Panayotis Pascot

Panayotis : Les bons, ça ose tout

Texte : Nicolas Guiloineau
Photos : Hélène Pambrun

De YouTube à Quotidien, Panayotis Pascot s’est construit sur des coups de poker et pas mal de bluff. Vrai-faux portrait à travers quatre anecdotes !
Panayotis Pascot
Panayotis Pascot

18 ans. Originaire de Bondoufle (Essonne). A commencé sur YouTube avec la chaîne CogitumCogitum. Passé par Vine. A participé à un événement TEDx Talks. Passé par Le Petit Journal (Canal+). Aujourd’hui dans Quotidien (TMC).

Panayotis Pascot, 18 ans, déjà 6 années d’activités à l’écran. À ses débuts, il n’était qu’un collégien fan de Bref, Norman ou Cyprien. Il est passé par YouTube, puis Vine et enfin la télé. Il a mené des tas d’interviews de stars, réalisé un court-métrage et tracé son chemin jusqu’à Quotidien.

Depuis un an et demi, dans l’émission de Yann Barthès, il joue le reporter qui pose des questions absurdes, l’invité gênant ou l’anonyme faussement naïf. Des séquences drôles et spontanées. Et un vrai succès puisqu’il est aujourd’hui une des têtes incontournables de l’émission.

Pour en arriver là, il a dû forcer le passage et enfreindre quelques règles. Sortir du cadre, c’est finalement ce qui le définit le mieux. Petit florilège d’anecdotes qui le prouvent.

La fois où Baptiste Lorber l’a dépucelé

2011. Panayotis a 12 ans. Avec ses potes du collège, il partage toutes les vidéos de leurs Youtubeurs et humoristes préférés. Il se gave aussi d’interviews d’eux dans les médias pour comprendre l’envers du décor. Ça ne lui suffit plus : lui aussi veut leur poser ses propres questions. Dans sa chambre d’ado, il enquête : « J’essayais de trouver leur compte perso à chaque fois. Pour Norman, j’ai passé des plombes à taper «Norman Thavaud», «Norman Thd», «Norman Normand»… puis quand je trouvais le bon compte, j’envoyais le même message copié-collé à tous. » Un petit texte qui leur explique qu’un gamin de 12 ans visiblement un peu stalker sur les bords aimerait bien leur poser des questions.

Baptiste Lorber (à l’époque star des vidéos de 10 Minutes à Perdre) est un des premiers à lui répondre. « Je lui ai envoyé une liste de questions et il m’a répondu : «Ah non, par contre tu viens me les poser en vrai.» Et il me donne rendez-vous le lendemain à 14 heures dans les bureaux de sa boîte de prod. » Panique : « Pour aller à l’interview, je devais louper les cours, donc j’avais dû expliquer longuement à mes parents que c’était important. Après, j’ai dû trouver quelqu’un qui possédait un pied de caméra pour lui emprunter. Mon frère était venu avec moi, on avait utilisé sa caméra, son iPhone pour le son…c’était vraiment à l’arrache. »

Une fois sur place, passage en mode stress : « Je croise plein de gens qu’on voyait dans ses vidéos, c’est hyper impressionnant. Et face à lui, je suis terrifié, je transpire à grosses gouttes. Je n’arrive pas à écouter ses réponses et à me concentrer sur ce qu’il me dit. » Conclusion : « En sortant, je me dis que je ne veux plus jamais faire ça de ma vie. »

En regardant le résultat final, il décide tout de même de poster la vidéo sur YouTube. 12 000 vues plus tard, il change d’avis. Ce jour-là, Baptiste Lorber a gagné un dessin que Pana lui avait préparé. Et Pana une porte d’entrée : « Il m’a invité à des soirées, m’a présenté plein de monde. C’est comme ça que j’ai pu faire plein d’autres interviews : Bérengère Krief, Orelsan, Katsuni… » 

La fois où il a embrouillé l’attachée de presse de Toto

Un truc à savoir sur Panayotis : il adore le rock des années 1980. Et notamment le groupe Toto. Oui, Toto, à qui l’on doit Africa, un titre qu’on a plus de chances de trouver dans le répertoire d’une boite de karaoké que dans le casque d’un ado.

