Philippe Lacheau

Philippe Lacheau : le ciel est sa limite

Texte : Pierre-henri CAMY 
Photos : MATHIAS FENNETAUX

Avec la comédie Babysitting, Philippe Lacheau a affolé l’altimètre du cinéma français. Pour l’épisode 2, et son tournage dément au Brésil, « Fifi » et sa bande ont fait le grand saut, à nouveau. Le secret de leur succès ?

Septembre, à l’aube, quiétude sur le tarmac de l’aérodrome de Chaubuisson, en Seine-et-Marne. Contraste avec la folie comique associable à l’acteur-réalisateur Philippe Lacheau, qui y rejoint notre équipe. Dans le film Babysitting, sorti en 2014, Lacheau campe un employé contraint de jouer la nounou du rejeton de son boss (Gérard Jugnot) dans une demeure cossue des Yvelines. La corvée tourne au bordel, à mesure que ses potes viennent taper l’incruste pour une fête orgiaque.

À l’écran, sont révélés les copains/collaborateurs de Lacheau (Tarek Boudali et Julien Arutti, entre autres). Une clique qu’il entraîne dans ses aventures allumées depuis ses années télé, notamment dans la Bande à Fifi, un programme court et barré diffusée de 2005 à 2007 sur Canal+. Philippe Lacheau avance en équipe, toujours, et quand l’industrie du ciné ne soutient pas ses films, il ne lâche rien. C’est en mode démerde qu’il marque le coup avec Babysitting (coécrit-réalisé avec Nicolas Benamou).
 

Avec des concept de séquences en found footage (scènes tournées en mode amateur, « au caméscope », et intégrées au film) et ses potes comme acteurs principaux, il solutionne la question du budget, et livre une comédie intense saluée par plus de 2 millions d’entrée. Et les sceptiques de se taire. L’épisode 2, cette fois une « comédie d’aventure », fut tourné au Brésil. On en retient notamment une scène de chute libre collective, où la détermination, la bonne humeur et le jusqu’au-boutisme de cet Yvelinois de 35 ans rayonnent. Le contexte « aérien » de notre shooting photo convient donc au héros du jour, devenu, par la force des choses, accro au parachutisme.

THE RED BULLETIN : Philippe, acteur, scénariste et réalisateur ne vous suffisait pas ? Il fallait ajouter « pro de la chute libre » à votre CV ?
PHILIPPE LACHEAU :
Quand tu écris une scène de parachute dans ton scénario, tu penses « cascadeurs », « effets spéciaux », mais plus tu avances dans la fabrication du film, et plus tu te dis : « Si ce n’est pas nous qui sautons, ça va être grillé, la scène va s’écrouler ! » On est vite arrivés à une conclusion horrible : « Si on veut que la scène soit payante, on n’a pas le choix, il faut qu’on le fasse ! » (rires) Avant ça, je n’avais jamais prévu de sauter en parachute de ma vie. J’ai dû faire 60 sauts, pour pouvoir être autorisé à me jeter en solo au Brésil lors du tournage, et je suis devenu dingue de ce truc !

Philippe Lacheau

Au calme. Quelques heures après notre shooting, il lancera sa tournée marathon des villes de France, pour y présenter sa nouvelle comédie d’aventure, allumée. Et filmée, comme il se doit, entre potes. 

Le grand saut, une symbolique de votre engagement, votre détermination à avancer, en bande. Depuis vos débuts en radio et télé il y a une petite quinzaine d’années, avant, finalement, de vous imposer au cinéma, à votre façon.
J’ai toujours voulu faire du cinéma, et passer par la TV me paraissait une bonne solution pour y arriver. Avec mes potes, une fois que je les ai tous fait rentrer après moi chez Canal+, on avançait avec cette idée : « Un jour, on sortira notre film ! » Et on a tout arrêté pour travailler sur notre premier. Qui ne s’est pas fait ! (rires) C’était une parodie de Titanic, un truc hyper ambitieux, en fait. On n’y connaissait rien, on n’avait pas assez d’expérience en écriture. Au final, cet échec, ce rêve qui s’écroulait, nous a permis de gagner de l’expérience.

Qu’en avez-vous appris ?
On n’avait rien fait au cinéma, nous n’avions pas la notoriété suffisante pour convaincre et débloquer des budgets. On s’écrivait des rôles principaux et les producteurs potentiels nous disaient : « On va faire le film… mais sans toi et tes potes ! » L’idée de Babysitting est venue de là. Si nous voulions avoir l’espoir de faire un film, avec nous-mêmes dans les rôles principaux, il devait coûter le moins cher possible. Intégrer beaucoup de scènes en found footage, tournées comme de la vidéo « maison », réduisait les coûts de production. Du coup, on a écrit ce film « pas cher », et eu la chance que des producteurs croient en nous.

