Interview mit RB-Leipzig-Trainer Ralph Hasenhüttl

Ralph Hasenhüttl : le droit à l’erreur

Texte : Stefan Wagner
Photos : Oliver Jiszda

Ralph Hasenhüttl, entraîneur du RB Leipzig, a réussi à faire de la plus jeune équipe de la Bundesliga son meilleur promu en 50 ans d’existence. Interview autour des remplaçants, des petits cons, du bureau le dimanche matin et d’autres aspects de la victoire.

Ralph Hasenhüttl entre dans la pièce – grand et massif, dos légèrement courbé, tête un peu penchée – il s’assoit et sourit. Puis il sursaute, semble perturbé, fait quelques pas à travers la pièce et se dirige vers un frigo dans un coin. Il enlève la prise, retourne vers sa chaise et se rassoit. « Vous avez entendu ce bourdonnement ? » Il sourit de nouveau. « Il faut que vous sachiez que je suis un peu sensible aux bruits. Mais maintenant, c’est bon. »

THE RED BULLETIN : Ralph, le terrain d’entraînement du RB Leipzig est entouré de citations de grands athlètes de divers univers. Laquelle vous parle le plus ?  

RALPH HASENHÜTTL : Celle de Michael Schumacher. « Un seul bouquet pour le vainqueur et tant de vases à remplir. » Cela signifie que la victoire est une affaire d’équipe – même dans un sport individuel comme celui de Schumacher. Et qu’il faut réussir à faire passer l’équipe avant tout et à ne pas avoir une trop haute opinion de soi-même. 

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Vous êtes un bon entraîneur car vous n’avez pas une trop haute opinion de vous-même ? 

C’est même essentiel dans ma vie. Quand tout fonctionne bien, club, soigneurs, équipe, administration, direction, attachés de presse, tout, alors la victoire est notre victoire à tous, et donc aussi un peu la mienne. Il faut changer son mode de pensée habituel : ce n’est pas moi qui suis important et ce n’est pas grâce à moi que cela fonctionne, tout le monde est important et c’est grâce à chacun que cela fonctionne. D’après mon expérience, c’est ça, la clé du succès.  

Y a-t-il une citation avec laquelle vous n’êtes pas forcément d’accord autour du terrain ?

Celle de Tiger Woods : « Même si tu te trouves déjà super bon, tu peux toujours t’améliorer. » Et si on en reste au golf, il n’a pas tort : même sur un coup d’approche de cent mètres qui atterrit à deux centimètres du trou, on peut toujours faire mieux en théorie. Mais dans le football, le jeu parfait n’existe pas et n’existera jamais. Ce n’est pas un objectif auquel il faut aspirer, on risque d’en ressortir frustré et insatisfait. 

C’est une mauvaise chose ? On dit pourtant que l’insatisfaction est une source de motivation importante dans le sport de haut niveau.

Je ne suis pas trop d’accord. Ne pas être satisfait, ne jamais se laisser aller au contentement, penser déjà au prochain match au bout de dix minutes… non merci. C’est important d’en profiter, de fêter ça et d’être heureux. Le lendemain du match, on peut encore se réjouir tranquillement, le lundi suivant aussi, et puis le mardi matin, on se remet au travail, le dernier match est bouclé et classé, on passe à autre chose.

Ralph Hasenhüttl

à Graz (Autriche), le 9 août 1967.

Footballeur pro à partir de 1985, en Autriche (Grazer AK, FK Austria Vienne, SV Austria Salzbourg), puis en Belgique (KV Malines, Lierse SK) et en Allemagne (1. FC Cologne, SpVgg Greuther Fürth, Bayern Munich amateur).

Coach dès 2004 au SpVgg Unterhaching (entraîneur des jeunes, adjoint et principal à partir de 2007), au VfR Aalen (à partir de 2011, accession à la 2e division en 2012), au FC Ingolstadt 04 (à partir de 2013, montée en 1re division en 2015) et au RB Leipzig (dès l’été 2016).

Sa famille habite Munich, son fils, Patrick (19 ans), joue au FC Ingolstadt 04.


