Hell on Wheels

Les têtes brûlées
du Wall of Death

texte : andreas rottenschlager
photos : jim krantz

Sans casque et au mépris des lois de la gravitation ces motards risquent leur vie lors de chaque ride. #2

Charlie a rencontré Jay en 2001, alors qu’il s’était échoué, avec sa caravane, dans le parc national de Redwood, en Californie. Charlie avait 37 ans, était récemment divorcé et cherchait du travail. Il a aidé Jay à monter le mur. Est monté sur des motos. A appris à survivre dans le Wall of Death. 

Lorsque Jay a mis fin à sa carrière de pilote cascadeur, Charlie a repris le Wall of Death en tant que « show runner ». Depuis, il a appris l’histoire de chaque éraflure du mur. L’entaille interminable de deux mètres au-dessus des planches du sol ? Le repose-pieds d’une Indian Scout qui s’est enfoncé dans la paroi en bois en 2014.

La double trace en dents de scie à mi-hauteur du chaudron ? Une chaîne de kart cassée, qui s’est fraisée dans le mur en 2015. Il y a un an, l’un des pilotes de Charlie a fait la vrille du haut de la paroi jusqu’aux planches du sol. Lorsqu’il a percuté le sol, les éclats de bois ont volé à cinq mètres de haut, jusque dans le public. 

© Jim Krantz

Retour dans le motodrome : les pilotes entrent dans le chaudron les uns derrière les autres par une étroite porte à trappe. Wahl E. Walker, 66 ans, les cheveux blancs comme neige, s’assoit sur une Harley Davidson de 1975. Wahl E. est le plus vieux pilote sur paroi verticale du monde à se produire.

Hell on Wheels

Les motos utilisées pour réaliser les runs dans le Wall of Death ont jusqu’à 90 ans. Sur cette photo : une Harley-Davidson SX 250 de 1975.


La manœuvre préférée consiste à foncer sur les spectateurs situés en haut du chaudron en les regardant droit dans les yeux « pour qu’ils croient que je vais les écraser ». 

Le pilote numéro deux se produit sous son nom d’artiste : Sergeant Mikey J. L’allure sportive, il sourit lorsqu’il tourne dans le Wall of Death. Avant sa vie de pilote sur paroi verticale, il faisait exploser des ponts en béton en tant que pionnier de l’armée américaine. Aujourd’hui, le Sergeant Mikey commande un kart de cinq chevaux doté d’un châssis spécial en acier incassable. 

Charlie est le dernier à entrer dans le motodrome, car il doit toujours y avoir trois hommes à l’intérieur. Si Wahl E. et le Sergeant se percutent lors de leur numéro commun, Charlie doit faire entrer les équipes de sauvetage à l’intérieur du chaudron. La porte du mur de la mort est construite de telle manière qu’elle ne s’ouvre que de l’intérieur.

Wahl E. et le Sergeant commencent le programme de leur show avec l’« Australian Criss Cross Race », une course poursuite. Pour la cascade, les deux pilotes doivent estimer la distance à laquelle se trouve l’autre au simple bruit des moteurs, et espérer que le pote ne commette pas d’erreur de pilotage.

Le Wall of Death en mode maboule : Wahl E. poursuit le pilote de kart Sergeant Mikey J.
The Wall of Death

Wahl E Walker (à gauche) poursuit Sergeant Mikey J. aux ocmmandes de son kart.

Wahl E. et le Sergeant démarrent leurs machines et grimpent sur le mur. Ils effectuent des cercles parallèles à une distance d’une longueur de bras, s’écartent l’un de l’autre et se pourchassent sur la paroi verticale. Le chaudron vibre sous le poids de leurs machines. Lorsque l’un d’eux se rapproche du bord supérieur, feignant de foncer sur eux, les fermiers reculent, effarés. 

Le public est échauffé. 

Les deux pilotes se rapprochent du sol en tournant et arrêtent leurs machines au milieu du motodrome. 

À présent, c’est au tour de Charlie. 

Il boite.

The Wall of Death

Le style compte aussi : Charlie se prépare dans sa caravane.

Et s’assoit avec peine sur l’Indian Scout, année de fabrication 1926, une bécane sacrée pour les pilotes sur paroi verticale. Une machine avec un centre de gravité bas et un châssis particulièrement robuste. Charlie démarre le moteur. L’Indian commence à tourner dans un bruit assourdissant.

Charlie est déjà sur le mur. Une odeur d’essence se dégage à présent du chaudron. Les effets de la force centrifuge l’écrasent, lui et le triple de son poids, sur sa moto. Charlie bloque l’accélérateur sur 50 km/h.

Puis il lâche les deux mains du guidon. Charlie tourne sans les mains dans le mur de la mort. Et déclenche la jubilation. 
Au micro, Wahl E. invite les spectateurs à déplier des dollars et à les tendre à l’intérieur du chaudron. Charlie les attrapera directement dans leurs mains. 

The Wall of Death

Le calme après la tourmente : Charlie et sa chienne Bull Terrier Mischief se détendent dans la caravane.

Il tourne, se lèche les doigts. Puis il vise le bout des doigts des spectateurs. Brooom ! Il attrape à la vitesse de l’éclair. Brooom ! Un billet de dollar par tour. On sent le souffle d’air déplacé lorsqu’il passe sur l’Indian. Charlie collecte les dollars pour le fonds des motards blessés.

C’est la grande ironie du spectacle : un pilote cascadeur met sa vie en danger pour financer ses frais d’hôpital. Après dix tours, Charlie fait redescendre sa machine. D’abord de la paroi verticale au plan de départ incliné, puis au sol du chaudron. Le spectacle s’est bien passé. Charlie croule sous les applaudissements. Pendant un court instant, il oublie la douleur dans sa cheville droite.

Ne bougez pas : les dollars que Charlie collecte dans le mur iront au fonds pour les motards blessés.

Une demi-heure après le spectacle, le trompe-la-mort est allongé sur une chaise de camping branlante, le pied surélevé. Il a pris sa guitare dans la caravane et joue quelques accords. La guitare est un modèle spécial : elle a pour caisse de résonance le caisson lumineux rouge laqué d’un Harley-Davidson Hummer. 

Charlie confie n’aimer que trois choses dans la vie : sa mère, sa moto et le Wall of Death. Il a pris dans ses bras des visiteuses qui sortaient en tremblant du motodrome après son spectacle. Et s’est réjoui de voir le visage des machos qui ont reculé de peur lorsqu’il leur a foncé dessus avec l’Indian Scout. 

Et le risque de tomber ? 

« La douleur fait partie du jeu lorsque tu crois en ton rêve », affirme Charlie. « C’est le métier de mes rêves, précise ce motard d’une espèce rare. Si tu peux t’en sortir avec peu d’argent, c’est une belle vie. » Puis Charlie Ransom se lève de la chaise longue et retourne au motodrome en boitant. Son prochain spectacle commence dans dix minutes.

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04 2016 The Red Bulletin

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