Nikola Karabatic

Les Bleus à l’épreuve du Mondial de handball

Texte : Pierre-Henri Camy    
Photos : Chris Saunders

Voici six combattants français du handball et leur corps forgé aux blessures. Pour s’assurer la victoire, ces joueurs de l’élite mondiale oublient la douleur.

Même au bout du bout, dans la souffrance, ils n’abandonneront jamais leurs coéquipiers. Si un joueur de l’équipe de France de handball quitte le terrain et son collectif, c’est que son intégrité physique est en danger, vraiment. Du 11 au 29 janvier, huit parquets en France vont se transformer en zones de conflit pour les Championnats du monde masculins de l’un des sports les plus populaires en Europe. Et, bien sûr, les Bleus, LA nation du handball, avec leurs cinq titres mondiaux, trois européens, et deux fois l’or olympique, sont favoris. Donc, l’équipe à (a)battre, à laquelle Danemark, Espagne, Croatie ou Pologne ne feront aucun cadeau.

« Si tu n’es pas prêt à souffrir, alors ne joue pas au handball ! »
Nikola Karabatic


Parmi l’effectif actuellement en place et engagé sur la compétition, six joueurs sont les héros de notre série anatomique. À chacun, nous avons posé une question : « Le handball est-il un sport de combat ? » Tous ont répondu par l’affirmative. Et ont déroulé un lexique commun, reflétant l’intensité et la violence de leur discipline : manchettes, béquilles, épaules arrachées, coups, déchirures, entorses, KO, opérations… Le handball n’est pas qu’un jeu de ballon aux icônes accessibles et connues pour leurs victoires festives.

Voici :

  • Nikola Karabatic
  • Luc Abalo
  • Thierry Omeyer
  • Cédric Sorhaindo
  • Michael Guigou
  • Daniel Narcisse
Chris Saunders
Chris Saunders, photographe

« Bosser avec l’équipe de France de hand fut incroyable ! » C’est devant 400 kg de muscles environ que le photographe sud-africain Chris Saunders s’est retrouvé pour ce shooting : Karabatic, Abalo, Narcisse et Omeyer… 

Ces joueurs sont des combattants – quatre évoluant au PSG, les autres à Montpellier et Barcelone – et nous les avons conviés à exposer leur corps, leurs blessures, nous dire là où ça fait mal, mais aussi nous raconter comment le corps se fait arme, outil vers la réussite. Quand les membres sont attaqués autant que nécessaire à la victoire. Et comment on gère la douleur. Encore une fois, tous ont parlé d’une même voix : « La douleur, pendant le jeu, avec l’adrénaline et l’excitation de la partie, on ne la sent pas, elle disparaît, on n’y fait pas attention. Elle revient après le match… jusqu’au suivant. » 

Sachant qu’entre leurs championnats respectifs et leurs engagements internationaux, ces guerriers du parquet s’entraînent quotidiennement. Et jouent et sont au feu tous les trois jours. « Un rythme de fou », selon Nikola Karabatic.

1 NIKOLA KARABATIC

L’homme à abattre

Nikola Karabatic

« Tu comprends très jeune que tu vas te prendre des coups toute ta carrière. »

Nikola Karabatic - dos


L’un des joueurs stars de de l’équipe de France de handball (271 sélections), Karabatic, 32 ans et trois fois champion du monde, a intégré attaques, rudesse, blessures et douleur pour devenir l’un des meilleurs joueurs au monde.

« Si tu as peur du contact au hand, tu n’es pas un bon handballeur. Un jour ou l’autre, quand ils vont savoir que tu n’aimes pas le contact, les défenseurs vont venir te chercher, et ce match-là, tu ne seras plus utile à ton équipe. »

Être utile, ça se paie, par des blessures, multiples.

« Je suis souvent ciblé… »   

Les coudes
Nikola a subi trois opérations des coudes pour des problèmes d’arthroscopie. La récupération est pour lui un secret. « Sans elle, la blessure fatale arrivera. »    

L’épaule
Grâce à elle, il peut déclencher ses tirs puissants. « L’épaule fait le geste du handballeur », et pour la préserver, Nikola y applique de la glace après chaque match.

La jambe
L’une des parties du corps les plus choquées : au hand, la béquille est monnaie courante. « Comme l’entorse de la cheville, tu ne pourras pas y couper ! »

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2 LUC ABALO

La main qui tue

Luc Abalo

« Le corps s’adapte aux situations : plus le jeu deviendra dur, plus il va progresser, et assimilera les risques du métier. »

Luc Abalo - bras


« Les coups, la douleur, il y a des joueurs qui, inconsciemment, n’aiment pas cela. Si en début de match tu leur mets des gifles, ils auront du mal à revenir ou à se mettre dans le match, ils éviteront le contact. »

L’ailier droit de 32 ans du PSG et de l’équipe de France, Luc Abalo, connu pour sa roucoulette, un tir rotatif de la main gauche (elle lui sert aussi à peindre, jouer de la guitare et photographier), a une analyse très concrète de l’engagement au handball.

Il y a ceux qui « vont au charbon », et les autres. 

