Mathieu Raynal

« Arbitrer, c’est une philosophie »

Texte : PH Camy
Photos : Mathias Fennetaux

L’histoire de Mathieu Raynal, revenu de très loin pour fouler les pelouses de la Coupe du Monde de rugby, nous éclaire sur un métier souvent mal compris.

Et si on ne se concentrait pas uniquement sur les joueurs durant la World Cup? À quelques jours du grand rendez-vous, Mathieu Raynal, arbitre français (associé au top 20 mondial de sa discipline), évoque le respect, tel un ADN du rugby, et nous explique comment apprécier l’arbitrage.


THE RED BULLETIN : Mathieu Raynal, votre parcours a prouvé que vous étiez un athlète à part entière, dans un métier souvent critiqué. Le respect des joueurs envers l’arbitre est-il une réalité au rugby ?

MATHIEU RAYNAL : Au rugby, l’estime des joueurs envers nous est quasi constant. Je respecte profondément leur travail, et ce respect est mutuel. Dans 95 % des cas. Certes, parfois, les frustrations font qu’un joueur peut dépasser les bornes, ce qui est compréhensible, mais pas une seule fois dans ma carrière je ne me suis dit : « Ah, voilà enfin un joueur qui me respecte. » C’est ancré dans la culture du rugby, permanent. D’un autre côté, en tant qu’arbitre, il faut être capable de reconnaître ses erreurs d’arbitrage, d’appréciation. Si ce travail-là, d’authenticité, d’honnêteté intellectuelle, est fait, nous aurons toujours ces égards mutuels sur un terrain de rugby.

« Contrairement au football, durant un match de rugby, les joueurs ne te parlent pas » 
Mathieu Raynal

Quand débutera la Rugby World Cup en Angleterre, à quoi devrons-nous faire particulièrement attention au niveau de l’arbitrage afin de mieux l’apprécier devant nos écrans ?

Dans le rugby, les règles découlent du jeu. D’un rapport de force. Sur le jeu au sol, par exemple, l’image type du rugby : quand une mêlée est dominante, qu’elle prend l’ascendant, qu’elle avance, dans les règles, la probabilité que l’autre équipe fasse une faute est plus importante que la probabilité que ce soit l’équipe qui domine qui fasse cette faute. Si, en tant que spectateur, tu arrives à apprécier ce rapport de force dans tous les compartiments du jeu, tu comprendras dans quel sens l’arbitre siffle. L’arbitrage, c’est une philosophie.

Vraiment ?

Oui, il faut toujours trouver le juste équilibre entre la règle et le jeu. Faire respecter la règle pour que l’on puisse évoluer dans un cadre, laisser assez de liberté au jeu pour qu’il puisse s’épanouir, car c’est aussi un spectacle. Quelle faute tries-tu ? Et quelle faute siffles-tu ? La faute qui a un impact sur le jeu, tu la prends. La faute qui n’a pas d’impact sur le jeu, ou un impact mineur, tu es capable d’en faire abstraction pour laisser le jeu se développer. C’est complexe, et quand on évoque le côté subjectif de l’arbitrage, ce n’est pas faux. En tant qu’arbitre, tu essaies d’avoir une appréciation objective des choses, un regard juste, pour trouver ce fragile équilibre.

Est-ce dur de résister à la pression des joueurs, ces colosses, en tant qu’arbitre de rugby, et en faire abstraction pour préserver ce fameux équilibre ?

Contrairement au football, durant un match de rugby, les joueurs ne te parlent pas. L’arbitre ne parle qu’au capitaine de chaque équipe. Durant les matches internationaux, on s’appelle par nos prénoms, et inversement. C’est une relation privilégiée. Avec les autres joueurs, on se vouvoie. Au foot, quand un arbitre siffle, il y a directement dix personnes autour de lui, qui le bousculent. (rires) Au rugby, on a tout un arsenal de sanctions : si un joueur te parle une fois, tu lui mets 10 m de plus, s’il te reparle, tu le sors du terrain. Ça ne pose aucun problème. Quand il y a un souci, tu discutes avec le capitaine : « Ton joueur, le 6, sur les mêlées, il se détache, il faut que tu lui dises que s’il continue, je vais le pénaliser. » Comme ça, directement avec le capitaine qui, lui, fera passer le message à ses joueurs.

Est-ce que des joueurs que vous arbitrez ont appris de votre expérience, de votre retour sur les terrains après votre terrible blessure ? Rappelons-le, une quadruple fracture tibia-péroné à la jambe droite, une fracture de l’épaule gauche et une entorse à chaque cheville, lors d’un match en 2013…

Quelques-uns peut-être. Je me souviens d’une anecdote. Un jour où j’étais arbitre de touche sur le match Afrique du Sud-Australie. Je n’avais jamais arbitré les « Sud-Af’ », et tu as Jean de Villiers, ce joueur emblématique des « Sud-Af’ », avec ses 100 sélections, qui me voit arriver dans le vestiaire pour contrôler les crampons et tout ça, et qui vient me taper sur l’épaule et me dit : « Mathieu, on est vraiment contents de te revoir là, tout ce que tu as traversé, bravo, félicitations à toi. » Alors que je ne le connaissais même pas. Ce fut à peu près la même situation avec l’Irlandais Paul O’Connell, joueur de Munster. Une relation s’est installée avec certains joueurs par rapport à ma blessure et mon retour dans les stades.

Coupe du monde de Rugby 2015

La coupe du monde se déroulera en Angleterre, du 18 septembre au 31 octobre.

Les villes sélectionnées pour accueillir les matches sont :
Londres,
Cardiff,
Gloucester,
Brighton,
Leeds,
Birmingham,
Exeter,
Milton Keynes,
Newcastle,
Leicester
et Manchester
 

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10 2015 The Red Bulletin

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