J’ai préparé un petit jeu : quelques citations qui feront peut-être écho à celles du terrain d’entraînement. Elles sont de Pep Guardiola, Jürgen Klopp, Ralf Rangnick et de vous. Le but étant de les attribuer à leurs auteurs respectifs et de me dire ce que vous en pensez. La première, c’est : « La victoire résulte bien plus des doutes que des certitudes. »

Je dirais Ralf Rangnick.

C’est Guardiola. Il a raison ?

Dans le doute, il y a de la confusion, c’est trop négatif à mon goût. Remplacez « doutes » par « remises en question » et ça me va. Se remettre en question est mieux que douter.

Deuxième citation : « Le secret de ma réussite ? Ne pas baisser les bras quand quelque chose ne fonctionne pas. »

Celle-là est de moi.

C’est un peu du Tiger Woods, non ?

Non. Ne pas accepter que quelque chose ne fonctionne pas, ça revient surtout à ne pas se laisser abattre quand on essuie un revers. À revenir au contraire encore meilleur et avec encore plus de poigne. La citation n’exclut pas la possibilité d’échouer. Ce qui compte, en fait, c’est la manière de réagir, adopter une attitude constructive, coûte que coûte.  

« LES REMPLAçANTS CONTRIBUENT SOUVENT BIEN PLUS À LA VICTOIRE QUE CEUX QUI SONT RESTÉS sur le terrain. »
Ralph Hasenhüttl
Interview mit RB Leipzig Trainer Ralph Hasenhüttl

« Au fond, la motivation, c’est réussir à faire d’un objectif commun l’objectif personnel de chacun. »

On dirait du Klopp…

… c’est Rangnick. Donc vous allez avoir du mal à le contredire.

Jamais de la vie ! (Rires.) Il n’empêche qu’il a parfaitement raison. Faire passer l’objectif commun avant les objectifs individuels, c’est l’un de nos grands principes ici. Mais c’est plus facile à dire qu’à faire : chaque membre du club doit faire l’effort de suivre ce processus. La réussite n’est possible qu’en faisant passer systématiquement l’intérêt commun avant l’ego de chacun. Un seul ego qui prend le pas sur l’intérêt commun, et l’équilibre peut être fragilisé.

« Le football est un jeu d’erreurs. »

Celle-là est de moi. 

Vous parlez du système de jeu de votre équipe, cette technique d’attaque ultra-agressive qui consiste en gros à pousser l’adversaire à la faute quand il a la balle, c’est ça ?

C’est un peu plus compliqué que cela. C’est aussi la façon dont on gère les erreurs. En fait, ce que je veux, c’est que mon équipe fasse des erreurs après avoir récupéré la balle. Ça me plaît quand un joueur va trois fois au duel et perd la balle à chaque fois, mais qu’il réussit à passer la quatrième fois. Un joueur qui sait qu’il a le droit de faire des erreurs, ça engendre la possibilité d’un risque, un risque qui peut nous mener à la victoire. On peut bien se planter sur dix actions, s’il y en a une seule qui marche, les dix tentatives infructueuses d’avant ne semblent plus aussi vaines.

« Dans les mauvais jours on voit la véritable valeur des gens. »

Ça, c’est du Klopp. Je valide à 100 %. Quand je vois le Bayern, tout ce qu’ils gagnent dans leurs mauvais jours… 

Certains disent que le Bayern a juste du bol.

Ils ont tort. Quand une équipe est d’une telle qualité que les autres n’arrivent à l’égaler que dans leurs meilleurs jours, rien de plus normal que ses chances de perdre soient minimes. Et quand le Bayern est au top de sa forme, comme ça a été le cas contre nous, c’est une autre paire de manches.

« Je ne pourrai jamais recruter un petit con qui joue super bien. »

Encore du Klopp, mais ce n’est pas tout à fait ce qu’il a dit, c’était plutôt : « Je me demande bien le niveau d’excellence qu’un joueur devrait avoir pour que j’arrive à l’accepter s’il se comporte comme un petit con. » Je le sais, car j’ai moi-même repris cette citation.

