Luc Alphand

Courez avec Luc Alphand

Entretien : Pierre-Henri Camy
Photos : Red Bull Content Pool

Le 3 mai prochain, à Rouen, vous serez des milliers à prendre le départ du Wings For Life World Run, à 13 heures.

L’intégralité des frais d’inscription à cette course planétaire, démarrant dans une trentaine de pays à la même heure, seront reversés à la fondation Wings for Life, qui s’investit (et investit) dans la recherche sur la moelle épinière. Ambassadeur du Wings for Life World Run France, le triple champion du monde de ski Luc Alphand, aussi une star du Paris-Dakar, sait combien il est précieux de pouvoir se servir de ses jambes.


THE RED BULLETIN : Luc, vos exploits en ski sont connus de presque tous, et vous avez aussi brillé sur le Paris-Dakar. Après quoi courez-vous aujourd’hui ?
Après la découverte du monde grâce au sport. Mon prochain projet est le Cho Oyu, sixième sommet le plus haut au monde, au Tibet, dont j’aimerais bien descendre les 8 000 mètres à ski. Tant que tu peux bouger, il faut en faire un maximum.

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« Tant que tu peux bouger »… un symbole essentiel pour vous.
C’est l’esprit même du Wings For Life World Run, cette course planétaire dont l’essentiel des fonds récoltés par les inscriptions vont à la recherche sur la moelle épinière : « Courir pour ceux qui ne peuvent pas. »

Vous avez failli ne jamais plus courir suite à un accident lors d’un enduro moto en 2009…
Je ne suis pas passé loin du fauteuil roulant. J’étais luxé des cervicales, « le coup du lapin ». Normalement, tu es dans la boîte, mort. L’opération que j’ai subie m’a fait risquer la tétraplégie. J’ai eu la chance de faire partie de ces moins de 5 % de gens qui peuvent remarcher suite à un tel accident et une telle opération. 

« Tant que tu peux bouger, il faut en faire un maximum »

À qui doit-on ce miracle ?
Au professeur Jean Chazal, du CHU de Clermont-Ferrand. Il est devenu un ami, on a skié ensemble dès que j’ai pu. Tous ceux qui opèrent, qui bossent sur les problème de moelle épinière, sont de vrais héros.

Que tirez-vous de cette expérience ?
Du positif. Je faisais une course à moto, j’ai fait une connerie technique, je l’ai payé, j’ai assumé. J’ai retrouvé à peu près 80 % de mes capacités physiques depuis. Il y a des choses que je ne peux plus faire, mais je n’y pense pas. Ce fut une vraie chance de m’en sortir. Dans ces cas-là, tu n’as pas envie de te plaindre. Tu n’as même pas le droit de te plaindre.

Peut-on considérer que cette période critique fut la « compétition » la plus importante de votre vie ?
Peut-être pas la compètition la plus dure de ma vie, mais une étape importante en tout cas. Je m’en sors avec des séquelles infimes. Je me suis parfois senti coupable, dans des centres de réeducation quand j’y ai croisé des jeunes qui malheureusement vont peut-être rester en fauteuil… C’est là le but de la fondation Wings For Life, le rêve ultime : que tout ces gens là puissent remarcher. Tout ce qu’on fait là, le Wings for Life World Run, la Fondation, mais pas que celle-là, tous ceux qui cherchent, c’est top ! 

« C’est là le but de la fondation et de Wings For Life, le rêve ultime : que tout ces gens-là puissent remarcher »
Luc Alphand

Justement, quelles sont les avancées de la recherche ?
Il y a beaucoup de boulot sur les cellules souches, c’est peut-être l’avenir. Les premières étapes sur lesquelles les chercheurs semblent pouvoir avancer sont les prothèses électriques. C’est un « step » important. Ils vont peut-être pouvoir faire des mini greffons sur la moelle, et commander électriquement des prothèses. Plus y aura de projets, de fondations, plus ceux qui sont sur un fauteuil ou sont touchés à la moelle auront de l’espoir à l’avenir. Ça avance forcément. À l’échelle d’une vie ou de notre génération, je ne sais pas si on le verra… mais c’est pour ça qu’on court.

Luc Alphand

Luc Alphand était présent au bivouac chilien d’Iquique, lors du Rallye Dakar 2015 en janvier dernier. 

Avez-vous dû modifier votre rapport au sport après cet accident ?
Un tout petit peu, mais j’essaie de ne pas m’écouter. Certaines personnes qui comme moi sont passées très près arrêtent tout. C’est dommage, au contraire, il ne faut rien arrêter. Ça me fait penser à quelque chose… juste avant mon accident, je ne le sentais pas, c’était un enduro, la dernière spéciale. Je me souviens avoir dit plusieurs fois à des potes, Mickaël Pichon, Christian Lavieille, que j’avais un mauvais feeling. J’étais crevé, je sentais la connerie… et elle est arrivée. Si j’allais skier aujourd’hui et que je ne le sentais pas, je ferais vachement gaffe. Les jours où je ne le sens pas, je n’y vais pas. Maintenant que je ne suis plus un athlète de haut niveau, sans les contraintes de la compétition, j’ai le loisir de pouvoir dire que je ne fais du sport que pour moi. J’essaie de m’écouter un peu plus : quand je me sens bien, au contraire, j’en profite à fond.

« L’important pour tous est de faire partie de la fête, de courir pour une bonne cause »

À 49 ans, la course à pied fait-elle partie de votre quotidien ?
Je fais plus de vélo que de course. Je fonctionne en deux modes : ski-neige l’hiver, vélo-course l’été. Je n’ai jamais été un gros coureur, je n’ai pas un gros moteur, pas une grosse caisse. En ski, j’étais dans un sport de puissance, d’équilibre, de coordination… je ne suis pas un marathonien. C’est pour ça que le Wings for Life World Run est un challenge pour moi.

Matthias Dandois

Matthias Dandois (à gauche) et Cyril Despres lors du Wings for Life World Run à Hennebont, le 4 mai 2014.


Quel était votre objectif l’an dernier ?
Je m’étais fixé 16-17 km, finalement j’ai fait 22 bornes. Certains autres sportifs qui ont couru l’an dernier m’ont bluffé. Le champion de BMX Matthias Dandois a fait 35 km, avec ses Vans et sa casquette. (Rires.) Il était impeccable.

On se cale sur Matthias le 3 mai, au départ de la course à Rouen ?
(Rires.) T’es malade ! Si je pars comme Matthias, je n’arriverais jamais à mes 22 bornes.

Qu’apprend le champion Luc Alphand des « anonymes » qui courent à ses côtés lors d’un Wings for Life Word Run ?
Pas mal d’humilité. L’important pour tous est de faire partie de la fête, de courir pour une bonne cause.

Un dernier message pour les moins sportifs d’entre nous qui hésitent à s’engager sur le Wings for Life World Run ?
Ne vous fixez pas une barrière en kilomètres. Les gens peuvent le faire en marchant et faire 10 km ! L’important est de faire partie de la fête, de se dire : « Je viens ici pour une bonne cause, avec des potes, pour m’amuser. » En plus, si tu ne connais pas Rouen, tu pourras découvrir une belle région. La notion de partage est importante sur cet évènement. Et tu peux le faire sur les mains si tu veux !

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05 2015 The Red Bulletin

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