Lemawork Ketema

« Courir est si facile quand on s’y prend bien »  

Texte : Werner Jessner
Photo : Philip Platzer/Red bull content pool

Lemawork Ketema, le jeune Éthiopien de 29 ans, va défendre en mai son titre de champion au Wings for Life World Run. Malgré des conditions d’entraînement peu idéales, une chose est sûre : cette année, il dépassera les 78 kilomètres.

L’année dernière, Lemawork Ketema courait contre le monde et terminait premier. L’Éthiopien de 29 ans a ainsi inauguré la victoire du Wings For Life World Run, en parcourant 78,57 km en un peu plus de cinq heures, dans la vallée du Danube (Donataul), en Autriche.

Le concept du Wings For Life World Run se définit comme suit : 33 départs sont donnés dans 32 pays aux coureurs, puis à des voitures les prenant en chasse. Chaque participant se faisant devancer par un véhicule (catcher car) est éliminé de la course. 

Près de 36 000 personnes étaient au rendez-vous en 2014. Lemawork Ketema peut se féliciter d’avoir couru le plus longtemps. Si, aujourd’hui, ses conditions de vie en Autriche laissent à désirer, ses espoirs et son talent risquent de le mener loin, à commencer par améliorer sa performance le 3 mai prochain. 

THE RED BULLETIN : Cent kilomètres, est-ce pour vous un objectif réaliste ? 
LEMAWORK KETEMA : Réaliste, oui, mais concrètement, ça dépendra aussi de plusieurs facteurs que je ne peux pas influencer, comme la météo. En tous cas, je m’entraîne dur pour faire encore mieux que l’an dernier.

Vous courez cette année encore en Autriche. Pourquoi ?
Je suis demandeur d’asile et je ne peux pas quitter le territoire. J’ai reçu des invitations pour courir de grands marathons, mais je n’en ai pas encore le droit. Ma demande d’asile a été étudiée, j’attends la décision. 

Où logez-vous ?
Dans un foyer de demandeurs d’asile, à Greifenstein, près du Danube. On est quatre par chambre, ce qui n’est pas facile quand je veux me reposer. Mais ce n’est pas un problème, seule la course compte.

Êtes-vous une star dans votre foyer ?
Certains m’admirent, d’autres envient mes chaussures, mes vêtements. Ce sont surtout les gens du coin qui me saluent et qui m’encouragent quand je fais mes entraînements. Il y a un pêcheur près du Danube qui me demande toujours de m’arrêter près de lui, parce que ça lui porte chance. Parfois, il m’offre un poisson. 

Conseillez-vous les coureurs amateurs ?
Bien sûr ! J’aime travailler avec les jeunes. Courir est si facile quand on s’y prend bien. 

À quoi ressemblent vos journées d’entraînement ?
Je me lève à 6 heures et je pars faire ma première ronde : 25, parfois 30 km. Après, je me rends à Vienne pour mon cours d’allemand, et le soir, je fais un deuxième entraînement. Après, c’est massage, ou idéalement, quand c’est possible, de la physiothérapie. 

Révisez-vous vos leçons en courant ?
Oui, parfois je m’écris des mots sur les mains.  

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Du temps libre ?
J’en ai peu, parce que j’aime travailler. 

Que signifie votre prénom ?
« Lema » veut dire vert, mais aussi beau, joli. Et « work », travail, comme en anglais.

Vous faites du beau travail dans la verdure… ça vous va bien, ce prénom !
C’est ce que je me dis tous les jours quand je pars courir dans la nature ! 

Élements biographiques

Identité
Lemawork Ketema

Naissance 
22 octobre 1985

Palmarès
- Vainqueur du Wings for Life World Run 2014 avec 78,57 kilomètres (départ de Sankt-Pölten, en Autriche) 
- Vainqueur du marathon de Graz (Autriche) en 2014

Voulez-vous rester vivre ici ?
Oui, absolument.

Comment était votre vie en Éthiopie ?
Mon école était à 7 kilomètres de notre maison, j’y allais tous les jours en courant. Ma mère travaillait comme masseuse dans un hôpital. Nous nous téléphonons une à deux fois par semaine, elle compte beaucoup pour moi. J’ai aussi appris le métier de masseur, et travaillé avec des marathoniens dont les performances tournaient autour de 2 h 04. J’ai appris à connaître leur corps, leurs façons d’aborder la course. Toutes ces connaissances me servent aujourd’hui. 

Votre meilleur temps en marathon ?
Pas extraordinaire : 2 h 14, mais c’était il y a quelques années, et en altitude.

Comment les marathoniens voient-ils le Wings for Life World Run ?
Ça dépend. Certains voient seulement les résultats chrono et nous considèrent comme des promeneurs, d’autres n’arriveraient même pas à courir 78 kilomètres. Mais la principale difficulté pour les puristes du marathon, c’est surtout le fait qu’il n’y ait pas de classement de départ, ni de ligne d’arrivée. 

Le Péruvien Remigio Quispe, vice-champion du Wings for Life World Run, va lui aussi participer à la course en Autriche : avantage ou inconvénient ? 
Un énorme avantage ! C’est beaucoup plus motivant de courir en groupe. C’est justement ce qui manque en Autriche où il n’y a pas de groupes d’entraînement. Je cours souvent seul, ou avec quelqu’un qui m’accompagne à vélo. C’est comme ça, je ne me plains pas.

Des conseils aux coureurs amateurs qui veulent faire mieux lors de la 2e édition du Wings for Life World Run en mai ?
Entraînez-vous tous les jours ! Ce n’est pas avec un footing hebdomadaire qu’on peut améliorer ses performances. C’est comme les cours d’allemand pour moi : progresser, ça demande des efforts !

Comment vous êtes-vous senti le lendemain du Wings for Life World Run ?
Je me suis réveillé le sourire aux lèvres. C’était magique. J’avais atteint mon but. 

Et sur le plan physique ?
Rien de bien méchant. Vraiment.

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02 2015 The Red Bulletin 

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