Luc Abalo Handball CM

Luc Abalo : le pro de la « roucoulette »

Texte : PH Camy
Photo : Chris Saunders

Du 11 au 29 janvier, huit parquets en France se transforment en zones de conflit pour les Championnats du monde masculins de l’un des sports les plus populaires en Europe. Focus sur l’ailier et arrière droit de l’Équipe de France de handball.

THE RED BULLETIN : Luc, le handball se rapproche-t-il d’un sport de combat ?
LUC ABALO : Il y a beaucoup de combats dans le hand, mais ça dépend des positions, plus tu défends au centre, plus tu es amené à te battre. C’est simple, tu vois comment est faite la zone ? Le but est au milieu, donc on est plus amené à vouloir tirer au centre de la zone, c’est plus facile, la cage est plus grande que sur les côtés. C’est là où va se concentrer la baston. Personnellement, je suis sur le côté en défense, donc moins dans cette zone de combat. Du moins en équipe de France, car j’ai joué dans des clubs où j’ai été amené à défendre plus au centre de la zone.

Dans cette fameuse zone que vous avez pratiquée, on se prend des manchettes, des béquilles, des coups divers…
Tout ce que vous citez, c’est le quotidien des grands joueurs, de ceux qui n’ont pas peur d’aller au charbon.

Certains auraient peur de s’engager sur le terrain ?
Il y a des joueurs qui, inconsciemment, n’aiment pas cela. Si en début de match, tu leur mets des « gifles », ils auront du mal à revenir, ou se mettre dans le match, car ils éviteront le contact. Mais ça peut aussi faire d’eux des joueurs dangereux, car ils font tout pour éviter le contact.

Comment peuvent-ils être dangereux dans ce cas ?
Quand un joueur ne va pas au contact pour tirer, il est plus dans la facilité, et met le gardien en difficulté. En fait, le but d’un défenseur, c’est de toucher l’adversaire, pour l’empêcher de bien ajuster sa frappe, et certains joueurs savent que dès qu’ils sont touchés, ils ratent, alors ils tirent de plus en plus loin.

Luc Abalo

Surnom : Lucio
Âge : 32 ans
Taille : 1,82 m
Poids : 86 kg
Numéro : 19

Poste : Ailier / Arrière droit

Sélections en équipe de France A : 215

Buts en équipe de France A : 703

1re sélection en A : 25 juin 2005 contre la Turquie (Jeux Méditerranéens d’Almeria) 


Il faut donc pervertir la qualité du tir adverse en touchant l’attaquant ?
Le but, c’est d’arrêter son bras, son armée.

Son armée ?
Oui, parce que tu armes, et tu tires.

Donc le joueur qui ne souhaite pas aller au contact arme et tire de plus loin, c’est bien cela ?
Tu as même des types qui deviennent des spécialistes du tir de très loin…

Des snipers ?
Voilà, ils ne viennent plus au contact. Ça a toujours existé. Je m’intéresse vraiment au handball depuis 20 ans, et si je regarde les matches d’archive, dans les années 80, ça tirait moins de loin, ça allait plus au contact, ça faisait des un contre un. Aujourd’hui, les mecs tirent à 10-11 mètres. L’armée va vite, le tir va vite, tu as moins le temps de préparer le contre.

En contre, les mains prennent cher ? Les doigts ?
Non, ça ne fait pas mal. À part si tu prends la balle sur la tête, en suspension. Généralement, elle tape les bras, tu ne sens rien.

Ça doit quand même brûler un peu… Comment fait-on pour prendre les coups, et se dire que ça ne va pas faire mal, ne pas avoir peur ?
Je me suis souvent posé la question quand je regardais d’autres sports, je me disais que je ne pourrais pas aller sur un ring par exemple. Je pense que c’est une question d’habitude. J’ai commencé à 14 ans, c’est déjà tard, mais l’intensité arrive progressivement. Plus tu grandis, plus c’est rude. Si demain tu mets un trentenaire qui n’a jamais fait de hand sur un terrain de haut niveau, les coups, il va les sentir (rires).

« Une épaule costaude, des tirs maîtrisés, ça veut dire plus de buts, mais tout cela, ça se travaille. »

Le joueur s’endurcit, comme le jeu ?
Notre corps est comme le cerveau, il s’adapte aux situations. Quand tu intègres une équipe qui s’entraîne plus durement que ton équipe précédente, tu galères pendant deux ou trois semaines, et tu t’adaptes. Ton corps progresse dans l’effort, comme il s’adapte aux « risques du métier » (rires). Même un mec qui arrive sur un terrain sans crainte ne sera pas prêt pour certains coups. Tu ne sais pas comment retomber, les éviter, les amortir. À force de pratiquer un jeu plus dur, ça fait partie de tes acquis.

Quel coup t’as fait le plus mal ? Lequel t’as le plus marqué, littéralement ?
Je me suis déjà cassé le nez, mais ça ne se voit pas. J’ai pris un coup de genou…

Un genou sur le nez ? Bizarre ?
Il y avait une balle au sol, je plonge dessus pour la récupérer, je la récupère, et là, il y a un bouffon… (rires) je dis ça parce que ça m’a énervé sur le coup… C’était en Lituanie, le dernier match de ma saison avant les vacances. Il m’a niqué trois semaines de vacances. On avait gagné le match, il n’y avait plus rien à faire, le mec s’est débattu et son genou est arrivé dans mon nez. Ça fait super mal.

Tu préserves ta main gauche, celle connue pour ton tir « signature », « la roucoulette » ?
J’ai de la chance, pour l’instant, je n’ai pas eu de souci. La roucoulette, c’est un tour. Il y a des mecs qui s’en servent mieux que moi. Ça se travaille. En répétant le mouvement. Tu te mets devant un but, et tu tires, tu tires, tu tires. Le cerveau, à force de répéter, enregistre plein de choses, à force d’essayer d’être précis sur un mouvement… c’est comme si tu poses cette corbeille à papier à 10 mètres et que tu essaies d’y envoyer une boule de papier, et que tu répètes, répètes. Le lendemain, tu vas mieux y arriver. Une semaine après, ce sera encore plus facile, et bientôt, tu pourras le faire les yeux fermés. La répétition fait l’acquis.

À un niveau comme le vôtre, on pourrait considérer que l’acquisition est parfaite sur des tirs main gauche, qu’on n’a plus besoin de s’entraîner…
Justement, il faut continuer à bosser. Il y a des périodes où j’ai perdu ces acquis sur la roucoulette. Sur des périodes où tu t’entraînes moins sur un tir ou un entraînement, tu te rends compte que tu ne sais plus le faire. Je ne dirais pas que j’ai perdu mon handball, mais en me concentrant sur certains aspects du handball et moins sur d’autres, ce que je savais très bien faire, je les ai perdus.

Ce Mondial, vous le préparez spécifiquement ?
Il y a plusieurs façons de le préparer. Tu peux continuer à travailler tes points faibles, encore faut-il avoir une bonne analyse de soi. Ils sont souvent physiques. Pour moi, ça pourrait être la force, être plus fort pour la défense, pour l’attaque, dans les duels, quand un joueur nous tient, avoir plus de force pour le repousser. Travailler les abdos, on a toujours besoin d’être plus fort à ce niveau là. Avoir une épaule plus costaude, pour se protéger des joueurs qui t’arrachent le bras, et tirer plus fort. Une épaule costaude, des tirs maîtrisés, ça veut dire plus de buts, mais tout cela, ça se travaille.

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01 2017 The Red Bulletin

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