Chris Burkard

Hommes torpilles

Texte : Steve Root
Photos : Chris Burkard 

L’un des plus purs rapports à l’océan, le bodysurfing, se vit au creux de la vague. Reportage en images.

Une paire de palmes, une vague et un shot de pure -adrénaline. « Le bodysurf, c’est la façon la plus simple et la plus épurée de profiter de l’océan », déclare le photographe Chris Burkard. Et il en sait quelque chose. Dans son métier, il prend en photo aussi bien des aventures sportives, des expéditions de surf lointaines en Russie et en Islande, que des natures mortes ou des voitures. Mais ce qui le fait vraiment vibrer, c’est l’excitation de se retrouver en dessous de monstrueuses vagues tahitiennes pour réaliser des prises de vue aquatiques de torpilles humaines propulsées à travers les eaux cristallines.

Chris Burkard

Sans la planche, à Tahiti ! Faisant fi du danger de -bodysurfeur sur ce récif, Mark Cunningham affronte une vague à Teahupoo, qui signifie « couper la tête » ou « crânes brisés ».

© Chris Burkard

Burkard a accompagné le réalisateur et surfeur de grosses vagues Keith Malloy pendant son voyage autour du monde : dans le Maine, en Californie, à Hawaï, en Nouvelle-Zélande et à Tahiti, pour son film de 2011, Come Hell or High Water, et son livre, The Plight of the Torpedo People. Un projet de passionnés visant à la fois à créer de l’art et à repousser les limites des sportifs pratiquant une activité sous-estimée qui, sous une forme ou sous une autre, existe depuis aussi longtemps que l’homme et la vague cohabitent sur cette planète. 

« Les Bodysurfeurs sont souvent LES PLUS EXPÉRIMENTÉS DANS L’EAU, MAIS ILS SONT LOIN D’ÊTRE LES PLUS RESPECTÉS »
Chris Burkard

Mark Cunningham

Le maître-nageur et bodysurfeur Mark Cunningham est moitié homme, moitié poisson.


« Si vous avez mis le pied dans l’océan ou si vous avez sauté dans une vague, vous avez bodysurfé, déclare Burkard. Tout le monde l’a déjà fait à un moment donné. » Tout le monde peut-être, mais rares sont ceux à le faire avec autant de talent et de témérité que les légendes de l’océan telles que Mark Cunningham, maître-nageur hawaïen, Mike Stewart, bodysurfeur professionnel, Chris Kalima, représentant de la scène surf à Hawaï, ou encore Dan Malloy, surfeur de grosses vagues et frère de Keith, le réalisateur. 

Chris Kalima

L’Hawaïen Chris Kalima se transforme en « homme torpille » en se propulsant à travers une vague.

© Chris Burkard

« Les bodysurfeurs sont souvent les plus expérimentés dans l’eau, déclare Burkard. Mais ils sont loin d’être les plus respectés. Ils comprennent les courants, le soleil et les marées. Il y a une véritable communion avec l’océan. Ça semble peut-être un peu ésotérique, mais ce n’en est pas moins vrai : il faut être en phase avec son environnement, sinon on risque de graves blessures. » 

C’est particulièrement vrai à Tahiti, où la vague remonte des eaux très profondes pour venir s’écraser sur un impitoyable récif corallien situé juste en dessous de la surface. « C’est un énorme bloc d’eau qui se déverse sur le récif, s’exclame Burkard. Un truc de fou. Un peu la pire vague qui soit pour faire du bodysurf. Vraiment. Mais les gars voulaient savoir si c’était faisable. Ils voulaient tester les limites du possible. C’était vraiment génial à regarder. » 

Chris Burkard

Keith Malloy a droit à un gros plan rien que pour lui de la face cachée de Tahiti.  

© Chris Burkard

En effet, Burkard était aux premières loges pendant ce projet. « L’eau était d’une clarté que je n’avais jamais vue de ma vie. Je prenais une grande respiration et je descendais pour essayer de rattraper les gars qui suivaient l’arrière de la vague. Il m’arrivait d’oublier depuis combien de temps j’étais descendu et tout d’un coup, je me disais : “Oh, je n’arrive plus à respirer, il faut que je me dépêche de remonter.” Mais je ne voulais pas rater un seul moment, c’était une expérience unique et transcendante. » 

Chris Kalima plonge dans une énorme vague tandis que le soleil -descend sous la ligne d’horizon.

© Chris Burkard

Quant à l’expression « hommes torpilles »… « Quand les gars mettent leurs bras le long du corps, explique Burkard, et qu’ils glissent vers la surface, on dirait des torpilles. » 

Fini le surf ? Larguez les bombes.

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02 2015 The Red Bulletin

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