« Prendre des coups, c’est ça le quotidien du grand joueur de hand »

La main
Au bout de son bras gauche, cette main est connue pour sa roucoulette. « C’est un tour qui se travaille. Tu te mets devant un but, et tu tires, encore, encore et encore. »  

L’épaule
« Quand des joueurs veulent t’arracher le bras, une épaule forte, c’est très important ». Se saisir violemment du bras de l’attaquant est une spécialité des défenses. Rude.

Le nez
Balle au sol lors d’un match en Lituanie : Luc s’en empare et prend un coup de genou dans le nez. Il casse. « Ça fait super mal », plaisante-t-il.

Ceinture abdominale
« Il faut travailler les abdos, on a toujours besoin d’être plus fort à ce niveau-là », explique Luc. Il a débuté le hand à 14 ans, et s’est depuis habitué à l’intensité du jeu.

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THIERRY OMEYER

L’ultime rempart

Thierry Omeyer

« Le pire, c’est quand la balle tape sur le poteau et revient sur ton visage par le côté, comme une gifle. »

« Avec l’adrénaline, tu es dans un état second et tu vas te jeter complètement. Le ballon ne doit pas rentrer… jamais ! »

Thierry Omeyer - bras


Même s’il doit s’écraser sur son visage. « Quand tu le vois arriver, de face, ça va. Tu es prévenu. Le pire, c’est quand la balle tape sur le poteau et revient sur ton visage par le côté, comme une gifle », dit le gardien de la France, 40 ans.

En poste depuis 1999, il a vu le jeu évoluer en puissance, et les tireurs s’éloigner des défenses pour devenir des snipers, tirer de toujours plus loin. Pour stopper un ballon, il utilise surtout bras, jambes et pieds, et à plus de 100 km/h, certains laissent des marques.

« Des traces de ballon sur le corps pendant 4 jours »

Bras gauche
« Je pense que c’est l’accumulation de 15 ans de ballons reçus à cet endroit. » En octobre 2014, c’est le tir de trop pour Omeyer, et une rupture du tendon du biceps. Il doit quitter les terrains pendant trois mois.

La vision
Durant un match, Thierry ne perd pas le ballon des yeux. Et avant chaque partie, le gardien des Bleus peut passer des heures à analyser des vidéos des joueurs adverses.

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4 CÉDRIC SORHAINDO 

L’athlète revenu de très loin

Cédric Sordhaino

« Il n’aurait pas dû devenir un pro… »

Pour mener carrière dans le hand, Cédric Sorhaindo, sujet à des soucis de tibias, a dû pactiser avec la douleur. Une leçon.

Jusqu’à ses trois ans, il a de grosses difficultés à se déplacer et à courir. Il subit alors une très douloureuse opération des tibias. Quand il se lance dans le handball à 15 ans, il lui manque 18 % de rotation sur un tibia et doit oublier le haut niveau. Solution ? L’opération, encore. Il faut lui casser le tibia pour le redresser, et y placer une plaque pour le maintenir. Cédric a 17 ans. 25 ans plus tard, il affiche 170 sélections et 356 buts en Bleu, 3 titres de champion du monde, 2 d’Europe, et l’or olympique. Bluffant.

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MICHAEL GUIGOU

Le plaisir plus fort que tout

Michael Guigou

« Tant que le corps ne dit pas stop, on donne toujours le max ! »

« Face à un joueur de Moscou de 50 kg de plus que moi, j’ai pris un KO. Il m’a mis un coup d’épaule, je suis tombé par terre, ma tête a tapé. Perte de connaissance. »

Deux minutes plus tard, le joueur de Montpellier était de retour. « Et j’ai fini le match, rembobine-t-il, mais c’est après que j’ai galéré, j’ai eu très mal au dos, des vomissements, des troubles de la vision. »

Le corps qui prend cher, pour ce joueur de 34 ans, ça fait partie du métier. « Les victoires, le plaisir partagé sur le terrain avec les joueurs, le public, c’est le plus important, revendique Mika. On va toujours au bout de nous-mêmes. Tant que le corps ne dit pas stop, on donne toujours le max ! »

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6 DANIEL NARCISSE 

Le dur au mal

Daniel Narcisse

« Il y a tellement d’engagement et d’intensité physique en match que les coups vont parfois au-delà des limites. »

Daniel Narcisse


298 sélections et 912 buts en Bleu depuis janvier 2000. En 16 ans, Narcisse a contribué aux grandes heures du hand et l’a vu évoluer en puissance.

« Il y a des joueurs beaucoup plus grands, costauds, forts, qui courent plus vite et font plus mal. » Face à des équipes très engagées, agressives, Daniel, 37 ans, n’a pas le choix : dans la zone de combat, il impose ses 1,88 m et 93 kg.

« En tant que défenseur, il faut montrer qu’on est dans le combat, l’adversaire doit comprendre que ça va être physiquement difficile. »

« L’adrénaline, la pression, ça te met en mode combattant »

Les côtes
Elles sont comme des aimants à coups de coudes. Mais qu’importe, pour Daniel, « jouer au handball en se préservant des chocs, c’est mal jouer » !

Le cou
Un bras qui traîne, et vous voilà victime d’une cravate. « Comme le coup de la corde à linge au catch ! », précise Daniel.

Le genou
Ses opérations à chaque genou, soit 2 × 8 mois hors des terrains, Daniel en porte les traces pour la vie. Ses jambes sont aussi un atout : sa détente lui a valu le surnom « Air France ».

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01 2017 The Red Bulletin

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