Mélanie Astles Red Bull Air Race

Mélanie Astles,
femme pilote

Entretien : Werner Jessner
Photos : Alberto Lessmann / Red Bull Content Pool 

Mélanie Astles est la première pilote à intégrer le Red Bull Air Race. Garder la tête froide lorsque la pression monte est la règle d’or de la Française.

THE RED BULLETIN : Établissez-vous une checklist avant de vous rendre à une réunion importante ?

MÉLANIE ASTLES : Oui. La même qu’avant de monter dans mon avion. Je me représente mentalement les  minutes à venir de trois manières différentes : en accéléré, en mode lecture normale et au ralenti. Puis j’anticipe mes réactions en fonction. Le reste, c’est un exercice de respiration pour rester détendue.  

Cette stratégie, vous l’avez développée vous-même ?

Non, l’exercice de représentation en trois modes de vitesse différents m’a été conseillé par un coach mental. J’absorbe les informations de beaucoup de personnes autour de moi et choisis celles qui me conviennent. Je réalise très vite ce qui fonctionne ou pas. Pour cela, je dois faire confiance à celles et ceux qui me donnent des conseils. Avant tout parce qu’une fois en l’air, tu ne peux pas faire d’erreurs.

La confiance découle-t-elle de l’expérience ?

Parfaitement. Et pourtant, tu continues toujours d’apprendre, tu y es forcée. Lors des championnats du monde de voltige aérienne, la manette d’accélération de mon avion a lâché juste avant un passage décisif. La machine ne pouvait plus voler, ni même être réparée. J’ai fondu en larmes derrière le hangar. Un pilote italien m’a vue, et m’a prêté son avion. Je ne connaissais pas ce modèle, j’ai ravalé mes larmes et me suis bricolé un siège de fortune avec des coussins. J’avais trois manœuvres pour tester comment la machine réagissait avant de passer aux choses sérieuses. Et je suis passée de la huitième à la quatrième place avec une machine inconnue. Et 66 départs.

Faites-vous souvent de l’impro ?

Tout le temps. Aux commandes d’un avion, tu évites mal un pylône, dans la vraie vie, ton petit ami te quitte ou tu perds ton boulot. Et il faut continuer malgré tout. Redresser la situation d’une manière ou d’une autre. Sans perdre de vue ton principal objectif à atteindre.

© YouTube // FAI Air Sports Channel

Concrètement, que faites-vous après un mauvais départ ?

Je deviens agressive.

Votre carrière n’a pas débuté de manière très simple. Vous avez travaillé dans une station-service pour vous payer vos heures de vol…

J’ai même été SDF. Car je mettais tout mon argent dans ma formation de pilote. Absolument tout. J’étais vraiment dans la merde.

Des idées noires ? Mauvais souvenirs ?

Et comment. Que les autres doutent de toi, c’est normal. C’est quand tu te mets à douter de toi-même que ça se complique. Mais dès que j’étais assise aux commandes, je savais pourquoi je faisais tout cela.

« La précipitation est dangereuse. »
Mélanie Astles

Connaissez-vous la sensation de panique ?

La panique ? Non. Le stress? Oui. Comme tout le monde. Mais j’ai la capacité de bien gérer mon stress. Quand il commence à pointer, je respire profondément. Et seulement après je réagis. Ça fonctionne aussi bien dans l’avion que pendant une discussion difficile. Plus d’erreurs sont commises quand on réagit trop vite qu’inversement. Tu as le temps. Il te reste toujours une seconde de plus que ce que tu crois.

Le rationnel prime-t-il sur l’instinct ?

Absolument.

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04 2016 The Red Bulletin

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