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Mais ce sont justement des joueurs comme ça qui font la marque d’une équipe.

Toutes les équipes que j’ai entraînées ne fonctionnaient qu’en équipe, justement. Les individualités ne prenaient pas le pas sur le collectif. Avec mon système de jeu, je ne pourrais pas accepter un joueur à l’ego surdimensionné dans mon équipe.

Mais que faites-vous quand, comme fait exprès, un joueur de votre équipe marque le but de la victoire à la 90e minute sans avoir couru comme un dératé avant, sans avoir harcelé le possesseur du ballon ?

Avec moi, il n’aurait même pas marqué. Parce que je l’aurais sorti avant. 

« En tant que leader, on montre l’exemple. Qu’on le veuille ou non. Être ponctuel, manger sainement, être discipliné, c’est essentiel pour la crédibilité. Faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais, ça ne marche jamais bien longtemps. »

Ralf Rangnick, bien sûr. Il est très exigeant avec ses joueurs, mais il l’est aussi avec lui-même. Et c’est pour ça que ses joueurs n’ont aucun problème à accepter qu’il leur en demande tant. Déjà quand j’étais joueur, je n’aimais pas quand quelqu’un me demandait quelque chose qu’il ne gérait pas lui-même ensuite. Quand on exige des autres un comportement professionnel, il faut être soi-même irréprochable.

« ÇA DOIT ÊTRE DIFFICILE DE TENIR CE RYTHME JUSQU’À LA RETRAITE EN TANT QU’ENTRAÎNEUR. »


« En tant qu’entraîneur, je n’aurais jamais recruté Hasenhüttl, le joueur. »

Ça ne peut être que de moi ! Parce que Hasenhüttl en tant que joueur, il n’a certainement jamais été dans le viseur de Guardiola, Klopp ou Rangnick.

Mais vous n’étiez pas si mauvais que cela ! Huit sélections en équipe nationale et quatre fois champion d’Autriche, et vous êtes monté en première division avec le FC Cologne.

Je ne me serais pas pris dans mon équipe parce que, sur le plan physique, ça n’aurait pas collé avec mon système de jeu, trop pataud et pas assez rapide. Mais Hasenhüttl en tant que mec, je n’aurais pas hésité une seconde. Quand j’étais joueur, je savais faire-passer l’équipe avant mon ego. J’étais bien meilleur en équipe que sur le plan individuel parce que je pouvais me sacrifier pour l’équipe.

Vous étiez un avant-centre solide classique. Et votre job, c’était de marquer des buts. Comment se sacrifie-t-on pour une équipe dans ce cas-là ?

En créant des intervalles où l’on sait que le ballon n’ira sûrement pas. Et offrir ainsi à un coéquipier un espace suffisant pour avoir l’opportunité de marquer un but. Ou bien en apportant sa contribution à la victoire de l’équipe depuis le banc des remplaçants. 

#RBL-Cheftrainer Ralph #Hasenhüttl: "Unsere ...

#RBL-Cheftrainer Ralph #Hasenhüttl: "Unsere Fans machen mich immer wieder stolz! Deswegen macht es ja auch so viel Spaß, sich für diese Menschen aufzureiben und ihnen schöne Wochenenden zu bereiten!" Stark, Trainer! Lasst uns am Samstag wieder gemeinsam Vollgas geben und die Red Bull Arena zum kochen bringen!

En quoi contribue-t-on à la victoire d’une équipe depuis le banc des remplaçants ?

Les remplaçants en font souvent bien plus que ceux qui sont restés sur le terrain. Ils représentent le niveau général du reste de l’équipe et sont très importants pour l’ambiance. Être sur le banc des remplaçants, c’est un vrai test : il faut être plus investi, s’entraîner encore plus dur, même si personne ne fait vraiment attention à toi. C’est tout sauf facile, mais c’est extrêmement important pour chaque équipe.  

Est-ce que vous seriez allé plus loin en tant que joueur avec Hasenhüttl en tant qu’entraîneur ?

