Le prodige de la GT Academy

Texte : Pierre-Henri Camy
Photos : Greg Funnell

L’Anglais Jann Mardenborough, 22 ans, lauréat 2011 de la GT Academy européenne, a participé aux dernières 24 Heures du Mans dans une Oak Racing engagée en catégorie ML2. Le pilote du championnat GT3 raconte son incroyable changement de vie.

THE RED BULLETIN : Bonjour, Jann ! Qui étiez-vous avant de devenir un pilote automobile professionnel, et quand avez-vous intégré le programme de la GT Academy ? 

Jann Mardenborough

Le jeu de simulation auto Gran Turismo a transformé l’étudiant Jann Mardenborough en vedette de circuit.

Jann Mardenborough : J’étais un étudiant lambda, en année sabbatique. J’ai intégré la GT Academy en février 2011. Mes potes, eux, voyageaient en Australie ou aux States, et moi j’étais à la maison, à jouer à la PlayStation, à Gran Turismo, et j’étais super heureux de cette situation. Juste pour m’amuser, vraiment : j’aime les jeux de bagnole, et plein d’autres genres de jeux aussi. Les qualifications en ligne de la GT Academy ont commencé pour six semaines et je m’y suis inscrit parce que je n’avais rien d’autre de mieux à faire. La première semaine, j’étais dans les 50 premiers en Angleterre. Alors je me suis dis, « OK, je vais peut-être m’y mettre sérieusement ». Je m’étais inscrit pour le fun, pas parce que je pensais pouvoir gagner, juste pour voir comment je pouvais me débrouiller dans cette compétition.

Comment était le « race camp » de Silverstone, où le lauréat européen de la GT Academy est désigné chaque année ?
Il n’y avait rien de virtuel : tu t’installes dans une voiture avec un instructeur de Silverstone, tu relèves différents challenges au volant, des temps d’essai, des tests de forme.

Quelles furent vos sensations, la première fois que vous avez piloté sur ce circuit ?
C’était dingue. J’avais 19 ans, je montais dans une Nissan GTR pour la première fois. À Silverstone, à 230 km/h sur la ligne droite de Wellington… ce fut inoubliable.

Étiez-vous à l’aise ?
Je me suis glissé dans la voiture, et tout semblait normal. Bien sûr, tu sens la force G et autres, mais en terme de contrôle de la voiture, comment elle accélère, le niveau d’adhérence, le sous-virage, le survirage… tout cela est très bien restitué dans Gran Turismo. Donc, quand je suis parti en survirage pour la première fois, j’ai naturellement pensé « OK, fais ça et ça revenir à la normale ».

Donc tout était… « normal » ?
Assez normal ! La chose qui diffère le plus par rapport au jeu est la vision. J’ai un petit écran 36 cm à la maison, donc mes yeux ne bougent pas. Dans la voiture pour la première fois, en attaquant le virage de Brooklyn, quand tu dois freiner sur la ligne droite, et tourner à gauche, freiner et regarder partout, même si tu dois tracer tout droit, c’était vraiment dur.

« À 230 KM/H SUR LA LIGNE DROITE DE WELLINGTON… CE FUT INOUBLIABLE »

 Pour plein d’autres gamers aussi d’ailleurs. On a bossé dur là-dessus avec les instructeurs, et maintenant c’est bon. Combien de temps êtes-vous resté à Silverstone ?
On y a vécu six jours. On vivait dans un bâtiment nommé The Stowe, dans une grande pièce remplie de lits de camps. On ne savait ce qui allait se passer. Réveil à 7 h 30, petit-déjeuner à 8 heures, prêts dans nos combinaisons à 9 heures. Alors, tu peux t’installer dans une GTR sur le circuit de Silverstone. À 10 h 30, tu te retrouve à drifter et apprendre à maîtriser ta voiture, mais tu ne sais pas ce qui se passera par la suite. Les instructeurs ne te disent jamais si tu es bon en comparaison des autres. Donc, mentalement, tu te dis « est-ce que je suis bien, ou pas ? ». Et les gars se font éliminer à différents moments, donc tu ne sais jamais si ce sera toi qui resteras ou seras éliminé. Dans la tête, c’est vraiment difficile. 

La Oak Racing pénètre le circuit. Sa participation serait impossible sans les techniciens dévoués à son succès.

Et finalement, à la fin de cette folle semaine, ce fut vous le vainqueur…
À la fin, nous n’étions plus que quatre pilotes. Pour une course de 20 mn sur le circuit de Silverstone. Avant cette course, nous avons eu des qualifications. J’ai commencé la course en tête, et j’y suis resté trois tours durant, mais je suis descendu en deuxième position. J’ai réussi à pourchasser la voiture de tête et la dépasser au virage de Copse. J’ai augmenté l’écart et j’ai gagné la course. À ce moment-là, ils ne nous ont pas dit que le vainqueur serait le gagnant de la GT Academy. J’ai gagné cette course et je me suis dis « super bien ». J’étais sur le podium, et là, d’un coup… champagne ! Ce fut le meilleur moment de ma vie.

Et alors, votre vie a changé…
Oui, j’ai passé deux semaines chez moi, et je suis allé à Northampton pour y passer trois mois et demi. J’ai fait beaucoup d’entraînement à Silverstone avec les instructeurs, sur simulateur. Ils appellent cela le Driver Development Programm, ou DDP. Pas mal d’entraînements, et beaucoup d’équipements différents pour s’entraîner physiquement et dans la voiture, pas mal de vidéos à bord aussi.

« Tu ne sais jamais si c’est toi qui resteras ou seras éliminé »

 Qu’est-ce qui fut le plus difficile durant cet entraînement intensif ?
Rien du tout. Pour moi, ce fut parfait. Même si j’étais éloigné de chez moi pour la première fois, je ne m’en préoccupais pas car je ne voyais pas cela comme un job. J’étais plus en mode « c’est fou, je fais ce truc, tellement cool ». Il ne fut pas aisé de progresser, mais il ne fut pas difficile de m’adapter à la vie de pilote. 

C’est votre second Le Mans dans quelques heures, que représente cette course pour quelqu’un comme vous, qui aimait juste jouer à Gran Turismo il y a encore trois ans ?
C’est dingue, tu sais. Ça dure 24h, et c’est cool de voir 56 voitures démarrer la course, si proches. La meilleure chose est le pilotage de nuit. Si tu as la chance d’attaquer la ligne droite de Mulsanne, de nuit, sans voiture ni devant ni derrière toi, juste toi, à fond, dans la nuit, à 300 à l’heure. C’est vraiment cool. Tu n’as pas le temps de regarder autour de toi, et tu te dis « wouah, c’est vraiment un bon moment ».

La prochaine étape pour Jann Mardenborough ? La Formule 1 ?
Bosser avec Red Bull sur le simulateur et m’entraîner. Oui, la F1 est le but ultime.

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10 2014 The Red Bulletin France

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