originalité que l’on ramène, c’est le sérieux que l’on met dans ce que l’on fait. Beaucoup de ceux que vous citez sont des amis, pour certains on a fait des titres ensemble, pour d’autres on a partagé des scènes de festival, je connais leur travail à tous. J’ai beaucoup de respect pour chacun d’entre eux. Tous ont leur style, leur écriture. Ce sont des rendez-vous importants. Il fut un temps, c’était inenvisageable de réunir tant d’artistes, de faire venir autant de monde sans craindre le pire. Aujourd’hui tout se fait dans une bonne ambiance, venez faire la fête, vous ne serez pas déçus !

Des musiciens sont attendus sur scène. Cela fait plusieurs années que vous vous produisez avec un groupe. Quel a été l’apport des musiciens à votre art de « rappeur »?
Ça a totalement changé ma perception de la musique. De la composition jusqu’à la manière d’appréhender les concerts, toute ma vision a changé. J’ai pu jouer dans des endroits jusqu’alors inespérés comme Jazz à Nice, le Festival de Jazz de Montréal, Les Vieilles Charrues, les Eurockéennes. Au début, tout le monde m’a pris pour un fou, aujourd’hui c’est devenu presque banal. Et puis ça m’a appris l’exigence. Les (bons) musiciens ont une telle relation avec leur instrument, avec le son, la scène que j’ai dû me mettre à ce niveau d’exigence également. Sur scène, cela offre une grande liberté et on peut faire évoluer le spectacle en permanence. Les instruments ont toujours eu leur place dans le rap. Les gens devraient faire preuve de curiosité. Lisez la bio de Dr. Dre, renseignez vous sur la façon de produire de DJ Premier, regardez le travail de Flying Lotus, des Roots, lisez les crédits des albums de Jay Z. Opposer instrumentistes et rap est une analyse de gens qui ne savent pas de quoi ils parlent. D’ailleurs, souvent, ceux qui parlent de rap ne savent pas de quoi ils parlent.

De plus en plus de groupes apparaissent sur le Net, mais ne passent pas forcément par la scène. Que vous a-t-elle permis d’atteindre depuis toutes ces années ?
La scène est nécessaire. Elle est ma raison de continuer à faire des chansons, des albums. Prendre la route entouré de son équipe, traverser la France, explorer le monde, rencontrer ses fans, découvrir des publics inattendus… Tous les grands artistes que l’on a en mémoire sont des artistes de scène, de Bob Marley à Public Enemy, de Jimi Hendrix à NTM, de James Brown à Gossip tous ont marqué les gens par des performances fortes en émotions. Aujourd’hui des artistes peuvent exister essentiellement via la scène. La scène c’est sans doute l’explication la plus sûre de ma longévité. Je fais 80 dates par album, chaque fois le public s’agrandit. Au bout de 20 ans de carrière je continue de découvrir des villes, des salles, des régions, des gens. Faire de la musique, créer, c’est être en quête. Les jeunes artistes dont on parlera encore dans 5 ans sont ceux qui auront passé le cap de la scène, saisi son importance et ainsi que le travail que cela implique.

« Les plus grands freestylers sont des travailleurs qui écrivent beaucoup donc qui lisent beaucoup. »
Oxmo Puccino

Le freestyle sera aussi à l’honneur à La Cigale : un bon MC doit-il avant tout être un bon freestyler ?
Non. c’est plus selon moi le fond et la forme, l’art et la manière, il y a d’excellents freestylers, mais il ne faut pas se méprendre, les plus grands d’entre eux sont des travailleurs, des gens qui écrivent beaucoup donc qui lisent beaucoup. C’est le cas de légendes comme KRS-One ou ma man Zoxea. Mais c’est une composante de cette musique, il y a quelque chose de l’ordre de la performance dans le rap, de la fureur de vivre. Le freestyle a grandement contribué à la légende du rap. On nous parle souvent de Time Bomb, des freestyles sur Nova ou sur Générations, mais ne perdez pas de vue qu’on écrivait sans cesse, on confrontait nos idées, nos phrases, on arrivait pas sûrs de notre fait en studio tel un mauvais footballeur pensant que sa technique fera de lui le meilleur meneur de jeu que son sport ait connu.

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09 2016 The Red Bulletin

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