Air Zermatt

Air Zermatt : votre ultime espoir au sommet

Texte : Andreas Rottenschlager   
Photos : Tero Repo

L’équipe de secours aérien Air Zermatt s’emploie à sauver des vies en bravant certains des plus hauts sommets du monde. À 7 000 mètres d’altitude. En pleine nuit. Contre la montre. Suivez-la dans la nouvelle série documentaire The Horn, à partir du 17 octobre sur Red Bull TV.

De toute sa carrière, la mission de secours en montagne la plus périlleuse que le pilote Tom Pfammatter ait jamais eu à affronter est celle accomplie durant l’été 2005. La cause de l’intervention ? Un coupe-vent… 

Il s’agissait alors de secourir un randonneur qui avait fait une chute sur le Glacier du Rhône, dans les Alpes suisses. Pfammatter avait 35 ans. Au moment où l’appel d’urgence est lancé, il est en train de dîner dans le hangar de l’héliport de Zermatt, un petit village des montagnes suisses situé à environ 250 km à l’est de Genève.

Il fait déjà nuit noire lorsque Pfammatter embarque dans le cockpit de son Eurocopter crimson EC135. Le médecin urgentiste et les aides-soignants lui emboîtent le pas. Pfammatter démarre l’appareil avant d’ajuster ses lunettes de vision nocturne. 

Les missions de secours aérien effectuées en haute montagne sont extrêmement dangereuses. Bourrasque de vent et chutes de pierres constituent une menace permanente pour l’équipage. Le vol de nuit représente de surcroît une difficulté majeure pour le pilote, sans repères visuels. « De nuit, ça craint », explique Pfammatter. 

Tom Pfammatter

La mission la plus délicate de Tom Pfammatter s’est déroulée au-dessus du glacier du Rhône en 2005. 

 
« Au moment même où on arrivait aux portes de la vallée, mes lunettes de vision nocturne m’ont lâché, raconte-t-il. La luminosité de la lune était nulle cette nuit-là, les lunettes ne captaient pas assez de lumière résiduelle. Tout ce que je pouvais voir, c’était ce vague blizzard vert et noir. » Pfammatter maintient l’hélicoptère en stationnaire à l’entrée de la vallée. Sans son dispositif de vision nocturne, il n’y voit strictement rien. Mais une personne est en train de mourir de froid sur le glacier

« Je me suis souvenu de cette ligne à haute tension qui traverse la vallée du Rhône et conduit tout droit au glacier. » Pfammatter allume les phares de l’hélicoptère. Le faisceau lumineux n’est pas assez puissant pour éclairer la vallée et poursuivre le vol. En revanche, il y voit suffisamment clair pour naviguer le long de cette ligne à haute tension à peine plus large que son index. Pfammatter positionne l’hélicoptère à 3 mètres au-dessus du câble et s’approche lentement du glacier, mètre après mètre. La ligne à haute tension lui sert de fil d’Ariane, et les phares de l’hélicoptère, de canne blanche. Trente minutes plus tard, les médecins hissent le randonneur frigorifié à bord de l’hélico. Pfammatter fait demi-tour et conduit tout ce beau monde à l’hôpital, sains et saufs, évitant la panne de justesse. 

« Le gars qu’on a sauvé nous a dit qu’il avait voulu prendre des photos sur le col de montagne et que son blouson était tombé de l’autre côté de la barrière de sécurité. Au moment où il l’a enjambée pour le récupérer, il est tombé. » Désespérant ? « Non, répond Pfammatter. Je ne m’intéresse jamais aux causes de l’accident. Mon job, c’est de transporter les secours d’un point A à un point B. »

Air Zermatt

Une mission sur un glacier dans les Alpes suisses. Le médecin briefe le pilote via son casque-micro.