Philippe Lacheau

« Les producteurs potentiels me disaient : “on va sortir le film, mais sans toi et tes potes ! ” pour réaliser un film avec nous-mêmes dans les rôles principaux , le found footage  était la solution. » Philippe Lacheau

Pour s’évertuer à imposer son projet « avec ses potes ou rien », il faut avoir une belle confiance en eux…
C’est juste une histoire de sincérité, et de complicité. On est amis depuis tout le temps avec Julien et Tarek, et aussi avec Vincent Desagnat (autre héros des Babysitting, ndlr) qu’on connaît depuis plus de dix ans. Si d’autres acteurs avaient dû interpréter nos « copains » à l’écran, ça n’aurait pas aussi bien pris. Ça aurait été une grosse erreur. Ça devait être nous. 

Babysitting est donc la preuve que dans tout projet, en imposant son système, et en restant groupés, on y arrive ?
Ce film a prouvé que ça valait le coup de se battre. Là, je vais passer en mode Confessions Intimes… (sourire) Le projet Babysitting fut une période super difficile. J’avais tout misé sur le cinéma, j’avais tout arrêté pour concrétiser un film, mais je n’avais plus d’argent, au point que j’avais même mis ma voiture en vente… j’étais au pied du mur.

Philippe Lacheau

Malgré les refus et les défis à relever, ce touche-à-tout et sa clique n’ont cessé de persévérer, au point de bénéficier, enfin, de vents porteurs.

Votre engagement a finalement payé, et vous parvenez à vos fins. Malgré le succès, et son confort, il vous était nécessaire de bosser à nouveau entre potes démerdards, pour le 2 ?
Si toute ma vie je peux travailler avec mes potes, je suis heureux ! On s’est tellement éclatés à faire le 1 qu’on a eu cette démarche, clairement égoïste, de prolonger le plaisir, et d’en refaire un pour kiffer encore tous ensemble. Une suite, différente, mais en gardant du found footage, car on pensait qu’il y avait plein de choses qu’on n’avait pas exploitées.

Philippe « Fifi » Lacheau

Philippe Lacheau, alias « Fifi », dans une combi de chute libre conçue pour lui sur mesure, au Brésil, lors du tournage de Babysitting 2.


C’est quoi ce truc spécial que vous avez réussi à imposer ?
La priorité pour nous, c’est simple : « Comment faire rire ? » Qu’un film coûte cher ou pas cher, c’est celle-là, la vraie question. Pour Babysitting 2 comme pour le précédent, la seule règle était de ne pas se mettre la pression… « Pense à ce qui te fait rire toi, et ceux qui partagent ton type d’humour rigoleront ! »

Et assumer totalement ses délires, parfois poussés. On peut parler d’un certain pénis volant dans le prochain Babysitting ?
J’ai hâte de voir une salle de 500 personnes réagir à ce plan, je pense que ça peut être très payant. C’est une prothèse qu’on a proposée à Vincent. On l’a flatté, on ne lui a pas mis un asticot (rires)

Restons dans ce registre animalier… Il semble que vous ayez croisé de véritables anacondas lors du tournage dans la jongle brésilienne… Risqué ?
Oui, surtout qu’on a réalisé toutes nos cascades nous-mêmes. Tu as la scène du parachute, bien sûr, mais on a aussi sauté dans l’eau d’une falaise de douze mètres. En dessous, dans l’eau pas claire, tu ne sais pas ce qu’il peut y avoir… Et là, un gars du coin t’explique qu’il y aurait pu avoir des piranhas là-dedans. Ça aurait pu vriller, vraiment. Il y a aussi eu la scène qu’on devait tourner avec un jaguar, supposé apprivoisé. Il est arrivé accompagné d’un gars qui le tenait avec une espèce de fil autour du cou… Incontrôlable ! Il a fallu l’endormir pour le remettre dans sa cage ! (rires) Je peux aussi te parler de la tarentule, grosse comme ma main, qui se baladait dans notre loge. Flippant.

Philippe Lacheau

Acteur, scénariste, réalisateur et, depuis peu, un passionné de chute libre. À 35 ans, Philippe Lacheau est l’une des forces vives du cinéma d’humour français. Accessible.

Des projets qui ne voient pas le jour, à ce tournage fou, au bout du monde, qu’avez-vous retenu de ces années d’acharnement pour imposer votre style, et quel serait votre message à ceux auxquels « on ne croit pas » ?
De ma petite expérience, je dirais que pour y arriver, trois facteurs doivent se croiser un jour : un petit truc à part ; énormément de travail et de persévérance ; un facteur chance. Quand les trois « fittent », tout peut s’allumer, s’enchaîner !

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12 2015 The Red Bulletin

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