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DANI ARNOLD sur l’autocritique

Texte : Muhamed Beganovic 
Photo : LUKAS MAEDER 

L’alpiniste suisse Dani Arnold a le chic pour gravir les montagnes les plus dangereuses plus vite que n’importe qui. Et atteindre tous les sommets en général.

La face nord du Cervin en une heure et 46 minutes (au lieu des douze heures habituelles pour un alpiniste chevronné), la face nord de l’Eiger en deux heures et 28 minutes (au lieu de six heures) et un temps hallucinant de 27 minutes (au lieu de cinq heures) pour la voie Crack Baby, une cascade de glace extrêmement difficile située en Suisse : Dani Arnold est l’un des alpinistes de l’extrême les plus rapides du monde. Pour lui, c’est moins une question de condition physique que de préparation mentale. « C’est d’abord l’esprit qu’il faut entraîner. Le corps ensuite. »

THE RED BULLETIN : Monsieur Arnold, vous avez gravi le Cervin en 106 min avec pour seul équipement deux piolets et quelques accessoires d’escalade. Comment faites-vous pour aller dix fois plus vite que les alpinistes chevronnés ?

DANI ARNOLD : Tout est dans la tête. L’escalade, c’est une activité de l’esprit. Il faut être pleinement conscient d’ici et maintenant, ne jamais se laisser distraire, concentré total. 

J’ai toujours cru que pour être bon en alpinisme, il fallait des muscles et une bonne condition physique.

Si tu as des muscles, tu seras bon. Si tu as un esprit fort, tu seras excellent. Il faut d’abord renforcer l’esprit. C’est lui qui fait avancer le corps.

Il y a plein de façons de renforcer ses muscles. Et pour l’esprit, comment ça se passe ?

J’ai ma petite stratégie pour ça. Je fais une évaluation sincère et critique de mes performances.

C’est l’autocritique qui vous fait progresser ? 

Bien sûr ! L’autocritique, c’est ta meilleure amie !

Regardez Dani Arnold réaliser son record d’ascension du Cervin.

© YouTube / MAMMUT

Mais s’autocritiquer, c’est aussi douter de soi. On se concentre sur ses faiblesses et pas sur ses forces.

Au contraire. On apprend à se connaître et on découvre ses propres limites. Il faut éliminer les doutes et les faiblesses. Mais pour y arriver, il faut d’abord en prendre conscience. C’est la seule -manière d’avoir confiance en soi – et quand on a confiance, on est plus fort mentalement.

Mais découvrir ses propres limites, c’est douloureux.

Même si c’est dur, il faut toujours être sincère avec soi-même. Et cela veut dire aussi reconnaître ses faiblesses et ses limites. Pour ensuite essayer de s’améliorer.

Et comment s’y prend-on ?

Pour acquérir de la force mentale, il faut augmenter progressivement les demandes faites à l’esprit.

« Il faut d’abord prendre conscience de vos doutes et de vos faiblesses, alors vous serez à même de les éliminer. »

C’est-à-dire ? 

Je commence par de petites voies rapides et j’augmente le niveau. Jusqu’à être sûr que ça va le faire. Voilà comment on développe un esprit fort.

Et c’est grâce à cette force que vous êtes devenu un recordman mondial en escalade ? 

Cette force, elle est utile dans tous les domaines, aussi bien en escalade que pour ta carrière. En gros, l’idée c’est de répéter et de hausser les exigences pour se débarrasser de ses doutes et de ses faiblesses. Jusqu’à ce qu’on soit prêt. Car quand on doit accomplir quelque chose de difficile, comme escalader le Cervin par exemple, il n’y a pas de place pour les doutes et les faiblesses. Si on a des doutes, on n’avance pas.

Mais au début de l’ascension du Cervin, vous avez pensé à abandonner. Votre esprit n’était-il pas assez fort ?

Pas du tout. Je connais mes capacités, je n’en doute jamais. Mais il y a des choses sur lesquelles on n’a aucun contrôle. Malheureusement, le premier tronçon de la voie passait par un flanc enneigé et je m’enfonçais trop dans la neige. Je craignais que les conditions en montagne ne soient pas idéales. C’est pour ça que j’ai envisagé d’abandonner pendant un petit moment. Mais je ne voulais pas non plus laisser tomber si facilement.

Vous avez grimpé sans équipement de sécurité. Vous aimez prendre des risques ?

Le risque fait partie du succès. Il y a des rêves et des visions pour lesquels ça vaut le coup de prendre un peu plus de risques. 

N’avez-vous jamais peur ?

Pas d’échouer en tout cas.

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02 2016 The Red Bulletin

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