En ce matin de mars, le froid s’est emparé de Zermatt. L’héliport est bâti sur un promontoire, aux abords du village. La salle de conférence de Zermatt, avec son canapé défraîchi et son coin cuisine exigu, exhale des odeurs de liquide vaisselle et de café. « Le vol en haute montagne, c’est un système très complexe », confie Tom Pfammatter, 45 ans, qui exerce le métier de pilote de secours aérien depuis 20 ans. « Ce n’est pas uniquement une question de connaissances. L’intuition et l’intelligence collective sont vitales. Et il faut des décennies d’expérience pour les acquérir. » 

Air Zermatt en chiffres

1 500 missions
sont conduites chaque année, en moyenne, à bord des neuf hélicoptères d’Air Zermatt. Environ 700 sont menées hors des sentiers et pistes de ski, au péril de la vie des sauveteurs.

10 pilotes
sont engagés à temps plein par Air Zermatt. Huit médecins secouristes, 15 mécaniciens, et 60 médecins indépendants complètent la team, basée à l’héliport de Zermatt.

7 010 mètres
c’est l’altitude la plus élevée qu’une équipe de secours héliportée ait atteinte en mission, exploit réalisé par le pilote Daniel Aufdenblatten sur l’Annapurna, Himalaya, en 2010.

16 degrés
c’est la température corporelle d’un homme récupéré au fond d’une crevasse, soigné par le médecin-chef d’Air Zermatt Axel Mann. « Il s’en est tiré et a épousé son infirmière. »


Lorsqu’Air Zermatt a été fondée en 1968, son tout premier hélicoptère était garé dans un abri en bois. Sa première mission a été conduite en 1971, au-dessus de la face nord de l’Eiger. En 2010, Daniel Aufdenblatten, un collègue de Pfammatter, était aux commandes de l’hélicoptère qui a réalisé la plus haute mission de secours héliportée de l’histoire, à une altitude de 7 010 mètres, sur l’Annapurna, au Népal. 

La formation d’un pilote d’Air Zermatt s’étale sur cinq années, explique Pfammatter. « Vous commencez avec des vols panoramiques au-dessus du Cervin, puis vous vous entraînez au transport de charges : troncs d’arbre, canalisations, vaches. Et lorsqu’arrive le moment où un médecin treuille votre premier blessé à bord de l’hélico, vous êtes plus expérimenté que la plupart des autres pilotes secouristes de la planète. » 

Tom Pfammatter est capable de déposer un câble d’hélitreuillage de 200 mètres de long sur une zone à peine plus grande qu’une serviette de bain et d’ajuster l’angle de vol de son hélicoptère en fonction de l’orientation des brins d’herbes d’un pâturage. Ce qui échappe totalement à son pouvoir de décision, en revanche, ce sont les questions de vie ou de mort. Il est arrivé à Pfammatter de récupérer des corps d’enfants morts, et de se retrouver en pleurs dans le cockpit de son hélicoptère. Comment surmonter cela ?

« En courant, confie-t-il. Je commence lentement. Puis je sprinte jusqu’à épuisement et je m’effondre dans mon lit. Le lendemain, vous vous réveillez, vous grimpez dans le cockpit et ça repart ! »

« LES HÉLICOPTÈRES ATTEIGNENT LEURS LIMITES AU-DELÀ DE 6 000 M D’ALTITUDE. L’AIR Y EST RARE. LA RÉSISTANCE EXERCÉE SUR LES PALES DES ROTORS EST RÉDUITE »
Gerold Biner

La zone d’intervention d’Air Zermatt, qui couvre les Alpes valaisannes, compte 41 cols de plus de 4 000 mètres. L’équipe effectue 1 500 missions héliportées par an. Lorsqu’un alpiniste a un accident en dehors des sentiers de randonnées, le portable d’Anjan Truffer sonne. Cet homme de 40 ans est le guide de montagne le plus chevronné d’Air Zermatt. Il a grandi dans le village et a gravi le Cervin 150 fois. Un véritable géant. En cas d’urgence, l’hélicoptère atterrit dans son jardin, puis le conduit jusqu’aux montagnes, armé de ses crampons, de pitons et d’anneaux de corde. 

