passionné de sneakers ou tchatcheur ?

5 signes qui montrent que t’es un vrai passionné de sneakers

Texte : Yann Faucher & Étienne Caillebotte
Photo : Instagram/CLems/BlackRainbow

Véritable emblème de la culture hip-hop, les sneakers déchaînent les passions depuis les années 80. On a demandé à Clem’s, le manager de la boutique parisienne Black Rainbow, à quoi on reconnaît un puriste d’un tchatcheur.

Véritable emblème de la culture hip-hop, les sneakers déchaînent les passions depuis les années 80. En 1986, les membres de Run DMC rappaient déjà «I wore my sneakers but I’m not a sneak» dans My Adidas. Acheter sa paire de baskets, c’était intégrer le système capitaliste par la grande porte. S’approprier une marque, la détourner, et en faire un symbole phare de la culture urbaine. Tout cet engouement a créé des vocations chez certains fans. Les boutiques ont fleuri de Los Angeles à Tokyo en passant par Paris. Les pompes ont été réédités à plusieurs reprises, et une véritable « culture sneakers » s’est créée. 30 ans plus tard, le phénomène est presque devenu mainstream. Difficile de reconnaître un vrai puriste de la pompe d’un tchatcheur qui se la raconte avec sa paire de Vandal. 

Pour identifier le vrai du fake, parce qu’on l’avoue, ça nous tenait un peu à cœur, on a rencontré un vrai passionné de la première heure. Un mec qui a transformé sa passion en métier et qui connaît l’historique de la sneakers sur le bout des doigts, autant que Stéphane Bern connait la Reine d’Angleterre.

« Les sneakers sont au hip-hop ce que le crucifix est aux chrétiens. » 
Mathieu Kassovitz


Promis, on ne se moque pas. Clem’s est manager de la boutique BlackRainbow à Paris. Il baigne dans cet univers depuis l’enfance. « J’adorais aller faire les courses avec ma mère au supermarché, parce que je savais que je pourrais en essayer (…) et éventuellement en acheter, c’était un peu le but », confie-t-il. Pour nous aider à repérer les véritables fondus de sneakers, il se base sur son propre vécu pour nous révéler les traits de caractère qui définissent un « sneaker addict », terme qu’il estime lui aussi galvaudé et déformé par la société actuelle.

Tu penses être un puriste ? Un fan de la première heure ? Si tu remplis tous les critères de Clem’s, okay, on valide. Si ce n’est pas le cas, on te conseille de trouver une autre passion. 

1. T’es prêt à faire beaucoup de kilomètres pour t’offrir LA paire

En 2007, Clem’s part faire un road trip à Amsterdam. Vous pensiez qu’il allait découvrir les canaux, faire le tour de la ville à bicyclette, ou s’adonner à des activités illicites en France (on n’en dira pas plus) ? Bah non, il part s’offrir la Patta x Asics Gel Lyte III, une paire sortie exclusivement aux Pays-Bas. Autant dire LE graal. L’aller-retour dure 36 heures, à 7 dans la camionnette avec, en prime, une nuit de sommeil sur le parking de la boutique. Rien à voir avec un road trip en bagnole sur la Route 66, donc. Mais qu’importe, il faut souffrir pour être « real ». Le lendemain, les portes du temple s’ouvrent. Clem’s et ses potes s’achètent chacun une paire et reprennent la route. En prenant bien soin de s’arrêter au Burger King évidemment. Un passage obligé pour toute personne de moins de 30 ans qui se respecte dans les années 2000.

Arrivés à la frontière, la bande se fait contrôler par la douane. Un voyage à Amsterdam à 7 dans une camionnette ? Difficile de faire plus suspect. En voyant les sept sacs identiques alignés dans le coffre, les douaniers comprennent vite qu’ils n’ont pas vraiment affaire à un go-fast. En même temps, pas besoin d’être passé par Quantico pour se faire une idée du profil des mecs. Mais tant pis, les douaniers s’amusent quand même à jouer avec leurs nerfs. « On va découper les chaussures pour vérifier qu’il n’y a rien de planqué à l’intérieur ». Le genre de blague douteuse qui calmerait n’importe quel passionné.

L’histoire se termine bien, mais elle a marqué Clem’s à vie. « Ça fait partie de mes meilleurs souvenirs liés à la basket. Aujourd’hui, cette paire vaut beaucoup d’argent, mais pour moi, elle a surtout une énorme valeur sentimentale, confie Clem’s. Cette paire-là, je la vendrai pas, sauf si c’est ma dernière chance pour ne pas finir sous un pont. » Ah ouais, quand même. 

