Michael Guigou Handball CM

Michaël Guigou : « Des orteils à la tête, rien n’est épargné »

Texte : PH Camy
Photo : Bastien Bonnarme

Du 11 au 29 janvier, huit parquets en France se transforment en zones de conflit pour les Championnats du monde masculins de l’un des sports les plus populaires en Europe. Focus sur l’ailier gauche de l’Équipe de France de handball. 

THE RED BULLETIN : Michaël, pour vos camarades et joueurs cadres de l’équipe de France de handball, il est évident que le hand est un sport de combat. D’accord ?
MICHAËL GUIGOU : Bien sûr. Le défi physique y est important, avec du contact, donc oui, complètement. Pour ma part, je me bats face à des joueurs qui font 20 à 30 kg de plus que moi, car je fais partie des plus petits joueurs de ma discipline (1,79m, ndlr). Dans le duel, quand je suis en défense, face à des joueurs d’au moins mon gabarit ou un peu plus grands, j’essaie de jouer sur la rapidité, l’anticipation, la dissuasion.

Quelle est votre arme sur le champ de bataille ?
C’est le cerveau qui est le plus important, pour bien gérer la distance au combat, anticiper, bien compter. Le cerveau est aussi un muscle très important dans notre sport, pour la rapidité à enregistrer les informations ou la préparation que l’on fait, par vidéo ou autre.

MICHAËL GUIGOU

Surnom : Micha
Âge : 36 ans
Taille : 1,79 m
Poids : 78 kg
Numéro : 21
Poste : Ailier gauche
Sélections en équipe de France A : 235

Buts en équipe de France A : 841
1re sélection en A : 3 juillet 2002 au Japon contre le Japon 


Quand les chocs arrivent avec des gars qui font 20 à 30 kg de plus, où est-ce que ça tape, où est-ce que c’est douloureux ?
Quand on est dans le combat, ça n’est pas forcément douloureux, même si on a ses limites. Là où ça impacte ? Au niveau du torse, du dos, du haut du corps. Tout le gainage : abducteurs, abdos, isios, pubis et compagnie, le dos, tous les membres, toutes les parties sont sollicitées. Peu d’endroits sont épargnés. Du bout des orteils jusqu’à la tête.

Quel fut votre pire choc sur un terrain ?
J’ai récemment pris un KO face à un joueur qui faisait 50 kg de plus que moi. Contre Moscou. À deux minutes de jeu, j’ai pris un coup sur le côté. Je me retournais, je n’ai pas vu le joueur arriver, il m’a mis un coup d’épaule. J’ai pris un choc sur le visage, je suis tombé par terre, ma tête a tapé le sol. J’ai eu une perte de connaissance, deux-trois secondes.

La partie était alors terminée pour vous ?
Non, je suis rentré à nouveau à la 4e minute. Et j’ai fini le match, mais c’est après que j’ai galéré, j’ai eu très mal au dos, des vomissements, des troubles de la vision. C’est pour ça que oui, le sport de combat, je l’ai pris de plein fouet. J’ai essayé de jouer le match d’après, mais j’avais trop mal.

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© Facebook

« Il faut vraiment que les douleurs soient extrêmes pour ne pas être sur le terrain. »

D’autres souvenirs douloureux ?
Mes chevilles ! J’ai subi une quinzaine d’entorses à chaque cheville et je me suis fait opérer d’un ligament à la cheville gauche en 2007, j’ai eu deux nettoyages du genou gauche aussi. J’ai eu ma première entorse à la cheville à l’âge de 7 ans. Dans le « money time », je m’étais fait bousculer en l’air lors d’une finale départementale. Dès le début, dès le plus jeune âge, tu peux être soumis à des choses comme celles-là. Après, cheville gauche, genou gauche, c’est lié à des efforts, à un combat sur le terrain depuis le plus jeune âge.

Si jeune, on pourrait se dire « je n’ai pas envie d’avoir mal, j’arrête ! » ?
À cet âge là, au contraire, tu n’as qu’une envie, c’est d’y retourner !

Après des années de carrière, on a toujours envie d’y retourner quand ça tape ?
Aujourd’hui, je me sens beaucoup mieux que j’ai pu me sentir dans ma carrière. On fait avant tout un métier où on prend énormément de plaisir. Malgré tout, on a qu’une envie, c’est être sur le terrain, en forme, continuer à travailler, bosser la muscu…  On sait que ça fait partie du métier.

Le plus important au hand, pour Michaël Guigou, c’est quoi ?
Les victoires, le plaisir partagé sur le terrain avec les joueurs et le public. Aussi, ce n’est pas un métier que l’on fait toute notre vie. Je dis un métier, mais je crois que c’est avant tout une passion, il ne faut pas l’oublier. Quand je vois mes potes jouer et que je ne peux pas être sur le terrain, je n’ai qu’une envie, c’est d’être avec eux.

Qu’est-ce qui peut vous retenir hors du terrain ?
Il faut vraiment que les douleurs soient extrêmes pour ne pas être sur le terrain. Quand on dit qu’on ne peut pas, c’est qu’on ne peut vraiment pas. On va toujours au bout de nous-mêmes. Tant que le corps ne dit pas stop, on donne toujours au max !

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01 2017 The Red Bulletin

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