Michel Bourez

Guerrier des océans

Photo ci-dessus : fntofoto.com
Photo teaser : Ben Thouard / Red Bull Content Pool 

Candidat au titre mondial, le surfeur Michel Bourez a fait sien le tube de l’excellence. Le jiu-jitsu a permis à ce Polynésien d’accéder au top 5 mondial.

Si vous surfez les vagues de Biarritz ou d’Hossegor, plus de 16 000 km vous séparent de celles de la petite île (une trentaine de km²) de Rurutu, Polynésie française, où Michel Bourez naît en 1985. Des photos le montrent sur une planche dès 7 ans, à Tahiti, où sa famille s’est ensuite installée. Les débuts du surfeur local ayant atteint le plus haut niveau sur la scène internationale.

Michel Bourez

Les rares jours où Michel ne surfe pas, il est dans un avion. USA, Afrique du Sud, Brésil, France… La saison 2015 compte onze étapes, dont une, essentielle, chez lui à Teahupoo.

© ALEX LAUREL

« En voyant les anciens aller à l’eau avec leurs surfs, ça m’a motivé, et avec mon grand frère, Naea, on s’y est mis. » Ses souvenirs, Michel Bourez les transmet lors d’un entretien mené en mars dernier, depuis Tahiti, entre les deux premières étapes de la World Surf League, le championnat du monde de surf. Il est au repos, en famille, auprès de sa femme, Vaimiti, une enseignante, et son fils de trois ans, Kaoriki. Les six jours précédents, Bourez a surfé non stop, sa vague, locale et mythique : Teahupoo. Passé par le football et la rame traditionnelle, le surf a finalement pris le dessus chez le Polynésien. Essentiel à son accession au surf pro, c’est Teva Zaveroni, fondateur du Rautirare Surf Club, qui permit au jeune Michel Bourez de se déplacer sur des compétitions locales. 

« Trouver des sponsors pour subventionner planches, déplacements et logement, c’est le plus dur pour un jeune d’ici, analyse le surfeur. On est peut-être au paradis à Tahiti, mais ici on est loin de tout. » C’est à 14 ans que Michel s’envole pour la première fois hors de la Polynésie. On l’attend à Bali, sur les championnats du monde des moins de 18 ans. Un quart de finale et un voyage « hallucinant » dans ses bagages retour, il dédiera sa vie au surf.

Michel Bourez

© Ben Thouard / Red Bull Content Pool

incarner des valeurs

À mesure qu’il progresse vers l’élite internationale, le Tahitien s’impose comme un phénomène de puissance et d’engagement. Surfeur unique, avec une lecture très personnelle des vagues, il progresse en marge du surf très aérien en vogue ces dernières années. Friand de grosses vagues, le natif de Rurutu se voit surnommé The Spartan (le Spartiate) par ses potes, en référence au film 300.

« Dans l’eau comme dans la vie, c’est très simple : tu me respectes, je te respecte »
Michel Bourez

 
Parmi les rares sportifs Tahitiens à s’exporter, il devient l’un des plus célèbres ambassadeurs de son île. Et car Tahiti est française, il est le meilleur surfeur tahitien et européen du moment, voire de tous les temps. Associé à deux drapeaux, Michel Bourez incarne un surf à part, et des valeurs. Celles d’un athlète élevé dans le « respect d’autrui et le sens du partage », par un père prof de maths et de sciences, très sportif, et une mère au foyer. Dans le milieu parfois rude du surf, il se démarque par son attitude, toujours positive, un savoir-vivre sur et hors les vagues.

« Si tu es respecté dans l’eau, tu seras respecté en dehors. Tu peux vite te faire une idée du comportement d’une personne dans la vie en l’observant dans l’eau. De mon côté, c’est simple : tu me respectes, je te respecte. »

Michel Bourez

© Alex Laurel

améliorer ses résultats

Depuis son entrée sur le circuit mondial en 2009, à l’exception d’une prometteuse sixième place en 2011, suivie de deux saisons moins réussies, Bourez n’avait jusqu’alors fréquenté que son top 15.

2014 sera l’année de l’exploit pour le Tahitien, doté d’un titre européen en 2006, qui devient le cinquième meilleur surfeur au monde, révélant son plus haut niveau.

La raison ?

Une rencontre, avec un art martial, le jiu-jitsu brésilien, et un homme, Yannick Beven. « J’ai longtemps pensé que je pouvais me débrouiller tout seul, sans coach, avoue-t-il. Mais je me suis finalement dit qu’il me fallait quelque chose pour améliorer mes résultats. Ce fut Yannick Beven. »

Yannick Beven & Michel Bourez

Dans le top 5 du surf mondial, Michel Bourez, 30 ans, a été surnommé The Spartan. Depuis 2013, Yannick Beven (à gauche) est présent à ses côtés.

© Jean-Baptiste Landry-Brassenx

Français né au Brésil, Beven fut un surfeur pro avant de se dédier au jiu-jitsu, cet art martial développé par les samouraïs japonais pour se défendre une fois désarmés, et reconnu par beaucoup comme l’art martial ultime. Ceinture noire, il est une figure du jiu-jitsu brésilien, variante de l’originale, qu’il adaptera aux surfeurs. « J’ai été mon propre cobaye », explique Yannick depuis Capbreton (Landes) où il a installé son dojo, la Y.BJJ Academy

​Son jiu-jitsu ?

