Andy Green

Andy Green « roule » à 1 609 km/h

Texte : Anthony Rowlinson
Photos : Shamil Tanna

Andy Green est pilote de voitures-fusées. Avec son équipe, il met au point un engin pour dépasser la vitesse de 1 600 km/h.

Dans sa combi bleue et orange, il ne passe pas inaperçu. Torse droit, cheveux ras, regard bleu acier, Andy Green, lieutenant-colonel de l’armée de l’air britannique, est l’homme le plus rapide sur terre, et ça se voit. 

Depuis 1997, il détient le record du monde de vitesse au sol. Sur la piste tracée au cœur du désert de Black Rock, dans le Nevada, au volant de sa Thrust SSC, propulsée par deux turboréacteurs, il a déjà franchi le mur du son, atteignant sur 1 mile les 1 228km/h. Aujourd’hui, il veut dépasser les 1 000 miles à l’heure (1 609km/h) à bord de la Bloodhound SSC, une voiture-fusée préparée minutieusement pour un défi lancé fin 2008.

© Youtube // DJ

Les essais de vitesse doivent débuter au printemps sur la piste de l’aéroport de Torquay, au sud-ouest de l’Angleterre, ont annoncé les concepteurs du projet en octobre dernier. Puis le véhicule sera acheminé vers le nord de l’Afrique du sud, l’été prochain, et le site de Hakskeenpan, dans le désert du Kalahari. C’est là qu’une armée de volontaires va préparer au mieux une piste de 19 km de long sur 500 m de large, enlevant le plus petit caillou pour rendre la surface la plus lisse possible.

Après une montée progressive en puissance lors d’essais, Green s’attaquera d’abord à son record mondial actuel. Ce sera le 15 octobre 2016, 19 ans jours pour jour après son exploit à bord de Thrust SSC. L’assaut final vers les 1 000 miles à l’heure viendra ensuite.

Bloodhound SSC

Les records de Green

Pour s’attaquer au record, Bloodhound va quitter son QG de Bristol, en Angleterre,  au cours de l’été 2016 pour le désert sud-africain.

 Avec une pointe prévue à 1 050 miles, Bloodhound filera plus vite qu’une balle de fusil. Il devrait parcourir le mile – mesure officielle où il doit maintenir sa vitesse de pointe – en trois secondes et six dixièmes ! Quid du pilote à bord ? A priori, avec un bon pilotage et, bien sûr, suffisamment de sang-froid, Green contrôlera tout. Mentalement il sera au top même si cet ingénieur surdoué et ancien pilote de chasse confirmé de la RAF n’a jamais encore connu une telle expérience. 

« Après toute cette préparation, il y a encore des petits trucs à régler et tester. »
Andy Green

Andy Green

Dans le cockpit high-tech de son Bloodhound SSC, le lieutenant-colonel Green est protégé par un blindage en matériau composite à l’épreuve des chocs avec les pierres ou les oiseaux. Sans lui, il serait en danger de mort.   

Green explique : « C’est un job très pointu et très exigeant. Aucun bolide n’a été conçu pour aller aussi vite, et on va pousser la technologie à un niveau insoupçonné. Après une grosse préparation, il reste encore quelques petits trucs à régler et à tester, mais j’ai une idée très précise de ce que je devrais faire et comment je vais y arriver. »

À 52 ans, en militaire d’expérience rompu aux missions de pilote de chasse, Green n’est là que pour un objectif.« On est dans le protocole technique, pas dans l’émotion, dit-il. Je fais partie d’une équipe qui développe l’ingénierie et les essais du projet. C’est-à-dire que je ne suis pas un pilote de course mais d’essais. J’ai les caractéristiques d’un pilote d’essais mais dans une voiture. » Il a développé ce self-control tout au long de sa carrière de pilote de chasse. On le devine quand il raconte ses sorties sous la menace des missiles ennemis en Irak, il y a 20 ans avec la RAF. « J’ai été pris pour cible par beaucoup de gens équipés des meilleurs armes. Franchement, vous n’avez pas le temps d’hésiter. »

Une bonne dose de sang-froid lui sera nécessaire quand il va rejoindre Hakskeen, pour y retrouver Bloodhound, un bolide survitaminé de 7,8 tonnes, 13,40 m de long et 130 000 chevaux de puissance. Ainsi qu’à son team. Ça tombe bien, la plupart des membres de l’équipe sont issus de l’armée britannique où ils ont connu les points chauds comme en Afghanistan.

