What makes a good DJ? Alex.Do explains

Dans la tête du DJ Alex.Do

Texte : Andreas Rottenschlager
Photos : Yuky Lutz

Quel est l’état d’esprit d’un DJ qui prépare sa playlist ? Les beats aident-ils à vaincre la fatigue ? Comment faire danser un millier de personnes à 6 heures du mat ? Nous avons suivi le Berlinois Alex.Do lors de sa prestation au Bootshaus de Cologne. 

Un samedi matin 5 h 35, mi-février, sur l’autoroute en direction de Cologne. Le DJ Alex.Do, un Berlinois avec dix ans d’expérience sur la scène techno, est en route pour son dernier set de la nuit à bord d’une Jaguar F-Pace SUV avec chauffeur. L’artiste de 27 ans se produit pour la première fois au club Bootshaus qui, selon DJ Mag, la bible du genre, est classé dans le top 20 des meilleurs clubs au monde en 2016. Et le challenge qu’il doit relever est de taille : mixer le set final à 5 heures du matin. Or, il est plus qu’en retard…

5h35

« Je n’aime pas quand rien ne se passe comme prévu… On se faufile à 70 km/h dans la neige fraîche… ça ne va jamais le faire. Un millier de personnes m’attendent au Bootshaus. Je ne dois pas oublier qu’avec le retard, je vais devoir réduire mon set un max. La playlist que j’ai préparée ne me sert plus à rien. »

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5h50

« Enfin arrivé ! Ce doit être ce bâtiment, il a des airs d’ancienne fabrique ou de chantier naval. Plusieurs personnes chaudement couvertes font la queue derrière la barrière. Sont-elles encore motivées ? Lentement, l’adrénaline me regagne. Je ne me sens pas du tout fatigué. »

Ce set représente un double défi pour Alex.Do. Deux DJ’s de renom ont ouvert la soirée, Chris Liebing, pionnier de la scène techno allemande et Rødhåd, figure de proue du label berlinois Dystopian, dont fait partie Alex. Alex.Do n’a plus qu’une heure pour performer son set final. Ce genre de sets détermine toujours comment le public se souvient du show.

5h55

« Super ! Les gens dansent encore. Direction la cabine du DJ. Une marche, deux marches, dans le noir le plus total. Rødhåd, véritable pro, se tient aux commandes et maîtrise parfaitement la situation. “Tu as dû faire des heures en plus ?”… Il sourit. Vite, enlever mon blouson. Boire une gorgée. Trouver à nouveau mes repères. Rødhåd joue une techno profonde et monotone qui convient très bien à cette heure de la nuit… Je dois inclure une transition ­irréprochable dans mon set. »

6h01

« Brancher ma clé USB avec mes 5 000 tracks… Sur ma playlist, il y a des morceaux que je ne pourrai pas jouer, il me reste trop peu de temps et l’ambiance est au plus haut.

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« Ceux qui dansent encore à 6 heures du matin tiennent jusqu’à la fermeture du club. Ce sont eux le noyau dur de la soirée. » Alex.Do


Je vais devoir improviser devant 1 000 personnes… Rødhåd joue déjà sa dernière piste… Je scrolle… encore… Ce début pourrait faire l’affaire : Ricardo Garduno – Alteraciones de Amor  techno classique, répétitive, hypnotique… on envoie ! »

6h15

« Je dois maintenir le niveau d’énergie de Rødhåd… Y aller à fond… pas d’expérimentation. D’abord jouer des morceaux hypnotiques, absorber toute cette énergie, puis lancer des pistes plus mélodieuses. »

Selon Alex.Do, il y a deux stratégies pour réussir un set final : soit prolonger l’ambiance jusqu’à la fin, soit stimuler une nouvelle fois le public et parvenir à une douce transition pour faire retomber lentement l’adrénaline. La deuxième variante est la plus difficile. Qui plus est en 45 minutes, comme le tente notre esthète de la techno. 

6h20

« Ceux qui dansent encore à 6 heures du matin tiennent jusqu’à la fermeture du club. Le noyau dur de la soirée. Je dois les atteindre. Que ressentent-ils en ce moment ? J’ai besoin de voir leur visage… Tout se joue en une fraction de seconde, lorsque la lumière des projecteurs les éclaire un court instant… Là ! … Les demoiselles au premier rang se trémoussent les yeux fermés et planent. C’est bon signe. »

« … Les demoiselles au premier rang se trémoussent les yeux fermés et planent. C’est bon signe. »
Alex.Do
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6h35

« On se met rapidement en condition. La sélection des pistes les 15 dernières minutes s’est faite presque automatiquement. Je passe Lattice de Marcel Dettmann là. Ça fait longtemps que je ne l’avais pas joué. Ce soir, ce sera en version très courte, trois à quatre éléments rythmiques seulement. Voyons si elle a le même effet… »

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6h38

« C’est le cas. Les danseurs sont complètement immergés dans la musique. Cool… »

Le moment décisif de la soirée est la transition dans la partie plus soft du set, déclare Alex.Do. Un bon DJ se doit de « jeter des ponts » et « superposer diverses ambiances », affirme-t-il. 

Le moment décisif de la soirée : la transition dans la partie soft du set. Notre esthète de la techno, Alex.Do, a moins d’une heure pour cela.


Lorsqu’il mixe ses pistes, Alex.Do observe avec précision le feedback de son public. Les mouvements des danseurs deviennent-ils plus lents ? Les pauses qu’il insère aux morceaux fonctionnent-elles ? Y a-t-il des cris de joie spontanés ?

6h50

« Je dois calmer le public. La musique m’a emporté… Il me faut plus de mélodie pour conclure. Drenched, un de mes morceaux, pourrait convenir : un peu plus mélodieux et pourtant réduit… »

6h55

« Le tout dernier morceau doit être presque cathartique. Je choisis mon remix de tracks encore inédits de Phases de Howling, avec la voix soul pour l’interprétation vocale. Je dois ralentir le rythme progressivement… Que font les danseuses ? »

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6h59

« La salle entière est inondée d’une lumière orangée. Le responsable de l’éclairage sait ce qu’il fait. Il n’y a pas pire qu’une lumière stroboscopique qui vous aveugle jusqu’à la fin. Je peux enfin voir tout le monde… Les gens cessent lentement de danser. » 

7h01

« … Certains ont encore les yeux fermés, incroyable… Applaudissements… Ouf ! Mission accomplie. »

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7h30

À l’entrée du Bootshaus, Alex.Do respire l’air frais en ce matin d’hiver et enfouit ses mains dans les poches de son blouson. « Je pourrais m’écrouler de suite, lance-t-il. Quand tu n’as plus d’adrénaline, la fatigue te tombe dessus d’un coup. » Il se produira le soir même à Rotterdam. Alex.Do jette un coup d’œil à l’écran de son portable : « J’ai 5 heures de sommeil devant moi avant midi. » 

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04 2017 The Red Bulletin

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