« Une combinaison de techniques qui permettent de fortifier physiquement et mentalement l’athlète et d’améliorer la maîtrise de ses émotions. Dans le respect de son intégrité physique, en le préservant des blessures. »

MONSIEUR BEVEN ET LE JIU-JITSU

Yannick Beven, ceinture noire de jiu-jitsu et coach sportif, nous éclaire sur son enseignement, basé sur le jiu-jitsu brésilien, et notamment apprécié des surfeurs pros : 

« Le jiu-jitsu est un art martial différent des autres car il représente la méthode la plus efficace dans le système de combat réel. Dans le jiu-jitsu brésilien, le système de lutte au sol est plus technique, donc la force n’est pas nécessaire pour gagner. Le jiu-jitsu que j’enseigne n’est pas spécialement adapté aux surfeurs mais la préparation physique que je leur propose est ludique, ce qui évite des blessures à l’entraînement. » 

La méthode Beven séduira un grand équipementier de surf qui le sollicite pour accompagner ses champions, les Français Jérémy Florès et Miky Picon ou la star US Kelly Slater. Familier de la scène surf pro, Yannick y croise régulièrement Bourez.

« La première fois que je l’ai vu, j’ai cru que c’était un Hawaiien, il était très physique, avec des qualités pour devenir un bon athlète. Il lui manquait peut-être un suivi. » Yannick voit en Bourez un talent, du sérieux, un surfeur capable d’apprécier ses méthodes. En 2013, il lui propose de l’initier à son enseignement. Le Polynésien accepte sans hésiter. 

Michel Bourez

© Trevor Moran / Red Bull Content Pool

déclencher l’envie de gagner

En préambule de la saison 2014, Yannick s’installe pour un mois à Tahiti. Au plus près de Michel Bourez, dans son intimité. Il le guidera vers l’excellence.

« C’est la personne qu’est Yannick, sa façon de penser et de faire, plus que les résultats qu’il a obtenus avec d’autres surfeurs qui m’ont intéressé, explique Michel. Son jiu-jitsu m’a apporté plus de stabilité et de confiance. J’ai appris à rester serein en compétition, calme dans des moments difficiles. Qu’il y a toujours une solution, et pas qu’une seule option. »

Michel Bourez

Le jiu-jitsu permet à Michel Bourez de travailler sa souplesse. Associé à un travail physique sur la plage, il l’a installé à un niveau de surf qu’il n’avait jusqu’alors jamais atteint.

© Alex Laurel

En s’ouvrant au jiu-jitsu dit brésilien, Michel Bourez se dédie à un art martial particulier. « Le Brésilien Hélio Gracie (dont le fils, Royce, popularisera le jiu-jitsu brésilien en l’introduisant dans l’octogone du MMA, ndlr), avait une santé et un physique fragiles, il a fait évoluer le jiu-jitsu pour l’adapter à ses aptitudes, afin de battre et renverser des gens beaucoup plus lourds et forts que lui. C’est grâce à ça qu’un gars de 60 kilos peut en battre un de 100, précise le surfeur, en réflexion permanente dès qu’il enfile son kimono à ceinture bleue. Tu te questionnes pour arriver à renverser ton adversaire, sans utiliser la force. Comme aux échecs : tu dois faire des feintes, faire croire au joueur que tu veux passer par là alors que ton plan est tout autre. » 

« Avec le jiu-jitsu brésilien, j’ai appris à rester serein et calme dans la difficulté »
Michel Bourez

Devenu un athlète par la symbiose de sa planche et des vagues, Bourez se fortifie au contact de l’autre, l’humain, grâce à Beven, qui en coach sportif réputé sait aussi renforcer le côté cérébral.

« Le mental de Michel doit rester celui d’un guerrier, d’un combattant. Car pour moi, Michel est un combattant de l’océan, poursuit Beven. Dans les SMS que je lui envoie durant les compétitions, je l’appelle le “guerrier de la mer”. »

Quand il n’est pas présent sur les étapes de compétitions essentielles à Michel (Teahupoo, Hawaii, France, Portugal), Yannick Beven maintient en effet une correspondance permanente avec le surfeur, lui envoie des « mots clefs » avant ses séries, capables de « le booster, déclencher en lui de la rage, l’envie de gagner ».

Michel Bourez

© Ben Thouard / Red Bull Content Pool

Ne plus craindre de perdre

Chez ce ceinture noire bienveillant, Michel Bourez voit « un tout », qui lui a donné une confiance, libératoire d’un meilleur surf, l’installant en solide candidat au titre mondial cette saison. À la fois « ami, père, frère, coach et entraîneur » du surfeur, Yannick a notamment installé cette confiance par le dialogue. « Il permet de déclencher un tas de choses.

Michel Bourez

Grâce au surf, Michel Bourez est l’un des rares sportifs tahitiens à rayonner au-delà de la Polynésie Française.

© Trevor Moran / Red Bull Content Pool


Avec des athlètes du niveau de Michel, on est presque des psychologues. Je suis là pour le préparer, lui enlever toutes les toxines, tous les soucis qui traînent dans sa tête. Très liés, nous dialoguons beaucoup. Michel a besoin d’être canalisé, par le contact physique et verbal, pour donner suite à ses rêves. »

De sa propre analyse, le secret pour The Spartan (le Spartiate) résidait dans une meilleure appréhension de la défaite, ce que l’enseignement du jiu-jitsu brésilien et le coaching sportif de Beven lui ont assuré. Ne plus craindre de perdre, pour mieux rebondir vers la victoire, comme sur les deux étapes mondiales remportées en 2014, le menant à une 5e place en fin de championnat.

Son plus rude adversaire vers le titre mondial cette saison ? « Je ne peux pas contrôler ce que font les autres surfeurs sur une compétition, dit le Polynésien. Tous sont de potentiels champions du monde. Le seul adversaire que je dois battre, c’est moi-même. »

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06 2015 The Red Bulletin

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