MC Guimê

Sur sa guest list

Texte : Fernando Gueiros
Photos : Robert Astley Sparke

Le Brésilien MC Guimê, chanteur reconnu de baile funk né à São Paulo, nous a invité à suivre ses escapades noctambules au cœur de la mégalopole paulista.

Avec ses 12 millions d’habitants, São Paulo est la plus grande ville du Brésil, et la plus prospère, dopée par l’une des plus fortes croissances au monde. On y trouve les plus belles filles du pays, et la vie nocturne y est trépidante. Le chanteur MC Guimê, un MC de baile funk parmi les plus connus, interprète de País de Futebol – l’hymne non-officiel de la dernière Coupe du Monde de foot – et grand pote de Neymar, star planétaire du ballon rond qui apparaît dans le clip de ce méga hit à 50 millions de vues sur YouTube.

Un score désormais presque banal pour ce rappeur brésilien à la frêle silhouette, couverte de tatouages et arborant des chaînes en or souvent plus grosses que lui. « Neymar est un type normal, pas prise de tête, avec lequel on peut déconner. » Hormis leur taille, l’autre point commun entre les deux Paulistes : leur degré de popularité au Brésil. Neymar est au foot ce que MC Guimê est à la musique. Et pour ce qui est de la vie nocturne locale : MC Guimê est à São Paulo ce que David Guetta est à Ibiza : le guide idéal.

Un gros van noir et luxueusement aménagé file dans les rues de São Paulo. À l’intérieur, confortablement installés sur les banquettes en cuir, Guimê, six de ses potes, et autant de chaînes en or, de lunettes noires et de casquettes bombées. 

En fond sonore, Brazil We Flexing, l’un des morceaux de notre guide pour la soirée. Mélange de Miami bass, d’électro-funk, de hip-hop et de musique brésilienne traditionnelle, le baile funk, dont MC Guimê, de son vrai nom Guilherme Aparecido Dantas, est le meilleur et le plus célèbre représentant, affiche un style ostentatoire proche du rap : bagnoles, grosses bagouses à tous les doigts, et jolies pépées.

 

Il est une heure du matin, un jour en semaine. C’est l’une des rares soirées libres de Guimê, qui joue en moyenne 40 concerts par mois. Ce soir, il veut en profiter. Ce qui signifie : direction le Lions Nightclub, première étape de la soirée. Fréquenté par les mannequins, les rappeurs et les gays, ce club est la référence en matière de rap et de hip-hop.

MC Guimê

De la zone aux loges VIP des clubs de São Paulo : en quatre ans, Guimê est devenu une star en son pays.

Guimê y est passé une fois, avant d’être la star qu’il est aujourd’hui : « Je n’étais rien, un petit pauvre que personne ne connaissait. Aujourd’hui, quand je pars faire la fête, c’est dans les loges VIP des clubs. Je suis fier du chemin parcouru. » À son arrivée devant le club, la foule s’écarte pour laisser passer ce jeune artiste de 22 ans qu’elle a bien évidemment reconnu. Celui qui a été découvert alors qu’il se faisait de l’argent en distribuant des flyers pour des soirées est désormais un passe-partout lorsqu’il s’agit de s’introduire dans les meilleurs endroits de la nuit locale.

Facundo Guerra, le propriétaire des lieux, est le roi de la nuit à São Paulo, propriétaire de quelques-uns des clubs les plus branchés de la ville. Ce colosse barbu au look de hipster a ouvert le Lions Nightclub il y a cinq ans, dans le downtown de São Paulo, alors complètement délaissé. « C’était plus une question de coût qu’autre chose. Ailleurs, les loyers étaient trop chers. » Depuis, les bars et les clubs y ont poussé comme des champignons, faisant de ce quartier central de São Paulo l’un des plus animés. 

Le Lions Nightclub a dynamisé tout un quartier de São Paulo : rappeurs, mannequins et gays s’y pressent

Guerra explique : « São Paulo, ce n’est pas une, mais cinq villes réunies. Chacune a ses quartiers qui eux-mêmes ont leur propre flair, leur vie nocturne. C’est une ville de dingues, et tout le monde peut y trouver son compte : ceux qui aiment les clubs new-yorkais comme ceux qui préfèrent faire la fête dans la rue, torse nu et bière à la main. Mais le plus important, ce qui fait que la vie nocturne de São Paulo est aussi authentique, vivante et variée, c’est qu’elle n’a rien à voir avec un quelconque business, comme à Madrid, Paris, Londres ou Ibiza, où les clubs dits branchés vivent essentiellement de l’affluence et de l’argent des touristes. Ici, on n’a pas de touristes ! Tous les fêtards sont des gens du coin. »

Lions Nightclub

São Paulo est une ville suffisamment dingue pour que les fêtards en tous genres y trouvent leur compte.

DJ King

Un DJ en plein mix au Lions Nightclub, le temple à São Paulo du rap et du R’n’B.

Alors que les danseurs, majoritairement des danseuses, se trémoussent devant la loge de Guimê et qu’un autre seau à champagne – rempli de bouteilles de vodka – arrive, le Brésilien poids plume fait signe à sa clique de lever le camp. « On va à la Casa 92 », s’exclame-t-il. Sitôt dit, sitôt fait. Une fois dans le van, l’un de ses amis sort son téléphone pour prendre en charge les questions logistiques. Il interroge son contact à la Casa 92 : « Vous avez préparé les boissons et le seau à glace ? » Bref silence. « Bien, parce qu’on arrive. » Soulagement visible des fêtards embarqués. Il faut dire que c’est la première fois que Guimê débarque à la Casa 92, alors forcément, son équipe est un peu tendue, malgré leurs deux bouteilles de vodka dans le nez.

Casa 92

La Casa 92 dans le quartier de Pinheiros est un rendez-vous bien connu des clubbeurs paulistes.

MC Guimê

« Même quand je suis crevé, je n’arrive pas à me coucher avant 4 heures du matin. »

 
Il est trois heures et demie du matin, et la troupe arrive devant le club. Comme par hasard, le DJ passe l’un des morceaux préférés de Guimê, Blister In The Sun des rockeurs alternatifs américains de Violent Femmes. La Casa 92 a été aménagée dans une vieille maison, coincée entre deux gratte-ciel, dans le quartier de Pinheiros.

Ici, ce n’est pas la même faune qu’à downtown, et le public préfère le son des Violent Femmes au hip-hop, bande-son du Lions Nightclub. Une fille aperçoit Guimê et se pend à son cou. Ils engagent la conversation.

« Même quand je suis crevé, je n’arrive pas à me coucher avant 3 ou 4 heures du matin, lâche-t-il plus tard, après s’être installé sur l’un des sofas à l’extérieur du bâtiment, sous les palmiers. Je travaille souvent très tard au studio lorsque j’enregistre, et quand j’ai le temps, j’aime profiter de la nuit à São Paulo. Cette ville a plein de problèmes : le trafic, le chaos -omniprésent, mais les soirées sont incomparables ! Quand je suis en voyage, c’est ça qui me manque. »

4 h 20 du matin, Guimê danse à l’abri des palmiers sur Bizarre Love Triangle de New Order, puis sur le très brûlant Sex Machine de James Brown. Les filles se succèdent dans ses bras pour un selfie ou deux, lui offrant des bises en guise de récompense. Il lance : « Profiter de l’instant, c’est ça qui compte ! » Dans l’air chaud de la nuit, Nena et son 99 Luftballons résonnent.

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07 2015 THE RED BULLETIN

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