Après ses premières interviews, Panayotis tente donc le coup avec David Paich, clavier du groupe. Mais comment réussir à l’avoir au téléphone ? Compliqué pour n’importe qui. Mission quasi-impossible pour un ado qui débute et n’a aucun contact dans le milieu. « J’ai appris un truc : toujours aller fouiller dans les mentions légales d’un site, ils sont obligés de renseigner un mail ou un numéro de téléphone. C’est comme ça que j’ai trouvé le numéro de la boite qui s’occupait des relations publiques de David Paich. C’était le numéro du standard évidemment. Je les ai harcelés et quand j’ai eu la standardiste, je l’ai embrouillée pour avoir le mail de l’attachée de presse de David Paich. J’ai fini par prendre une grosse voix et dire d’un air énervé : «Écoutez, j’ai VRAIMENT besoin de lui envoyer un mail maintenant.» Ça a marché. »

L’attachée de presse hallucine et lui demande comment il a réussi à avoir son mail. « J’ai dû changer de sujet et insister : «Bon, cette interview, elle vous intéresse ou pas ?» Et là encore, ça a marché. » Il gagne le droit de discuter une heure au téléphone avec une de ses idoles. L’interview plaît tellement à Paich qu’il l’invite à deux de ses concerts. Panayotis pousse le vice : il trouve les adresses mail des rédacteurs en chef des Inrocks et de Rock&Folk et leur envoie le PDF de son interview, illustrée avec des dessins qu’il a fait lui-même. Philippe Manœuvre lui répond : « Le papier m’intéresse mais je viens déjà de publier un article sur Toto. » Dommage.


Petite pause dans cet article ! Vous pensez que le mec est fort ? OK, nous aussi, surtout à cet âge. Mais si on vous raconte qu’il est allé encore plus loin en demandant à David Paich de Toto de lui raconter une blague, vous en pensez quoi ? 

Exclu mondiale :
la seule, l’unique, la vraie « blague de Toto »

Un type va chez le médecin :
- Docteur, j’ai mal quand je me touche le crâne, j’ai mal quand je me touche l’estomac, j’ai mal quand je me touche le tibia… qu’est-ce que j’ai ?
- Vous avez une fracture du doigt, monsieur. 

Voilà voilà.

La fois où l’attachée de presse de Jean Dujardin l’a embrouillé

« Les stars, c’est des gens comme nous, je leur parle comme à n’importe qui. » Quand Pana dit ça, ce n’est pas de l’arrogance, c’est sa manière d’être. Un naturel qui lui permet de se faire apprécier de tout le monde… sauf des personnes dont le métier est d’encadrer ces personnalités : « J’ai beaucoup de mal avec les attachés de presse, à respecter les règles et à demander les choses à la bonne personne. »

« Une fois, j’étais invité à une soirée par Alex Lutz. Au loin, je vois Jean Dujardin. Je vais le voir direct en le tutoyant et en lui tapant sur l’épaule : «Salut Jean, comment tu vas ?» ». Sur le moment, rien d’exceptionnel. Sauf que l’acteur français vient de remporter l’Oscar du meilleur acteur pour son rôle dans The Artist. Il est au sommet du star system. 

Jean Dujardin : l'effet Brice de Nice 3

Avec votre notoriété, vous avez aussi des promesses à tenir, et ce retour de Brice de Nice a dû être mûrement réfléchi. Qu'est-ce qui l'a motivé ? James Huth, qui est un ami, m'a dit : " Viens, on redémarre, on refait Brice. On fait n'importe quoi, mais viens ".

