Lisa ZImouche

PSG ou foot freestyle ? Le choix du cœur

Texte : Nicolas Guiloineau
Photo : Dean Treml

Lisa Zimouche aurait pu être la nouvelle star du PSG, elle a préféré le foot freestyle. Un coup de tête ? Sûrement pas. Autopsie du moment où, pour elle, tout a basculé. 

350 000 fans sur Facebook, près du double d’abonnés sur Instagram. Membre de Street Style Society (S3), Lisa Zimouche est un des principaux visages du foot freestyle dans le monde. Et tout cela alors qu’elle n’a que 17 ans.

Depuis 10 ans, la Franco-Algérienne passe ses journées à taper dans un ballon. Il y a encore quelques mois, elle était titulaire au sein d’une des équipes de jeunes de la section féminine du PSG. Milieu offensive ultra-technique, sa trajectoire semblait toute tracée. Alors que le foot féminin est en plein boom, elle pouvait rêver d’une carrière à la Laure Boulleau, l’arrière centrale star du PSG et de l’équipe de France. Faire se lever les foules au Parc ou à Charléty et partir à la conquête de la Ligue des Champions. En somme, un monde de paillettes auquel Lisa a choisi de tourner le dos, pour se concentrer sur le foot freestyle et son univers plus confidentiel, plus alternatif.

Sa décision peut sembler incompréhensible, voire irrationnelle. En tout cas, elle vient du cœur. Retour sur ce moment si particulier où la vie de Lisa a pris un chemin… inattendu.

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Au milieu des plus grands… à seulement 12 ans

Septembre 2012. Lisa Zimouche s’envole pour Lecce en Italie avec sa mère. Son premier voyage en dehors des vacances familiales en Algérie. Elle s’apprête à participer au Red Bull Street Style, le plus grand rendez-vous de foot freestyle au monde. C’est sa première compétition. Elle n’a que 12 ans.

Lisa ne sait pas trop ce qui lui arrive. Probablement l’innocence de la débutante : « J’aborde ce voyage comme une semaine de vacances. J’y vais l’esprit tranquille, pour voir en vrai les freestylers que je regarde sur le net, discuter et rigoler avec eux. » Elle en parle à ces potes de collège : « Ils n’en reviennent pas, ils me demandent pourquoi je vais rater une semaine de cours. » Sa réponse ? Elle va rejoindre l’élite mondiale du freestyle. En toute simplicité !

L’aventure débute par deux jours de tournage promo. « C’est mon premier shooting, je suis émerveillée : on est sur une grande place, il y a des drones partout. » Habituée à travailler dans son coin, la voilà entourée de tous les plus grands de la discipline : « On est tous en train de freestyler les uns à côté des autres, c’est incroyable. » Lisa profite du moment. Elle fait connaissance avec les meilleurs mondiaux, s’amuse, rigole.

Lisa Zimouche

Naissance
29 juin 1999 (17 ans)

De 
Malakoff (92)

Début 
Elle commence le freestyle à 10 ans.

Palmarès
3e du Red Bull Street Style 2012 à Lecce, en Italie. 4e du Red Bull Street Style 2013. Championne du monde de panna en 2014.

Actuellement
Suit des cours en Terminale STMG (sciences et techniques de management et de gestion).


La compétition démarre vite, les qualifications s’enchaînent déjà. Les 8 filles sélectionnées s’affrontent dans un mini-championnat. Seules les 4 meilleures gagneront le droit de participer à la phase finale, en public. En coulisses, Lisa attend son tour. L’annonce de son premier battle approche. Elle va enfin pouvoir lâcher les gestes techniques qu’elle a appris pour tenter d’imiter les stars du foot qu’elle admire depuis toujours.

« Je voulais juste apprendre des gestes techniques »

Messi, Ronaldinho, Nani ou Ben Arfa… voilà les joueurs qui l’ont fait basculer dans le foot dès 6 ans. Des joueurs spectaculaires, qui aiment les dribbles et les grigris : « Quand tu vois un joueur faire preuve de technique, tu kiffes encore plus le match. » En bas de chez elle, dans son quartier à Malakoff, elle tente de reproduire leurs gestes en jouant avec les gamins du quartier, puis s’inscrit à 7 ans en club. Elle participe aux matchs, et soudain le freestyle entre dans sa vie : « Des freestylers de la team S3 étaient venus faire des initiations au tournoi Foot de Rue en 2010. Ils m’ont appris quelques gestes et ont organisé des battles entre les enfants présents. J’ai tout de suite kiffé. Je suis rentrée chez moi et j’ai regardé plein de vidéos de freestyle sur YouTube. Ça m’a donné envie de prendre une balle et de m’entraîner. »

