mint 400

le Désert en jugera

Texte : Cole Louison    
Photos : David Harry Stewart    

Née en 1967, la Polaris RZR Mint 400 est une course motorisée de légende. Ils sont des centaines chaque année, pros et amateurs, à venir dynamiter leurs voitures, quads ou buggies à l’assaut du désert du Nevada. The Red Bulletin a suivi l’un d’eux, de la préparation de son truck au verdict de la course. 

Deux jours avant son rendez-vous de l’année, la Great American Off-Road Race plus connue sous le nom de Mint 400, Justin Park reçoit sous le porche de sa maison des faubourgs d’Encinitas, en Californie aux États-Unis, sans lâcher du regard le truck garé dans l’allée. « Tu grimpes là-dedans, tu mets ton casque, et… pas besoin de mots, ce sont juste des sensations. Regarde la bête ! » Cette bête, la sienne, il la flatte maintenant de la main. Une Ford Ranger customisée, moteur V6 gonflé aux hormones de croissance, structure tubulaire invulnérable, pneus obèses et suspensions vitaminées. Ce taureau tout-terrain s’est refait une beauté grâce à ce mari poli et professionnel des systèmes informatiques de 39 ans qui a investi 40 000 dollars dans son buggy. Trois mois d’ouvrage, avec son équipe. Demain, ils vont emprunter la Route 15, direction Las Vegas. 

 

La bande annonce de la Polaris RZR Mint 400    

330 des meilleurs conducteurs tout terrain s’affrontent dans le désert du Nevada.

© youtube // the mint 400

La Polaris RZR Mint 400 réunit plus de 300 des meilleures équipes américaines, lancées dans une course au Big Money et à la visibilité. Les sponsors des pros veulent être vus, les amateurs veulent être vus des sponsors. Les deux camps sont facilement discernables : les équipes professionnelles sont équipées de combinaisons, casques et bottes neufs, et chaque centimètre carré visible du buggy est recouvert des stickers publicitaires de grandes marques. Les amateurs, eux, font dans l’ancien pour leur équipement. Idem pour leurs montures qui cachent mal l’usure et la modestie promotionnelle.

Mint 400

La Mint 400 se vit de l’aube jusqu’à tard dans l’après-midi.  

justin Park
La Mint 400 en chiffres

1 500 mots
Ou la place qui a été accordée au journaliste de Sports Illustrated Hunter S. Thompson pour qu’il relate la Mint 400 de 1971. 

15 000 mots
Le nombre de mots que le journaliste a fini par envoyer à son rédac chef. Son récit de la Mint 400 a pris des airs de Las Vegas Parano. 

65 000 fans
Voilà la foule immense qu’a réussi à mobiliser la folle Polaris RZR Mint 400 en cette année 2015. 

149 équipes
Presque la moitié des 330 trucks et buggies engagés dans la course n’ont pas rallié la ligne d’arrivée. 

 

 

Pour la course, Park et son copilote porteront une combinaison noire liserée de blanc et des chaussures personnalisées, offertes par leur sponsor. Les autres partenaires s’affichent en bas de leurs manches. « La Mint est mythique, raconte Justin Park debout sur la plateforme qui portera le lendemain sa Ford Ranger. J’ai grandi ici en entendant les adultes raconter des histoires sur cette course. Si vous y faites une bonne performance, votre vie peut changer. J’ai la pression. » Park parle d’une voix claire et précise. Il n’a pas l’accent traînant des surfeurs californiens et ses propos révèlent son esprit cartésien d’ingénieur informatique : « L’organisation élève l’équipe vers le succès. » Ou son goût pour la chose difficile : « Mon père est un vétéran des Navy Seals, il y a passé 28 ans. Il a travaillé avec Jacques-Yves Cousteau sur le premier appareil respiratoire sous-marin. Il aimait les choses étonnantes et j’ai aussi ressenti ce besoin d’être Superman, et d’aller me frotter à des conditions difficiles. »

