Red Bull Air Race

Les meilleurs pilotes et leurs manœuvres

Photos : Balazs Gardi
Photo d’ouverture : Predrag Vuckovic / Red Bull Content Pool

En février à Abu Dhabi, le Red Bull Air Race a repris, avec des avions plus rapides, plus légers et plus maniables que les bolides de Formule 1. Ses pilotes d’exception vous présentent ce championnat du monde de course aérienne, mêlant vitesse et précision, où négocier des pylônes flottants de 25 mètres de haut est un art.

« À l’arrière de l’avion. » Ce n’est pas une parole que les pilotes aiment entendre. Cela signifie qu’ils n’ont pas vraiment la situation sous contrôle et qu’ils réagissent plus qu’ils n’anticipent. C’est l’instant où ils ne pilotent plus l’avion. C’est ce dernier qui les pilote. Les as du manche à air fuient autant que possible ce renversement de pouvoir, particulièrement dans le monde à grande vitesse de la course aérienne. L’esprit le plus clair a toujours l’avantage dans cet exercice de style.

Les pilotes du  Red Bull Air Race passent des heures à visualiser leur course. Certains restent assis, le nez pointé vers le ciel à tenter d’imaginer les portes. D’autres, depuis leur hangar, construisent une maquette de la course à venir, qu’ils arpentent indéfiniment. Dernière tendance : les « can dance », autrement dit la danse des canettes. 

Des canettes de Red Bull figurent les pylônes et sont disposées en reproduction du tracé de la course, bien accrochées à la charpente du hangar. Les pilotes les enroulent par la droite ou par la gauche, dans une danse rituelle. À chacune des huit étapes du championnat, la danse change car l’environnement géographique impacte sur la perception que les pilotes ont de l’espace. Bien sûr, chaque course requiert la même recherche d’excellence. Le pilote se prépare mentalement pour atteindre l’ultra-performance dans ses manœuvres, malgré la vitesse et les G (force gravitationnelle) encaissés.

Les runs d’entraînement servent à éprouver la mémoire musculaire, tout en repoussant la pression du chronomètre et l’angoisse du temps d’avance sur les autres. Les meilleurs pilotes sont ceux qui ont la capacité de visualiser leur tour au détail près. Entrez dans leur préparation.

 

Les moments forts du Red Bull Air Race 2014

Paul Bonhomme

 

PAUL BONHOMME

CHAMPION DU MONDE RED BULL AIR RACE EN 2009 ET 2010. Quand les séries ont fait leur retour la saison passée, l’Anglais a remporté deux victoires et pris la troisième place du classement général. Deux places de moins que la seule qui le satisfait. Le pilotage est une histoire de famille dans laquelle Paul Bonhomme est entré par le bas, en commençant par balayer le sol du hangar du club local avant de passer à la voltige, puis l’instruction en vol et l’aviation civile. Ensuite, il est devenu pilote de 747 pour la British Airways. Paul s’excite aussi sur des avions de la Seconde guerre mondiale et joue parfois avec la Matadors Aerobatic Team de Steve Jones. 

La porte de départ

NE PAS SE PRÉCIPITER 
Le tour parfait commence avec l’envol. Le bout de route qui mène à la porte de départ est la dernière chance offerte au pilote de visualiser son run. C’est aussi un moment où il y a beaucoup à faire, à commencer par rester sous la vitesse maximum autorisée au départ, soit 370 km/h. Beaucoup de pilotes ont terminé leur compétition avant de l’avoir commencée, faute de ne pas avoir su respecter cette limitation de vitesse.

« IL Y A BEAUCOUP À FAIRE : COMPTE-TOURS, CAMÉRA, VENTS, FUMÉE… ET IL FAUT AUSSI ÉCOUTER SON AVION »
Paul Bonhomme
O gate de largada

Nigel Lamb

 

NIGEL LAMB

LE CHAMPION DU MONDE EN TITRE A APPRIS À VOLER EN AFRIQUE AUSTRALE, au sein de la Rhodesian Air Force avant de changer d’hémisphère pour rejoindre l’Angleterre et une carrière de voltigeur professionnel. Lamb a remporté huit fois d’affilée le titre de champion d’Angleterre d’Unlimited Aerobatic. Enthousiaste, il aime créer des figures, et développer son avion. Il est l’un des pilotes les plus novateurs du Red Bull Air Race. Tous ses efforts ont été récompensés l’an dernier avec une première victoire en Malaisie et son premier titre de champion du monde.