J’aurais pu aller bien plus loin si j’avais intégré un environnement professionnel plus tôt. En Autriche, le football pro des années 80 et 90 n’avait pas grand-chose à voir avec celui d’aujourd’hui. Il n’y avait pas de préparation ou de débriefing lors des entraînements, et quand un jeune avait le malheur de vouloir courir pendant la préparation physique, les anciens lui tombaient dessus en mode « eh, oh, mollo ». Plus un truc à vous freiner qu’à vous booster. En tant que jeune joueur, quand on est confronté à une telle façon de faire, on l’intègre parce que cela semble normal. Ce n’est que plus tard, en Belgique, puis en Allemagne, que les choses ont changé et que j’ai -découvert des méthodes de travail plus professionnelles et plus sérieuses. C’était trop tard pour rattraper mes lacunes footballistiques, mais j’ai quand même pu apprendre ce que c’était de jouer au football de manière professionnelle.

À 35 ans, chez les amateurs du Bayern, vous receviez des conseils techniques de joueurs qui avaient 15 ans de moins que vous. Rabaissant, non ?

Par chance, je n’ai jamais été très orgueilleux, donc non. Ce serait vraiment un comble d’être tellement imbu de sa personne que l’on ne pourrait même pas s’abaisser à apprendre quelque chose de quelqu’un. Aujourd’hui, quand mon fils de 19 ans veut me donner une leçon de vie, d’abord je l’écoute, j’y réfléchis et puis je lui dis non s’il le faut.

Quand était-ce, la dernière fois que vous avez fait un mauvais choix avant un match ?

Ici à Leipzig ? Je dirais bien à chaque défaite. On n’en sait rien au final. Mais on se pose toujours la question. 

Et la dernière fois que vous vous êtes planté ?

C’était à Ingolstadt contre Hanovre, menés 3-0 au bout de 30 minutes de jeu. C’était plus un problème de positionnement que de tactique. Mais j’ai réagi trop tard.

Que voyez-vous vraiment du match en tant qu’entraîneur, au juste ? Nous, les spectateurs, on a toujours une vue d’ensemble du jeu grâce à la perspective de la caméra ou depuis les tribunes. Vous, vous êtes au bord du terrain, vous ne pouvez pas vraiment voir ce qui se passe sur le plan tactique, non ?

C’est vrai que c’est moins facile à voir que pour vous. Mais quand on est entraîneur, on apprend à regarder un match autrement qu’avec un regard de supporter. Déjà, il faut être vraiment très concentré, et pas seulement sur ce qui se passe autour du ballon, mais aussi sur ce qui se passe ailleurs. En pratique, quand le ballon est quelque part, on regarde aussi le reste du terrain : où en est l’attaque, comment s’organise la défense, qu’en est-il du marquage ? 

interview mit RB Leipzig Trainer Ralph Hasenhüttl

Est-ce vrai que les joueurs du RB Leipzig regardent des analyses vidéo de la première mi-temps à la pause ? 

Oui, quand c’est nécessaire. Mais on n’est pas la seule équipe à le faire. 

Qui s’occupe de filmer, du choix des images et du montage ? Comment est-ce que ça se goupille niveau timing ?

C’est le boulot de l’analyste vidéo qui est assis en tribune. Il connaît notre feuille de match, il connaît l’équipe adverse et il a été suffisamment briefé pour savoir pourquoi quelque chose n’a pas fonctionné. Son montage doit être millimétré parce que tout doit aller extrêmement vite à la pause. On a tout juste deux-trois minutes de débriefing avec le staff, puis on enchaîne avec l’équipe – cinq minutes sur les faits de jeu, cinq minutes sur les changements à apporter – puis on s’entretient plus particulièrement avec un ou deux joueurs, ensuite, il faut les remotiver une dernière fois et c’est reparti. 

Après un match, vous êtes plus fatigué en tant qu’entraîneur que vous ne l’étiez en tant que joueur ?

Sur le plan mental, oui, à tous les coups.

Et vous arrivez à dormir après un match ?  

