Magnum : 70 ans de photo de sport

Magnum : comment s’est bâtie la légende

Texte : Robert Sperl
Photo : Thomas Hoepker/Magnum Photos

L’agence Magnum, cet « édifice de pensée » selon Cartier-Bresson, célèbre cette année 70 ans de photographie. À cette occasion, The Red Bulletin inaugure une exposition dont le focus porte sur le sport.
Henri Cartier-Bresson
Henri Cartier-Bresson (1908-2004)

« Magnum est un édifice de pensée, une qualité humaine partagée, une curiosité portée sur ce qu’il se passe dans le monde, le respect que cela inspire et le désir de le représenter visuellement. »

Lors de la création de l’agence photographique Magnum au printemps 1947 à l’occasion d’un déjeuner au Museum of Modern Art de New York, les pères fondateurs n’avaient pas le sport dans leur objectif.

Robert Capa, William Vandivert, David « Chim » Seymour, George Rodger et Henri Cartier-Bresson avaient tous été correspondants de guerre. Ce qui les animait désormais, c’était la nécessité de combler la curiosité de leurs concitoyens par d’autres choses que les horreurs de la guerre.

Rassemblant reporters et artistes, l’équipe de photographes de Magnum était à la recherche de formats inhabituels. Tous s’obligeaient à la plus grande qualité : jusqu’à présent, seule une centaine de photographes se sont qualifiés pour une collaboration avec l’agence. 

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Leur travail était souvent un combat contre le mainstream auquel les magazines, les illustrés et les revues étaient contraints à l’époque. Il était nécessaire que Magnum ne soit pas qu’une institution artistique mais qu’elle veille en tant qu’édifice économique – les membres apportaient des contributions dont tous tiraient des avantages – à une nécessaire indépendance vis-à-vis des clients.

Best of Magnum : 70 ans de photo de sport

Portfolio exclusif  : les bâtisseurs du sport moderne par les photographes de l'agence Magnum. Un K-O esthétique assuré ! The Red Bulletin, le magazine des hommes d'action !

Et même lorsque, à l’époque de la fondation, les thèmes sportifs ne jouaient quasiment aucun rôle, si des génies tels que Robert Capa ou Henri Cartier-Bresson s’exprimaient, il était impossible de ne pas remarquer leur maîtrise artistique. Les clichés de Capa des lutteurs en Géorgie étaient un exercice d’une fabuleuse habileté, en 1947.

On comprend l’estime portée à Capa à l’époque au travers des faits suivants : John Steinbeck, auteur d’un reportage sur la Russie dans le Ladies’ Home Journal, détenteur du prix Pulitzer et plus tard du prix Nobel de littérature, fut récompensé de 3 000 $. Capa, lui, reçut 20 000 $ (une voiture coûtait à cette époque environ 1 500 $). 

Robert Capa

The Face in the Surf : l’un des cinq clichés du D-Day publié dans Life, en juin 1944.

© ROBERT CAPA/INTERNATIONAL CENTER OF PHOTOGRAPHY/MAGNUM PHOTOS

Techniquement, ce n’était pas un problème pour les photographes de Magnum de trouver leurs marques dans la photographie de sport. Le credo de Capa : « Si vos photos ne sont pas assez bonnes, c’est que vous n’êtes pas assez près » était cyniquement valable tant pour les clichés pris sous le feu de l’ennemi que dans les photos des courses de chevaux, des combats de ring ou des jeux de baseball. Le matériel utilisé dans les tranchées avait la même qualité que pour le travail sur les pistes des courses : des appareils photo petits et rapides à manier, et une pellicule sensible. 

« Si vos photos ne sont pas assez bonnes, c’est que vous n’êtes pas assez près. »
Robert Capa
Che Guevara by René Burri

Che Guevara à la Havane en 1963.

© René Burri/Magnum Photos 

Dans son livre Images à la sauvette (1952), Cartier-Bresson parle du devoir du photographe de fixer des impressions d’événements éphémères, il décrit précisément le point décisif de la photographie de sport chez Magnum : l’objectif n’est pas de figer une action afin que l’observateur puisse consommer une autre fois ce moment. Il s’agit de regarder par-delà le décor de l’action.

Qui plus est, les photographes de Magnum étaient de formidables narrateurs sportifs. Une seule image détenant de nombreux détails (expressions faciales, nuances, demi-tons…) dévoilait plusieurs niveaux de lecture d’un même événement. D’abord, l’attention et l’imagination du contemplateur étaient retenues puis guidées dans une réflexion portant sur cet événement. 

the book marking the anniversary

Magnum Manifesto, le livre anniversaire.

Les photographes de Magnum ont toujours considéré le sport comme un défi particulier, même Jonas Bendiksen. En hiver, il s’extrait souvent de son travail de photographe documentaire pour aller saisir des motifs spéciaux lors de ses descentes à ski. Comme en 2014, avec le freeskieur Henrik Windstedt : « Les moments les plus intéressants pour moi sont quand le sport et l’art se rencontrent. » Les photographes de Magnum sont prêts à investir tout le temps les efforts et la patience nécessaires pour rester à l’affût.

Thomas Höpker a pris quelques-uns des clichés les plus authentiques de Mohammed Ali, qu’il accompagna pendant près de 30 ans. En cherchant à se rendre invisible, il parvenait à subtiliser et à fixer sur la pellicule un instant, une expression qui échappaient à la méfiance du boxeur. Höpker s’inspirait de la technique de sa consœur au sein de l’agence, Inge Morath. Sur le tournage du film Les Désaxés (1960), réalisé par John Houston et dont le scénario est signé Arthur Miller, elle fut si discrète à se rapprocher de Marilyn Monroe qu’elle put en saisir son vrai visage. « Marilyn maîtrisait toutes les ficelles pour poser et simuler », raconte la photographe qui, elle, maîtrisait toutes les ficelles pour la percer à jour.

L’agence Magnum invitée au Hangar-7
 
​Salzbourg (Autriche)
hangar 7

© HELGE KIRCHBERGER PHOTOGRAPHY/RED BULL HANGAR-7

L’exposition Les 70 ans de la photographie de sport sera ouverte du 5 avril au 1er mai 2017 (entrée libre). Le Hangar-7, c’est une architecture unique qui rassemble une collection d’avions historiques des Flying Bulls et des voitures de Formule 1. Outre l’espace consacré aux expositions, le Hangar-7 abrite le restaurant Ikarus, deux bars, un lounge outdoor et un café. Il accueille de nombreux événements et se révèle être un lieu de rencontre idéal pour les amateurs d’art. 

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04 2017 The Red Bulletin

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