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Aiglier, la transmission d’un savoir ancestral

Entretien : Sam Cossman
Photos : JUSTIN BASTIEN

La technologie permet d’explorer les frontières de l’inconnu, mais elle se heurte à celles du savoir ancestral transmis de génération en génération. Entretien avec Kairatkhan, maître aiglier en Mongolie.

Kairatkhan est né et a grandi dans les montagnes de l’Altaï. Éleveur comme son père avant lui, le quinquagénaire explique qu’il lui a fallu 30 ans pour maîtriser son art.

Comment devient-on aiglier ?

On commence comme apprenti auprès d’un chasseur expérimenté. Pendant un ou deux mois, il vous apprend à nourrir votre animal et vous emmène à la chasse pour vous montrer comment le faire voler. Ensuite, il faut s’exercer avec son propre aigle. Une fois que l’on s’engage dans cette voie, on ne peut plus reculer. Un aigle n’est pas un robot. Chaque animal possède un caractère qui lui est propre.
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Étiez-vous doué ? 

Non, il m’a fallu trois ans pour comprendre les efforts que cela exigeait, et le temps à investir et à consacrer à son aigle. Mon premier oiseau refusait de voler même en présence d’un lièvre, d’un renard, d’un loup ou d’un chat sauvage. Je l’avais trop peu entraîné. Je devais d’abord établir la confiance entre l’oiseau et moi. J’ai pris conseil auprès de chasseurs plus aguerris. Ils m’ont suggéré de me concentrer sur le nourrissage. Maîtriser la quantité de nourriture à donner au rapace est l’une des premières étapes du dressage. Si on le nourrit trop ou pas assez, l’aigle ne coopère tout simplement pas. 

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Aujourd’hui, vous êtes maître aiglier et aussi champion… 

Acquérir le savoir et le partager est ma plus grande motivation. On apprend toujours quelle que soit son expérience. Quand je voyage d’un endroit à l’autre, pour les festivals ou d’autres compétitions, ce n’est pas uniquement pour les trophées, c’est avant tout pour accumuler expériences et compétences.

Votre engouement touche-t-il les jeunes ?

Certains aspirent vraiment à devenir aiglier. Mais face aux difficultés – voyager dans le froid, les allers-retours dans la montagne parfois sans aucune prise – ils finissent par renoncer. Il faut un mental d’acier pour faire face à l’échec et la malchance. Mais si le lien entre le chasseur et l’aigle est fort, alors tout est possible. L’expérience m’a appris que la passion et la patience engendrent la détermination et qu’à partir de là, il n’est rien qui ne soit insurmontable.

Le trousseau DU CHASSEUR 

Kairatkhan confectionne et répare lui-même son matos de chasse.

1. Couvre-chef en peau de renard et soie surmonté de plumes d’aigle.

2. Veste en cuir de cheval.

3. Gant de cuir rembourré pour résister aux puissantes serres de l’aigle.

4. Gamelle de l’aigle.

5. Sacoches de provisions.

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6. Sac de friandises pour l’aigle : viande et os de renard.

7. Une attelle fixée à la selle supportant le poids de l’aigle lors des longs trajets. Le bras repose sur le harnais pour le soulager du poids de l’oiseau.

8. Un câble pour extraire le renard des terriers.

9. Des jumelles années 80 enroulées dans une écharpe de soie.

10. Un sac à jumelles fait maison.

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04 2017 THE RED BULLETIN

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