Mine Kafon

Il y a ceux qui ont des idées… et ceux qui les concrétisent !

Texte : Étienne Caillebotte
Photo : 

Vous n’avez sans doute jamais entendu parler d’eux. Mais demain, leur travail aura un impact sur votre quotidien. Des anonymes avec un objectif, un rêve, qui pourraient bien marquer la société de leur empreinte. 

Chaque mois, The Red Bulletin vous propose une sélection de Game Changers. Des hommes et des femmes qui, à leur façon et à leur échelle, changent leur monde et le vôtre.

Vous n’avez sans doute jamais entendu parler d’eux. Mais demain, leur travail aura un impact sur votre quotidien. Des anonymes avec un objectif, un rêve, qui pourraient bien marquer la société de leur empreinte. Nous vous présentons les personnes qui construisent, à leur échelle, le monde de demain.

  • EXPLICITE : Chasseurs de « fake news »
  • MASSOUD ET MAHMUD HASSANI : Entrepreneurs de la paix
  • SEBASTIAN THRUN : Cursus scientifique en solde
  • ALI PARSA : Docteur Intelligence Artificielle
Explicite 
Chasseurs de « fake news »

© Youtube // Explicite

« Hey, on est de retour… » C’est par ces quelques caractères balancés sur Twitter que les ex-journalistes d’iTélé ont annoncé leur retour sur la scène médiatique. 54 journalistes – sur les 97 qui ont quitté la rédaction suite au mouvement de grève – se sont associés pour créer Explicite, un média indépendant diffusé uniquement sur Facebook, Twitter et YouTube. Sans financement extérieur, ni salaires, ni hiérarchie, mais avec la ferme intention d’aller à la rencontre des gens qui s’informent en ouvrant leur timeline dans le métro, ou pendant la pause café.

Comment ils changent le monde

Explicite part chasser les diffuseurs de « fausses infos » et autres alternative facts sur leur terrain de jeu préféré : les réseaux sociaux. Tout en s’imprégnant des tendances actuelles du web, en diffusant son contenu gratuitement et en toute indépendance. Et si les journalistes de demain passaient uniquement par les réseaux pour retrouver la confiance du public ? 

 
L’objectif ? Décrypter l’information en se rendant sur le terrain. La rédaction d’Explicite veut proposer des « lives interactifs » où les gens pourront poser des questions aux reporters. Exit les analyses d’experts triés sur le volet et les sujets bateau sur la pluie et le beau temps. Les journalistes iront à la rencontre des Français pour discuter des sujets dont on ne parle plus, ce qu’on appelle dans le jargon « les signaux faibles » de l’opinion.

Traiter l’actualité en passant uniquement par les réseaux sociaux, c’est un concept qui cartonne depuis un moment aux États-Unis avec l’explosion de NowThis. En France, Brut – le nouveau bébé de Renaud Le Van Kim – surfe aussi sur cette tendance, en tentant d’intéresser la jeunesse à l’actualité politique grâce à des montages mêlant information sérieuse et divertissement. 

Massoud et Mahmud Hassani 
Entrepreneurs de la paix

© Youtube // John the talker

Les frères Hassani ont grandi en Afghanistan. L’atrocité de la guerre, ils la connaissent bien, puisqu’ils l’ont vécu jusqu’à l’âge de 14 ans, avant de s’exiler au Pakistan, puis en Russie, pour atterrir à Eindhoven (Pays-Bas) au début des années 2000. « Gamins, on jouait sur un terrain vague. En fait c’était juste un grand désert. À l’époque, beaucoup de gamins sautaient sur des mines, j’ai grandi avec cette réalité », racontait Massoud Hassani à l’AFP en juillet dernier.

Comment ils changent le monde

Désamorcer toutes les mines enfouies sous terre prendrait des centaines d’années. Les frères Hassani profitent des avancées technologiques en matière d’impression 3D pour accélérer le processus et corriger les erreurs du passé. Qui sait, vous pourrez peut-être bientôt construire votre propre drone de déminage dans votre garage. Du DIY peace and love, en somme.

 
Amoureux de leur pays natal, les deux frères ont toujours voulu revenir à Kaboul pour changer les choses. Ils ont donc imaginé une invention révolutionnaire : un drone capable de détecter et désamorcer les mines antipersonnel.