Durant 6 mois, seule, elle tente d’apprendre les gestes de base. Complément naturel du football, elle voit le freestyle comme un moyen de progresser sur le terrain : « Mes premiers entraînements, c’est uniquement pour le plaisir d’apprendre. Je ne connais pas du tout le milieu, je ne sais même pas qu’il y a des compétitions. Je veux juste apprendre des gestes techniques. »

La rencontre avec Séan Garnier et le S3 accélère les choses. « Je les suis sur Facebook puis je me rends aux entraînements qu’ils organisent. » Lisa progresse vite, très vite, et découvre un univers qui dépasse largement le cadre du foot : « À Paris il y a un style particulier. Andreas et Séan sont des précurseurs. Ils ont créé leur propre mélange de freestyle, de danse hip-hop et de basket. » Elle est au cœur du mouvement… la greffe prend.

« Quand tu vois un joueur faire preuve de technique, tu kiffes encore plus le match. » Lisa Zimouche

© YouTube // Lisa Freestyle

Trébucher dès la première marche

Lecce, Red Bull Street Style. Pour son premier battle, Lisa affronte Alice Fougeray de six ans son aînée. Elle ne fait pas le poids. « Ce battle, je l’aborde de manière trop cool. Je me suis mal échauffée. » Ses passages sont déstructurés et inégaux. « Je ne suis pas du tout dans le bon état d’esprit. Je suis encore sur mon petit nuage. »

Des étoiles plein les yeux certes, mais sa préparation tronquée explique également ce démarrage chaotique. Alternant encore entre freestyle et foot, Lisa se blesse à l’entraînement. « Je me suis fait un claquage à l’adducteur lors d’un five avec mon groupe. Ensuite, je suis parti en Algérie pour des vacances avec ma famille. J’ai voulu m’entraîner là-bas mais la douleur était persistante, je n’ai rien pu faire. »

Qui sont-ils ?

Séan Garnier
32 ans, vainqueur du Red Bull Street Style 2008, champion de France de freestyle en 2009, 2010 et 2012.

Alice Fougeray
22 ans, vice-championne de France 2009, 2e du Red Bull Street Style 2013.

Laura Biondo
26 ans, championne d’Amérique latine 2014, championne d’Europe en 2014.

Mélody Donchet
26 ans, vainqueur du Red Bull Street Style en 2014 et en 2016.

Andrew Henderson
24 ans, vainqueur du Red Bull Street Style 2014.


Trois semaines sans toucher un seul ballon, une torture pour elle. Il ne reste alors que quinze jours pour s’entraîner, sans parler des nouvelles règles à apprendre : « 1vs1, 3 minutes, un seul ballon qu’on se passe, des passages de 30 secondes. Il faut être stratégique, passer des gestes techniques très rapidement dans le premier passage, assurer dans le deuxième et à nouveau lâcher des gestes dans le troisième. » Elle s’auto-coache et prépare ses passages elle-même : « J’écris et je prépare tout à l’avance, une première pour moi. »

Analyser, s’adapter, tout donner

En Italie, son premier affrontement est perdu. Remonter la pente parait quasi-impossible. Pourtant Lisa se libère. Elle surveille le niveau de ses adversaires, leurs enchaînements et adapte ses passages. Le revirement est spectaculaire. Elle enchaine victoires sur victoires et arrive aux portes de la phase finale.

Après 6 battles, le 7e face à Laura Biondo est décisif. Lisa ne perd pas de vue son objectif. « Je me dis : ‘’Il faut que tu gagnes, il faut que tu sortes des gros tricks quitte à les dévoiler plus tôt que prévu.’’» La Franco-Algérienne a un avantage : elle connaît son adversaire. « Laura n’est pas n’importe qui dans le freestyle féminin. Mais je sais ce qui peut me permettre de me démarquer d’elle. Et puis je suis proche d’elle depuis le début de la semaine, du coup on discute et on rigole beaucoup ensemble, ça m’aide aussi à mieux la cerner. »

Lisa puise dans ses inspirations breakdance et décide d’adopter une attitude plus agressive : « Je cherche à avoir une interaction avec elle, je la chambre quand elle passe. » Une phase mal réalisée ? Lisa snobe par un petit geste désinvolte. Le ballon échappe à son adversaire ? Lisa répond en tapant au sol pour marquer l’erreur. « À cet instant, les freestylers ne comprennent pas trop cette attitude, ils pensent que c’est de l’arrogance. » Sauf qu’en réalité, le mot battle prend tout son sens. Et ça paie. L’Italo-Vénézuélienne est déstabilisée, commet erreur sur erreur. Sûre de son coup, Lisa s’impose et ne va même pas vérifier le classement final affiché plus loin.