 « Leur expérience va s’avérer très précieuse, reconnaît Green. Dans l’armée, on a pour habitude d’emmener les personnels dans des zones difficiles et leur demander d’y effectuer des missions difficiles. À tout moment, ils peuvent quitter la famille pour une très longue période. C’est très exigeant physiquement, mentalement et émotionnellement, alors on doit veiller à être sûr qu’ils prennent eux-mêmes soin d’eux. Là, c’est la même chose. On connaîtra ce genre de situation l’an prochain quand on va s’envoler pour l’Afrique du Sud. La plupart n’a jamais connu un séjour dans le désert. Ca va être un bon apprentissage pour eux. »

La posture de Green, son franc-parler militaire pourraient, à la rigueur, donner de lui l’image d’un type froid. Il est tout le contraire de cela. Loin d’être arrogant. Doté d’un mental en acier et animé par la confiance en soi qui habite ceux qui ont roulé leur bosse dans l’armée, on se demande pourquoi cet homme apparemment très rationnel se lance dans un défi aussi insensé ? Pour Green la réponse est dans la quête de science et son envie d’inspirer une génération de jeunes chercheurs. 

Andy Green

Fin 2014, l’équipe d’ingénieurs avait déjà passé plus de 10 000 heures sur le projet Bloodhound, pour un coût dépassant 10 M de livres. 

Il énumère le contenu de cette mission Bloodhound pour définir sa propre motivation. « Créer un projet unique, très pointu technologiquement, avec la volonté d’atteindre cette barre record de 1 000 miles. Partager l’ingénierie de cette aventure avec le plus grand nombre et inspirer la génération future en apportant de la science, de la technologie et des maths dans la vie de la façon la plus excitante possible. » 

La modélisation informatique peut projeter comment se comportera Bloodhound à 900 miles/h et au-delà. Sur le schéma, tout est nickel, bien sûr. Pourtant, seul Green pourra juger des sensations de l’engin poussé dans ses plus extrêmes limites. Et lui seul sera en mesure de réagir si ça tourne mal. 

« Je n’ai jamais été nerveux en pilotant un jet supersonique, jure Green. C’est pareil avec Bloodhound. Je connais chaque détail de sa conception et comment tout a été fabriqué. Pourquoi devrais-je m’inquiéter ? »

« Je connais chaque détail de la conception de Bloodhound. Pourquoi devrais-je m’inquiéter de le piloter ? »
Andy Green

Ceux qui s’attaquent à ce record ne sont pas comme vous et moi. Par exemple, quand il a du temps de libre, Green part faire de l’acrobatie aérienne avec ses ingénieurs pour renforcer l’esprit d’équipe.

Ceux qui l’approchent vantent volontiers ses qualités de leader, son autorité naturelle et son côté attentionné. Comme quand il interrompt le directeur communication du projet Bloodhound, Richard Knight, en pleine discussion avec quelqu’un, pour lui remettre un cadeau accompagné d’une carte. « Juste un petit quelque chose pour toi et Lizzie », chuchote-t-il. Il n’a pas oublié que la veille, la femme de Knight a accouché d’une fille.  

Andy Green

L’un des deux moteurs du Bloodhound. Il porte le nom de Eurojet EJ200 et rivalise avec l’Eurofighter Typhoon.

Cette touche d’humanité rappelle qu’au cœur du grand défi scientifique et technologique le plus avancé, il y a surtout un homme au volant pour pousser Bloodhound mile après mile vers cette barrière mythique des 1 000 miles à l’heure. Un personnage tout ce qu’il y a de plus normal, avec une vie privée à l’opposé de l’univers bruyant, confiné et périlleux où le plonge cette mission à bord de sa voiture fusée.

« Est-ce qu’on va s’offrir un bon break après tout ça ? Oui, Bon Dieu !, promet-il. J’ai la grande chance d’avoir une femme fantastique qui adore la voile presque autant que moi. Rien ne vaut une croisière à cinq nœuds d’allure pour décompresser, croyez moi. Il y a toujours un petit port pour aller dîner le soir en amarrant le bateau juste en face du pub. C’est exactement là où je me vois dans quelque temps. »

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01 2016 The Red Bulletin

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