2. Tu t’intéresses plus à ton prochain achat qu’à ton compte en banque

Choper la paire de ses rêves pendant une enchère, c’est un peu comme participer à Koh Lanta. Sans Denis Brogniart mais avec la même devise : « À la fin, il n’en restera qu’un. » Si tu as flashé sur une paire, prépare-toi à régler ton réveil à 3 heures du mat et à spammer ta touche F5 pendant des heures. « Si tu remportes l’enchère, tu te rendors bien paisiblement, mais si on te grille ta paire à la dernière seconde, la nuit est beaucoup plus compliquée », confie-t-il. La rareté se paye aussi par des bonnes doses de stress. D’ailleurs, Clem’s n’en a jamais remporté une. « Je me suis levé deux trois fois dans la nuit mais à chaque fois j’ai perdu. » Le « sneaker addict » aurait donc des tendances masochistes, c’est bon à savoir. 

Mais pas que, il est aussi victime du syndrome de l’achat compulsif. Clem’s peut en témoigner. Il y a quelques années, Nike a fait une collaboration avec Undefeated sur la Air Force One. Un truc assez rare à l’époque. La paire était disponible en deux coloris dans la boutique Opium à Châtelet. Par curiosité, ou par excès de confiance dans ses capacités de self-control, Clem’s s’y rend avec un pote. En voyant la paire sur les pieds du gérant, il craque et passe à la caisse. Pas pour acheter un seul modèle, non. Pour s’offrir les deux. 10 jours plus tard, il sera obligé d’en revendre une pour faire plaisir à son banquier. « Parfois, ça peut te rendre complètement déraisonnable. » Si ce genre de truc t’est déjà arrivé, t’es sur la bonne voie.  

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3. Tes pompes définissent ta tenue de la journée

Quand arrive l’étape fatidique du choix des fringues du jour, qu’on soit clair, le modus operandi d’un sneaker addict n’a rien à voir avec celui d’un type lambda. Toute la tenue tourne autour de la paire qu’il a mis 20 minutes à sélectionner. De la tête aux pieds, de bas en haut et de gauche à droite. Pour Clem’s, la couleur n’a pas vraiment d’importance, tant que tout s’accorde. Et même avec un truc importable, il a ses astuces. « J’ai une paire, c’est la Air Force One Jeremy Lin, Nike lui avait fait une paire aux couleurs des New York Knicks (…) Quand je les porte, il y a 90 % de chances que j’ai un T-shirt Anything qui reprend justement l’orange, le blanc et le bleu des Knicks. » Et si le T-shirt est sale ? « Je mets du noir. » Même Netflix n’a rien compris. Black is the New Orange

4. Tu peux dater n’importe quelle photo de famille ou un film en fonction des baskets

Un vrai passionné, c’est un type qui connaît l’histoire des sneakers sur le bout des doigts. « Quand je regarde des vieilles photos de ma jeunesse ou des films des années 1990 comme Les Blancs ne savent pas sauter, je suis capable d’identifier l’année uniquement en me basant sur les baskets portées sur les photos ou à l’écran. » Pas de quoi se présenter à La France à un incroyable talent. Mais si tu sais que Kyle Reese portrait des Nike Vandal dans Terminator, tu peux sans doute te considérer comme un puritain. 

Kyle Reese, bien chaussé…

© YouTube // YSR MoviesFeed

5. Tes invités te demandent tout le temps si tu vas ouvrir un magasin

Un passionné de sneakers se doit de posséder des dizaines de paires. Après tout, on ne remplit pas une collection de timbres en en achetant 10 au tabac du coin. Clem’s possède plus de 200 paires, réparties du sol au plafond dans le couloir de son entrée. Une déco pas très Ikea-friendly qui suscite toujours des réactions quand il a de la visite. « Tu vas ouvrir une boutique bientôt ? » Cinq points pour l’humour, cinq points pour la lourdeur. Les juges sont unanimes, c’est un sans-faute pour Didier, l’invité lourd du jour. Mais ce que ce brave Didier ignore, c’est que votre appartement n’est ni une boutique, ni un temple dédié à la pompe. C’est votre garde-robe. Clem’s le dit lui-même. Quand il achète une paire, il compte bien les porter. « Une collection, tu la regardes. Moi mes chaussures, je les porte. Quand j’achète, c’est toujours dans cet optique. » 

sneakers

Si ta garde-robe ressemble à ça, il n’y a plus d’espoir…

© Clem’s

Bon, un vrai passionné connaît forcément des ratés. Des paires qui moisissent depuis des années dans leurs boîtes. Mais comme le souligne Clem’s, être passionné ne signifie pas forcément être collectionneur. Acheter une paire en édition limitée pour sa propre fierté personnelle, ce n’est pas vraiment son délire. Peu importe le prix, la marque, ou l’athlète associé. Le but, c’est que le modèle lui plaise. Le reste passe au second plan. « Quand j’achète des sneakers, ce n’est ni pour la hype, ni pour la gloire, mais pour le modèle, le design, la matière… »

Bon, on avoue, chaussés d’une pauvre paire de Stan Smith blanches rééditées et affublés d’une originalité proche du zéro absolu, tout ceci nous dépasse un peu. Mais si tu t’es reconnu en lisant ces quelques lignes, c’est qu’on peut probablement te considérer comme un passionné de sneakers. Un vrai, pas un faux, un frère, pas un pote, HEY HEY. Nekfeu, sort de ce corps. 

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02 2017 The Red Bulletin

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