Je n’ai pas de mal à me déconnecter et à m’endormir. Le seul truc, c’est que je n’arrive pas à dormir longtemps après un match. Et dès que je me réveille, je commence tout de suite à cogiter. En général, dès quatre ou cinq heures du matin, il n’est même plus question de dormir. Le mieux, c’est d’aller courir ou d’aller directement au boulot. Avant, le dimanche matin, j’étais au bureau dès six heures ou six heures et demie. 

Comment peut-on rester à ce niveau en tant qu’entraîneur ? 

Ça doit être difficile de tenir ce rythme jusqu’à la retraite. C’est un boulot tellement prenant et exigeant, et on est tellement sous pression. Bien sûr, quand la réussite est au rendez-vous, c’est plus facile, mais ça n’en est pas moins épuisant. Mais ne vous inquiétez pas pour moi. Mis à part mon syndrome à hantavirus qui m’a couché pendant un mois, en huit ans, je n’ai pas été malade une seule fois. Le truc, c’est d’y aller à la fois à fond et tranquillement pour maintenir l’équilibre. Par contre, la première semaine des vacances, à tous les coups, je suis malade. 

En Allemagne, il y a 890 entraîneurs formés pour 56 clubs pro, ce qui fait un taux de chômage de 94 %. Vous aviez 37 ans quand vous avez arrêté votre carrière de footballeur. Pourquoi opter pour un boulot avec si peu de perspectives d’avenir ? 

Parce que j’avais un capital à faire fructifier : des connaissances sur le football accumulées en 17 ans de carrière pro. Dans n’importe quel autre domaine, je n’aurais pas fait le poids face à quelqu’un de mon âge en termes de formation et d’expérience professionnelle. Je me suis vite rendu compte d’une chose : c’était le seul domaine où je pouvais vraiment me bâtir une carrière en exploitant mes compétences professionnelles. Et aussi que je n’aurais pas des tonnes d’opportunités en tant que coach. Qu’il faudrait sauter sur les premières qui se présenteraient. Progresser plus vite que je ne l’avais fait en tant que joueur. 

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Et vous n’aviez pas de plan B dans la tête ?

Ça ne m’est jamais venu à l’esprit. Je n’avais pas vraiment de don en tant que joueur, et c’est un gros avantage. Je sais ce que ça fait de devoir apprendre quelque chose, d’échouer et de devoir prendre exemple sur les autres. Donc j’ai l’impression de pouvoir aider plus facilement mes joueurs, et je suis peut-être aussi plus compréhensif et plus patient que d’autres. Pour l’entraîneur Hasenhüttl, c’est une chance que le joueur Hasenhüttl n’ait pas été béni d’un immense talent. 

Où avez-vous donc appris à considérer les erreurs comme quelque chose de positif ?

Je l’ai surtout appris à force de tentatives et d’erreurs, à toujours continuer d’essayer, échouer encore, et réessayer. Je n’ai jamais réussi à me dire : « Bon, ok, ça ne marche pas, pas de bol. » Jamais. Si quelqu’un était meilleur que moi avec le ballon, je me disais : pourquoi est-ce que je ne pourrais pas apprendre à en faire autant ? J’ai toujours fonctionné ainsi, jusqu’à aujourd’hui. Il m’arrive encore de m’asseoir à mon piano et d’essayer de jouer des morceaux en me disant : « Ça ne va pas le faire, pourquoi est-ce que je m’inflige ça ? » Mais il faut quand même que j’essaie. Je veux voir jusqu’où je suis vraiment capable d’aller. Jusqu’où je suis capable d’aller si j’y mets toute la volonté dont je suis capable.

Pour un boulot, je peux encore comprendre, mais alors pour le piano… 

Je suis comme ça, c’est ma manière de fonctionner. Pour tout. Je vais vous raconter autre chose. Quand on m’a viré de mon tout premier poste d’entraîneur à Unterhaching, je suis resté au chômage pendant huit mois. J’ai mis ce temps à profit pour faire des stages dans pas mal de clubs différents, mais en parallèle, je me suis mis à fond sur le tennis. Je voulais juste savoir une chose : si je passe mon temps à m’entraîner, qu’est-ce que ça va donner ? Jusqu’où je peux aller ? J’ai participé à des tournois et je me suis demandé quels adversaires je pouvais battre. À quelle vitesse j’apprenais et jusqu’à quel niveau. C’est dingue, je le sais bien, mais ça m’a vraiment fasciné comme exercice.