Deux jours auront suffi à cette petite fille pour bousculer les codes du foot freestyle et gagner le respect de ses pairs. À 12 ans elle est propulsée en demi-finale du Red Bull Street, au cœur d’un amphithéâtre antique, devant plusieurs milliers de personnes. Elle va devoir affronter un membre de son crew, quelqu’un dont elle est proche : Mélody Donchet

Lisa Zimouche et Mélody Donchet

Mélody Donchet (en action) pour la France face à Lisa Zimouche pour l’Algérie lors de la finale du Red Bull Street Style à Lecce, Italie, le 22 septembre 2012.  

© Damiano Levati

Le trou noir

Dans l’arène, l’ambiance est digne d’un match de Calcio. « Les spectateurs sont super actifs et je ressens leur énergie. Mais tous ces gens qui me regardent, c’est nouveau pour moi ». La scénographie, les lumières et la musique ne l’aident pas. « Il y a un seul et même DJ pour les deux jours de qualifs et la finale. Et il passe toujours le même son. En finale, ça me rend ouf. »

Lisa perd ses moyens : « Je suis comme paralysée. C’est vraiment bizarre, c’est la première fois que ça me fait ça. Sur scène, je ne suis pas moi-même. Je fais mes gestes mais je ne les sens pas. Je ne sais plus ce qu’il faut que je fasse ensuite. » Elle oublie tout ce qu’elle avait prévu de faire durant ses passages : « J’essaie de placer les tricks que j’avais préparé mais je perds ma concentration. »

Lisa puise dans ses inspirations breakdance et décide d’adopter une attitude plus agressive. […] « À cet instant, les freestylers ne comprennent pas trop cette attitude, ils pensent que c’est de l’arrogance. » Sauf qu’en réalité, le mot battle prend tout son sens. Et ça paie.


Premier passage, elle s’embrouille dans ses premières figures au sol. Deuxième passage, elle laisse échapper le ballon en se relevant après un pop (figure qui consiste à envoyer le ballon dans les airs en restant sur ses appuis au sol). Lisa est lessivée : « Les journées ont été vraiment chargées. Mon corps n’était pas préparé à ça. Beaucoup d’attente entre les battles. Il faut trouver la technique pour ne pas avoir à se rééchauffer. Et il y a évidemment beaucoup de stress et de pression. »

Puis vient le trou noir du dernier passage. Elle passe un temps fou à faire de petits jongles sans envoyer la moindre figure marquante. « Même quand Mélody fait ses passages, je n’arrive pas à mettre mes idées en place. J’oublie de regarder le chrono… bref, ma tête est autre part. »

Le battle passe à vitesse grand V. Lisa ne se fait aucune illusion : « Quand je sors de scène, je sais que j’ai perdu et je m’en veux énormément. »

Sa famille est là

Pas de repêchage ni de petite finale. Les résultats des qualifications sont conservés et Lisa, 12 ans, termine sa première compétition sur la 3e marche du plus gros contest au monde de Foot Freestyle.

L’exploit est évidemment immense. Mais surtout, en une semaine, Lisa aura vécu plus d’émotions qu’en 5 ans de foot. Sa famille est là. Elle le sait maintenant.

Elle avait déjà sa sœur, qui pratique le breakdance, et dont elle tire son esprit de compétition. Sa mère qui la soutient constamment. Elle avait aussi Mélody, Wassim et Séan Garnier, qui l’aident techniquement et grâce à qui elle a pu participer à cet événement. Vient maintenant s’ajouter toute la scène freestyle mondiale. « Je me rends compte que tout le monde s’aide et se donne des conseils. Je peux échanger avec de grands freestylers comme le Britannique Andrew Henderson. On se montre des tricks, on fait quelques jongles, ça nous fait rire. »

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Retour en région parisienne. Quelques jours plus tard, c’est la descente : « Je continue le foot mais je n’ai plus la même vision qu’avant. Les règles et les limites me sautent aux yeux. » Lisa intègre pourtant le PSG mais la motivation est ailleurs : « Jouer à une touche de balle, faire beaucoup de passes… je respecte, mais j’ai toujours envie de porter le ballon et de faire des dribbles. »

Gérer à la fois le freestyle et le foot devient difficile. « J’étais moins motivée, ça se voyait dans ma façon de m’entraîner, dans mes matchs. Dire finalement non au PSG, c’est compliqué, mais à ce moment, j’ai senti que je devais faire un choix. Je voulais continuer dans le freestyle. Je l’ai annoncé à mes entraîneurs, ils n’ont même pas été surpris. »

Si Lisa regrette quelque chose ? À regarder son palmarès bien garni, ses posts Instagram likés par Cristiano Ronaldo et Drake, ou encore les tournages avec Paul Pogba, la réponse est simple : elle n’a que 17 ans ! Alors tout ceci n’est que le début. 

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12 2016 The Red Bulletin

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