La chicane

MAîTRISER SON ALTITUDE
La séquence de la chicane, avec trois pylônes équidistants
, est l’une des épreuves les plus dures. Elle impose au pilote de changer vivement d’appui, un peu comme un motard, tout en gardant la même altitude. « Pour les débutants, la chicane est un moment de lutte intense, raconte Nigel Lamb. Elle induit une utilisation rapide des commandes, et si vous surexploitez ou sous-exploitez le gouvernail, vous faites piquer ou grimper l’avion. Or, le corridor aérien dans lequel nous volons à ce moment-là est très étroit. Un peu trop bas, vous êtes disqualifié ; un peu trop haut, vous prenez une pénalité. Vous devez faire preuve d’une incroyable précision sans même y réfléchir. Il est impératif d’être dans l’anticipation à chaque seconde. 

« POUR ÊTRE EFFICACE, IL FAUT ÊTRE PRÉCIS, SANS PENSER QUE VOUS DEVEZ ALLER PLUS VITE QUE LES AUTRES »
Nigel Lamb
A chicane

Matthias Dolderer

 

MATTHIAS DOLDERER

UN AUTRE PILOTE ISSU DE L’AVIATION CLASSIQUE. Ses parents dirigeaient une école de pilotage et un aérodrome privé à Tannheim (Allemagne). On dit qu’il aurait effectué son premier vol à l’âge de trois ans. Quarante ans plus tard, il a pris les manettes de plus de 150 avions, et a gagné les championnats d’Allemagne d’aerobatics et d’ULM. Aujourd’hui, aux côtés de sa sœur, il dirige l’entreprise familiale dont la réputation est portée par le Tannkosh Air Show et son fly-in (un regroupement éronautique). L’an dernier, il a connu une de ses plus belles saisons, avec un podium sur le Red Bull Air Race en octobre, à Las Vegas. 

La manŒuvre de boucle verticale 

BIEN ENCAISSER LES G
Au red bull air race, ce sont la vitesse et le chronomètre qui forcent le classement,
contrairement à la voltige, qui s’appuie sur un jury et une note artistique. La boucle verticale voit les pilotes passer à travers une porte en vol en palier, avant de tirer fortement sur le manche pour prendre de l’altitude – attention à ne pas dépasser les 10 G, le maximum supportable. S’ensuivent une boucle et un retour au vol en palier, dans la direction opposée. « Les G les plus forts se cumulent à toute allure quand vous entamez le virage, raconte le pilote allemand Matthias Dolderer, un as. Pour nous, virer à la verticale n’est pas plus dur qu’à l’horizontale, mais c’est dans le vertical qu’on encaisse le plus de puissance. 

« Nous pouvons encaisser les G ; nos corps nous parlent et nous apprenons à les écouter »
Matthias Dolderer
A manobra da curva vertical

Hannes Arch

 

HANNES ARCH

L’AUTRICHIEN EST MONSIEUR ADRÉNALINE. Le champion du monde du Red Bull Air Race 2008 est un pilote de voltige et un acrobate qui vole aussi en hélicoptère et en deltaplane. Il est aussi un -parapentiste de talent, un alpiniste, et un passionné de base-jump. Il se dit plus heureux quand il est loin de tout, perché dans les airs au milieu de la nature. Il a commencé à courir le Red Bull Air Race après en avoir été le directeur de course. Rookie en 2007, il a « regardé et appris », avant de rejoindre rapidement l’élite de l’exercice. Depuis, il s’impose régulièrement, comme l’an dernier en Croatie et en Pologne. Pour la troisième fois consécutive, il a terminé le championnat en 3e position. 

la porte finale

UTILISER SES SENSATIONS
Les pilotes assemblent leur tour, section après section,
cherchant en permanence l’équilibre entre prises de risque et gratifications. Parfois, on peut oublier sa prudence mais il faut d’abord finir proprement son tour pour espérer gagner. « Je veux rester calme et fin dans mon pilotage avant d’être rapide et précis, explique Hannes Arch. Voler à travers ces pylônes repose sur une sensation : il faut sentir nos ailes attachées à notre corps. Arracher un nœud de vitesse supplémentaire au détriment de la précision ne sert strictement à rien. La course aérienne, c’est comme
une descente à ski : il faut prendre la bonne ligne, ne pas trop se déporter, ne pas brusquer les virages. Piloter tout en douceur, en profitant de l’énergie cinétique. 

« LA COURSE AÉRIENNE, C’EST COMME une DESCENTE À SKI, vous devez TROUVER LA BONNE LIGNE »
Hannes Arch
O gate de chegada

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04 2015 THE RED BULLETIN

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