Air Zermatt

Entraînement à l’hélitreuillage dans les Alpes suisses : un pilote de secours expérimenté est capable de déposer un câble de 200 m sur une zone de la taille d’une serviette de bain.


Selon lui, secourir des gens tombés au fond d’une crevasse représente le challenge le plus difficile à relever. « Les gens tombent dans une cuvette en forme de V et restent coincés. Leur corps dégage de la chaleur et ils se fondent littéralement dans le glacier, comme enveloppés dans une armure de glace, et leur température corporelle commence à chuter. »

Lorsqu’Air Zermatt réalise une opération de secours dans une crevasse, des générateurs sont transportés par hélicoptère jusque dans les montagnes. Les secouristes descendent en rappel au fond de la crevasse à l’aide d’une corde, puis ils libèrent les personnes prisonnières de la glace. Ils utilisent pour ce faire des perceuses à percussion Hilti achetées au « Casto » du coin, idéales pour ce type d’intervention. Des descentes en rappel de ce genre, Turner en réalise une quarantaine par an. Quelle a été sa mission la plus dangereuse à ce jour ? 

« C’était en 1999 sur le glacier du Théodule. Un snowboardeur avait fait une chute. J’ai entamé ma descente en rappel dans la crevasse, et j’ai remarqué qu’il y avait d’immenses stalactites de glace. Il aurait suffit que j’en effleure une pour que plusieurs tonnes de glace se détachent de la paroi. J’ai dû me faufiler entre elles, comme dans un labyrinthe. »

Truffer a retrouvé l’homme inconscient à 85 mètres sous terre. « Sa tête avait heurté la paroi de la crevasse. C’est uniquement grâce aux traces de sang qu’il avait laissées derrière lui que j’ai pu le retrouver. » L’homme a survécu à sa chute. Il n’a jamais pris contact avec son sauveteur. « Ce métier change votre vision de l’existence. Les tracas du quotidien, c’est que dalle », conclut Truffer.

Gerold Biner, le directeur d’Air Zermatt, 51 ans, conduit des missions de secours aérien en haute montagne depuis 25 ans. Il exporte le savoir-faire suisse jusque dans les plus hautes montagnes de la planète.

Biner

Le patron d’Air Zermatt Gerold Binder a récupéré des corps sur l’Everest.

 Air Zermatt forme des pilotes secouristes au Népal depuis 2010. Biner et son équipe ont dirigé les toutes premières sessions d’entraînement : sur YouTube, on le voit survoler l’Himalaya avec une bouteille d’oxygène sur le siège à ses côtés. 

« Les hélicos atteignent leurs limites au-delà de 6 000 mètres d’altitude, explique Biner. L’air y est rare. La résistance exercée sur les pales des rotors est réduite. Quand vous atterrissez, vous ne pouvez pas redresser l’appareil en cas de problème. L’hélicoptère manque trop de puissance à cette hauteur. » 

Biner a mené des missions héliportées dans l’Himalaya, à une altitude de presque 7 000 mètres. Sur l’Everest, il a récupéré les corps sans vie de deux alpinistes au camp de base 2, à 6 500 mètres d’altitude. Il a aussi mis hors de danger cinq alpinistes chinois en les hélitreuillant sur le Dhaulagiri, la septième montagne la plus haute du monde. 

À Zermatt, quand Biner recrute de nouveaux pilotes secouristes, entre les mains desquelles il peut, en toute confiance, placer la vie de ses collègues, il leur pose systématiquement cette question : « Combien de fois vous êtes-vous porté volontaire pour nettoyer la cuisine lors de votre dernier job ? » L’entraide inconditionnelle est essentielle aux secouristes, en toutes circonstances.

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11 2015 The Red Bulletin

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