L’aventure a commencé en dirt bike dans les zones rurales de la Californie. Puis, quand ce dernier a commencé à rimer trop souvent avec blessures, Justin a glissé vers les petits trucks et a commencé à gagner de petites courses. Par hasard, il a rencontré des sponsors et a commencé à travailler avec un investisseur avec qui il a développé la Baja Olive, une marque d’huile d’olive. La marque trône fièrement sur son truck. La péninsule de la Baja California, à l’ouest du Mexique, est le terrain de jeu parfait pour la course hors-piste. Sans doute la Mecque du tout-terrain, étendue sur 1 207 kilomètres. Tout en dunes sablonneuses et rideaux de cactus, elle accueille une autre course fameuse : la Baja 1000. Son succès avait inspiré un directeur de la communication recruté par un magnat du jeu qui venait d’ouvrir un hôtel : The Mint. Ainsi était née la Mint 400.

« Tu grimpes là-dedans, tu mets ton casque, et… pas besoin de mots, ce sont juste des sensations »    
Justin Park
Mint 400

Plus de 300 équipages sont en concurrence, mais seuls quelques uns d’entre eux voient la ligne d’arrivée.   

Une journée classique pour Justin Park débute par un petit-déjeuner avec sa femme Mia, pianiste et éditrice. Puis il part bosser, pendant neuf heures, occupé à résoudre les problèmes informatiques de la société de conception qui l’emploie, tout en gérant son entreprise d’huile d’olive, et en courtisant d’éventuels sponsors dont il espère des pièces de rechange. 

Mint 400

Les équipages père-fils ou père-fille ne sont pas rares. La Mint est devenue un événement familial.     


Aux alentours de 18 heures, il est de retour chez lui, passe une heure sur les réseaux sociaux pour promouvoir Baja Olive et, s’il lui reste un peu de temps avant le dîner, il bosse sur la chambre d’hôtes qu’il est en train de lancer. Dîner, vaisselle et gestion de ses combinaisons de course sont à suivre. Enfin, il retourne s’occuper de son truck.

À 48 heures du départ de la course, l’équipe de Park claque enfin les portes du truck. James O’Shea, 39 ans, et Scott Breauxman, 47 ans, ont grandi dans le comté de San Diego, là où le cœur de la course hors-route bat fort. Très fort. Les deux ont cet accent traînant du sud de la Californie – celui que vous entendez dans les films de surf – mais ils sont surtout des experts bénévoles imprégnés d’expériences de la course dans le désert. Leur amitié a un quart de siècle. Ils font route avec Park.

« J’ai grandi en entendant des histoires sur la Mint 400. Si vous performez dans cette course, votre vie peut changer »  
Justin Park

Après une infinie quantité de détails à résoudre en deux jours, Justin fait monter le régime moteur de son engin sur le parking du Gold Strike Casino Resort, sous la lune froide du désert. Il est cinq heures du matin. Park est engoncé dans son cockpit avec O’Shea, devenu son copilote après avoir été longtemps son assistant dans les stands. Une boucle dans un crissement de pneus, et l’équipage se glisse dans la longue file des pilotes qui rejoignent la ligne de départ. S’y trouvent des trucks, des quads, des buggies, de vieilles Coccinelles et des sand rails, aux vieux airs d’insectes mangeurs de légumes. Éco-durable ? Non. Ici, ça vrombit et ça fume. Sur le chemin, certaines montures caleront et ne repartiront jamais.

Mint 400

5 heures du mat’ sur le parking du Gold Strike Casino. Parmi ces équipages, certains resteront prisonniers du désert.  

