Le blog de Seb Loeb #11

Dakar 2016 - 
Le blog de Seb Loeb #11

Photo d’ouverture : Frédéric Le Floc’h/DPPI/Red Bull Content Pool

Sébastien Loeb livre chaque jour le journal de bord de son premier DAKAR en exclusivité à redbulletin.com. Onzième volet : « marre, marre, marre ! » Le cauchemar continue pour Loeb et Elena. Et malgré la frustration et la colère, le pilote prend le temps de se livrer.


Mardi 12 janvier,
19 heures,
parc d’assistance de Belén

« Je viens de vivre ma deuxième journée de m… sur le Dakar. Je suis sorti très frustré de la première, lundi, parce que j’étais en tête et que j’ai perdu plus d’une heure avec mes tonneaux. Là, j’ai moins de choses à regretter. Mort pour mort, autant accumuler tous les ennuis recensés dans le manuel du rallye-raid !

Et j’ai été servi. Le problème ? C’est que je ne sais pas où aller. En fait, la voiture ne passe pas par les endroits qu’indique le road-book. On s’est retrouvé au fond d’un rio, ces lits de rivière asséchés. Sauf qu’à l’endroit où l’on était censé passer, il y avait des bords de vingt mètres de part et d’autre !

On a un peu ”jardiné” pour trouver une issue un peu moins escarpée. On parvient à grimper, puis on tombe sur une marche verticale de deux mètres cinquante de haut. Déjà, notre roue arrière est engagée dans le trou. Impossible de se dégager. Allez, on serre les harnais et on y va. Le tonneau par l’avant, je le voyais déjà gros comme une maison !

Heureusement, on retombe sur nos roues. Quelques mètres plus loin, nouveau rio, nouveaux obstacles, nouvelles questions. Mais par où peut-on bien passer ?

Le blog de Seb Loeb #11

« On  a passé un temps fou à essayer de désensabler la voiture. À un moment, j’en avais marre. À quoi bon, si c’est ça, le rallye-raid ! »

© Frédéric Le Floc’h/DPPI/Red Bull Content Pool

Je vois une grande dune de sable. Je m’élance en deuxième, au rupteur, mais c’est impossible de l’escalader ! Le devers m’emmène sur la gauche, là où le trou fait six mètres de haut !

Là, je n’ose pas y aller. J’insiste vers le haut et on se ”tanke” dans le sable ! Pendant que Daniel sort les plaques de désensablage, je vois la Toyota de Giniel De Villiers qui arrive et saute dans le trou. Ça passe. Et merde ! Daniel sue à grosses gouttes pour placer les plaques sous les roues.

J’avance cinquante centimètres par cinquante centimètres, et il faut répéter l’opération : retrouver les plaques qui ont disparu sous le sable, les replacer, recommencer. Ça prend une plombe. On s’en sort mais ça ne dure pas. Je pars à nouveau dans le dévers, pour être planté, avec un  arbre derrière nous. Impossible de revenir en arrière ! 

Je demande à Daniel: ”Dis donc, on a une scie ou une hache ?” Eh non, ça ne fait pas partie du matériel embarqué à bord ! Pendant ce temps, une autre Toyota passe à côté de nous et franchit l’obstacle. Je suis dégoûté… ​

« Je demande à Daniel: ‘’Dis donc, on a une scie ou une hache ?’’ »
Sébastien Loeb

 Après quarante-cinq minutes de galère, on finit par arriver sur le plateau. Je récupère la bonne trace. Mais comme seize bagnoles sont déjà passées là-dedans, le sable est tout mou et on ne peut pas y rester. Je suis donc obligé de quitter la piste pour m’enfoncer dans la végétation. On passe quarante bornes à bondir comme un cabri, comme dans une épreuve de motocross, avec des buissons au milieu.

À ce régime-là, un cardan finit par lâcher, comme la veille. Et encore une demi-heure qui s’envole, le temps de démonter la roue et de changer la pièce. Là, je commence à perdre patience. Daniel ne dit que ça, l’aventure ! On repart et hop, on se retrouve à nouveau ”tanké” ! Je lui réponds : ”Alors, comme ça, tu aimes l’aventure. Eh bien il va falloir sortir pour remettre les plaques…” Le voilà cramé, sous ce soleil de plomb et un mercure qui flirte avec les 50°C. Le nez plongé dans les gaz d’échappement, lui aussi se met à gueuler : ”J’en ai marre, marre, marre !”

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« Les mécanos avaient fait un super boulot en réparant toute l’auto en une nuit. »

© DPPI/Red Bull Content Pool

Là, j’ai envie de sortir de la spéciale, de rentrer chez moi, en me disant que je serais tellement mieux dans mon canapé. À quoi bon ? Si c’est ça, le rallye-raid… Sur une échelle de un à dix, le plaisir est équivalent à zéro. Je boucle la spéciale sans plus me poser de question. On coupe à travers les herbes hautes sans savoir ce qu’il y a derrière, en mode débroussailleuse… 

« C’est dur l’apprentissage du Dakar. »
Sébastien Loeb

 
Je finis par rentrer au parc d’assistance. J’ai pris une douche pour me désensabler, puis j’ai dormi une heure et demie dans mon camping-car climatisé. Dehors, de toute façon, il faisait trop chaud. Et j’avais besoin d’être seul.

Si j’avais eu de l’expérience, j’aurais dû me dire tout de suite de ne pas insister si je ne sens pas la piste, d’aller chercher ailleurs dès les premiers ennuis, quitte à perdre trois minutes. Là, je concède encore plus d’une heure…

Demain (mercredi), on va pelleter, c’est écrit. On attaque les dunes de Fiambala, présentées comme le gros morceau de l’épreuve. La spéciale est peut-être moins moche que celle de Belén, mais je vais encore être à fond de deuxième, à 25 km/h, à tenter de franchir des trucs où va se planter. C’est dur l’apprentissage du Dakar.

À demain… »

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01 2016 redbulletin.com

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