Le lendemain, Pana prend cher : « J’étais au supermarché de Bondoufle avec ma mère, on faisait les courses et je reçois un appel. » Une attachée de presse pas spécialement ravie de son comportement de la veille : « Je me suis fait engueuler non-stop pendant cinq minutes. Elle m’expliquait que ça ne marchait pas comme ça, qu’il fallait absolument passer par elle pour pouvoir approcher Jean Dujardin. Elle hurlait tellement fort au téléphone que ma mère m’a demandé de couper mon haut-parleur… pourtant pas activé. »

« Je suis comme ça. Quand j’ai vu Kylie Minogue, je n’ai pas pu me résoudre à demander l’autorisation à son attaché de presse pour aller lui parler. Pareil quand, pour Le Petit Journal, on est allé interviewer Amanda Lear. On n’a jamais cherché l’attaché de presse pour lui demander si Amanda était là et prête à nous recevoir, on est directement entrés dans la chambre d’hôtel en gueulant : «Amanda, t’es là ?» »

La fois où il a failli renoncer durant un tournage désastreux

Dans ses séquences en caméra cachée avec des inconnus, Panayotis pratique un humour qui met mal à l’aise. « On rigole des situations mais jamais des gens avec qui on tourne. Sauf que ce n’est pas toujours bien compris. Récemment, le directeur du Salon de la Voyance a appelé la sécurité et nous a viré parce qu’il avait peur qu’on se moque du public ou des exposants, il avait peur pour l’image de son salon. » C’est ce qu’on appelle les aléas du tournage.

Un autre exemple ? « Pour Quotidien, on a tourné un magnéto désastreux lors de la Saint-Valentin. Un des ingés son se retrouve bloqué dans les transports, il arrive finalement avec une heure de retard. Sauf qu’on devait tourner avec une comédienne pour jouer les complices. Mais elle doit partir très vite et on ne peut quasiment rien filmer avec elle. » Puis c’est le matos qui s’y met : « Au dernier moment, on se rend compte qu’on n’a pas la bonne bonnette noire pour le micro, or on est obligés de tourner avec. Il a fallu en arranger une autre à l’arrache avec du scotch. » La météo ? Pas mieux : « Il devait faire beau, on s’était habillés de manière assez légère. Sauf qu’il s’est mis à pleuvoir. Puis à neiger. Puis à grêler. » Le grand chelem. « On s’est réfugiés sous la Canopée des Halles pour tourner à l’abri… mais il y avait une manifestation et les CRS nous ont virés. » Retour sous la pluie et la grêle et bien sûr, aucun passant n’est prêt à s’arrêter sous un temps pareil.

« C’est Freddie Gladieux, un de mes coauteurs avec Aurélien Préveaux, qui est du genre à me remotiver quand ça tourne mal, moi j’abandonne vite. » D’autant qu’à chaque galère, à chaque imprévu, il faut réécrire à la va-vite, « c’est hyper formateur ». Résultat des courses : une journée bien pourrie… mais une mission accomplie. « On a réussi à en tirer une séquence, elle n’est pas folichonne mais ça passe. »

La minute WTF par Panayotis :
comment gagner du temps en ville

Panayotis a suivi des cours de marche rapide. Il ne devait suivre que quelques séances mais il a trouvé cela tellement pratique qu’il a assisté aux cours pendant un an. En toute logique, on lui a demandé 3 conseils pour se déplacer plus vite en ville :

1. Changer de fuseau horaire
On exagère mais partir du principe que son prochain rendez-vous a lieu 15 minutes plus tôt que prévu est le meilleur moyen de ne jamais être en retard.

2. Se presser lors des correspondances dans le métro
OK, il y a du monde dans les couloirs et cela peut paraître assez peu pratique. Mais marcher vite et slalomer entre les gens peut vous faire gagner une ou deux minutes. Et potentiellement avoir un métro plus tôt et vous épargner quatre autres minutes d’attente. C’est peu mais si vous faites ça à chaque fois, ça finit par compter.

3. Rouler des fesses en marchant vite
Un conseil 100% physiologique. Avoir une belle démarche chaloupée et prononcée vous fera moins mal au pied. Et vous pourrez marcher vite plus longtemps !

Une dernière anecdote ?

Au moment de conclure l’entretien, Panaoyotis nous parle du déjeuner qui l’attend le lendemain avec Xavier Dolan, son idole absolue. Comme quoi, avec un peu d’innocence et pas mal de culot, on peut aller loin.

Cliquer pour lire la suite
03 2017 The Red Bulletin

Article suivant