Le format de la course est particulier. Les voitures s’élancent deux par deux, et pas en peloton aux ordres d’un drapeau à damiers agité. L’idée est d’envoyer les monstres à l’assaut de la piste divisée par une rangée de cônes, au moment où la poussière des précédents partants s’assagit et offre un peu de visibilité. Déjà, la piste ressemble à un dessin après un coup de gomme : tout semble un peu flou et les matières se sont regroupées. Au total, 25 classes courent la Mint 400 de la classe 5 (VWs) à la classe 7 des Stock Mini – celle où concourt Justin Park. Le plus rapide de chaque classe remporte la course. Le temps de chaque coureur est relevé par le GPS, auquel on ajoute d’éventuelles pénalités de temps.

Mint 400

Les plans les mieux pensés peuvent se noyer dans le désert du Nevada, et partir en fumée. Après des mois de préparation, le truck de Justin Park s’est immobilisé à cause d’une panne de l’ordinateur de bord.   

« On a appelé le gars qui a construit le moteur. On a eu un souci d’huile. Justin a vu des étincelles, aussi. Je ne sais pas trop ce qui arrive… », déclare O’Shea. « C’est le moteur », résume Park, pas plus fixé. Il a la tête du type qui a appris une sale nouvelle mais qui ne sait pas vraiment si c’est une mauvaise blague ou non. Park aide Breauxman à fixer le câble de remorquage à la suspension avant de son truck. Le voyage de retour jusqu’aux stands sera bien long… La journée doit s’achever par une remise des prix, au moins aussi longue que les courses, dans les cris de joie qui accompagnent la remise des dizaines de récompenses attribuées. Park et son équipe n’y assisteront pas. Ils vont aussi zapper la fameuse soirée qui clôture la course, et rallier leur hôtel situé à une cinquantaine de kilomètres. Très tôt le lendemain matin, ils prendront la route du retour. 

« Le désert a gagné. Mais ce n’est qu’une course, il y en a toujours une autre à venir »   
Justin Park

Le soleil est tout juste retenu par les crêtes rocheuses quand Park s’élance. L’officiel, chaussettes et gilet orange, ne relève même pas la tête de sa tablette quand Park marque l’arrêt sur la ligne de départ avant de s’élancer dans un nuage de poussière. Park n’ira même pas jusqu’au premier check-point, situé à 80 kilomètres de là. Très vite, il a perçu les défaillances de son régime moteur. Au km 53, son truck décroche, mais repart pour une dizaine de minutes, puis cale pour de bon à 5 kilomètres du point A. Un texto laconique file vers l’équipe : « Problème ». Suffisant pour que Scott Breauxman passe en mode urgence, et balance toutes les pièces de rechange disponibles dans son 4×4 Toyota, puis fonce à travers les dunes, les creux, les bosses, les cailloux, le sable, les restes de feux de camp et les cactus. Jusqu’à Park, O’Shea et le truck souffreteux. Quand ils tentent de relancer son moteur, celui-ci émet un sifflement sec, puis cale dans un « pop » couvert par le vacarme d’un buggy en bonne santé, qui fonce à quelques mètres seulement de leur garage improvisé. 

Mint 400

La course a aussi la réputation d’attirer de jolies spectatrices.   

« C’était bien le moteur », expliquera Park deux semaines plus tard. Un dysfonctionnement de l’ordinateur de bord a causé un problème majeur sur le running lean, le régime basse consommation, qui a empêché l’essence d’affluer. Justin Park a été battu, mais pas abattu. Il a déjà l’esprit tourné sur le rendez-vous du mois d’août, le Great Tire Vegas to Reno, un trek de 845 kilomètres, toujours dans le désert. « Cette fois-ci, le désert a gagné mais c’est bien pour ça qu’on appelle ça une course. Il y en a toujours une après, lâche Justin Park. Celle qui s’annonce est une épreuve monstrueuse : c’est long, il va faire très très chaud, et on va beaucoup se préparer pour ce rendez-vous. Maintenant, c’est notre objectif. C’est cela qui fera notre histoire.» Un fils de Navy Seals ne se laisse jamais abattre.

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07 2015 THE RED BULLETIN

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