Baptisé « Mine Kafon », le drone désactive une mine en trois temps. En premier lieu, il cartographie une zone en 3D en effectuant un vol de reconnaissance muni d’une caméra. Puis il survole la zone armé d’un détecteur de métaux. Une fois la mine détectée, il place un détonateur et la fait exploser à distance. Un principe simple et redoutablement efficace qui a convaincu les utilisateurs de Kickstarter. Les deux inventeurs ont récolté près de 180 000 euros pendant l’été 2016. 

Sebastian Thrun 
Cursus scientifique en solde

Only 1% of the interesting things have been invented! #sebastianthrun #dijitaldonusum #vodafone

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Sebastian Thrun est le genre d’ingénieur qui collectionne les bonnes idées. Fondateur de X, une branche de la firme de Mountain View spécialisée dans l’intelligence artificielle, l’Allemand est l’un des créateurs de la voiture autonome de Google. Mais son eurêka à lui, il ne l’a eu ni dans son bain, ni à Mountain View. Il l’a eu à l’université de Stanford.

Comment il change le monde

Vous pensiez qu’il fallait absolument passer à la caisse pour obtenir un diplôme hyper-technique ? Qu’il fallait obligatoirement intégrer le MIT pour faire avancer la technologie et construire le monde de demain ? En basant sa formation sur le mérite et pas sur la taille de votre portefeuille, Sebastian Thrun prouve le contraire. 3000 étudiants ayant suivi son cursus ont déjà trouvé un emploi dans des entreprises prestigieuses. 


En 2011, Sebastian Thrun met en ligne gratuitement son cours d’Introduction à l’Intelligence Artificielle dispensé à sa promo de 200 élèves. Le succès est immédiat. 160 000 étudiants s’inscrivent au cours, et 23 000 d’entre eux vont jusqu’au bout et réalisent l’examen final. En comparant les notes de ses étudiants à celles des internautes, Sebastian Thrun est témoin d’une énorme inégalité du système éducatif américain. Son meilleur étudiant à Stanford arrive… en 413e position.

En juin 2011, l’ingénieur quitte Google pour lancer Udacity, une startup d’e-learning. L’objectif ? Démocratiser l’éducation par l’intermédiaire des MOOCs, des modules de formation en ligne disponibles gratuitement. Mais la réalité le rattrape vite. Peu d’étudiants vont jusqu’au bout des modules. En 2014, Sebastian Thrun change de fusil d’épaule, et propose des « nano diplômes » qui permettent d’acquérir des compétences très recherchées sur le marché du travail. De l’lA à la VR en passant par l’analyse prédictive, les étudiants peuvent se former sur des sujets habituellement réservés aux très grandes écoles en échange d’une bouchée de pain. Coût de la formation : 200 dollars par mois. Et 50% de réduction si l’élève obtient son diplôme en moins d’un an. De sacrés soldes au rayon nouvelles technologies.  

Ali Parsa 
Docteur Intelligence Artificielle

L’attente interminable aux urgences, bientôt de l’histoire ancienne ? C’est le souhait d’Ali Parsa, le fondateur de la startup Babylon Health. Après avoir validé sa thèse à l’Université de Londres et lancé plusieurs entreprises à succès comme V&G ou Circle, cet entrepreneur multitalent a développé une application mobile visant, au départ, à mettre en relation des patients et des praticiens de la santé. Depuis 2013, le projet évolue grâce à l’intelligence artificielle.

Comment il change le monde

Combien de fois avez-vous tapé des mots clés au hasard sur Google pour déterminer vos symptômes ? Combien de fois avez-vous attendu un diagnostic pendant des heures aux urgences ? Grâce à Babylon, ce genre de situation sera bientôt de l’histoire ancienne.   


Babylon est un chatbot capable de déterminer si un patient nécessite d’être pris en charge par un médecin. Concrètement, l’IA analyse votre état de santé en posant des questions définies à l’avance. En fonction des réponses, Babylon affine ses requêtes et propose une solution personnalisée. Une sorte de Doctissimo plus fiable et moins flippant. L’objectif n’est pas de faire le job du médecin, mais de rassurer les patients et les conseiller sur la marche à suivre. Une initiative qui a tapé dans l’œil du National Health Care, le système de santé publique au Royaume-Uni, qui a vu dans cette appli l’opportunité de désengorger ses services d’urgence.

À Londres, depuis fin janvier, Babylon remplace le 111, le numéro d’appel mis en place pour répondre aux appels de santé jugés peu urgents. L’application réalise un diagnostic, conseille et redirige les patients en fonction des symptômes. L’expérimentation durera 6 mois et devrait concerner plus d’un million de personnes.

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02 2017 The Red Bulletin

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