C’était en 2010. Vous étiez un entraîneur de foot de 42 ans sans grosse réputation. Et la seule chose à laquelle vous avez pensé, c’était de participer à des tournois de tennis semi-professionnels ?

Pour la première fois de ma vie, j’avais du temps. C’était ma chance de faire ce que j’avais envie de faire depuis toujours, comme participer à des tournois de tennis, par exemple. Et de le faire à fond. Comme quand j’étais ado à Graz et qu’on testait des tas de sports extrêmes avec un pote. Snow, VTT, surf, on était toujours les premiers sur le coup. Apprendre de nouveaux mouvements, ça m’a toujours fasciné. 

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Permettez-moi une digression, le Hasi-Rolle, cette pirouette avec laquelle vous célébriez vos buts quand vous étiez attaquant, n’était pas vraiment un modèle en matière de capacités motrices.

Hahaha, c’est vrai qu’en gym au sol, je suis vite confronté à mes limites. 

Josef Hickersberger, entraîneur du FK Austria Vienne à l’époque, puis plus tard de l’équipe d’Autriche, vous aurait soi-disant interdit de pratiquer le Hasi-Rolle, apparemment pour écarter un risque de blessure ? Est-ce que c’est vrai ? Ça aurait été une terrible humiliation vis-à-vis de l’équipe.

Si vous aviez vu cet équilibre avant, suivi d’un roulé-boulé sur le côté, vous vous seriez inquiété, vous aussi. Mais ce n’était même pas ça ! (Rires.) Un jour, Hickersberger a voulu me montrer comment faire la roue correctement, et il s’est blessé. Une telle catastrophe pour l’équipe qu’il me l’a finalement interdite.

Revenons-en à votre carrière d’entraîneur. Un coach a-t-il une responsabilité socio-politique ?

Oui, comme toute personne de notoriété publique.

Mais à Leipzig peut-être un peu plus qu’ailleurs ? Timo Meynhardt, psychologue économique à Leipzig, a déclaré : « Le RB Leipzig, c’est une identité et une fierté régionales qui redorent le blason de toute la ville. »

Nous en sommes bien conscients, et nous devons tous nous comporter en conséquence. Pas seulement sur le terrain, mais aussi en dehors. La façon dont je parle et dont je me comporte avec les gens, ce n’est pas anodin. Quand les gens se demandent comment il est possible de garder ce rythme et de courir autant pendant 90 minutes, alors on a obtenu ce qu’on voulait : de l’enthousiasme. 

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Votre équipe court 110 à 120 kilomètres par match, sachant qu’il faut enlever le gardien…

… qui court quand même cinq kilomètres. 

Les joueurs de champ professionnels courent plus de dix kilomètres pendant 90 minutes, la majeure partie se composant de sprints, de duels, de sauts et de tacles. Où en est-on ? Et comment cela va-t-il évoluer ? Quand le football sera-t-il confronté aux limites physiques des joueurs ?

L’élément décisif, ce n’est pas le joueur, c’est le ballon. La vitesse ou le nombre de kilomètres parcourus, ce n’est pas une fin en soi. Ce qui est important, c’est la vitesse à laquelle la balle circule et la vitesse à laquelle on peut la jouer, le moins de temps et d’espace dont un joueur aura besoin pour dribbler un adversaire, et réussir à trouver des solutions dans le plus petit espace qui soit. Et il n’y a quasiment aucune limite à cela, en tout cas, pas pour l’instant.

Pour finir, j’ai encore une citation à vous proposer. La voici : « Si vous perdez cinq matches de suite, vos joueurs ne croiront plus ce que vous leur dites. » Est-elle vraiment de vous ?

Oui. Et c’est le genre de situation que je n’aimerais pas du tout vivre. Je n’arrive même pas à me l’imaginer. Raconter à mes joueurs, cinq semaines durant, que tout ce qu’ils font, c’est génial. Qu’il faut juste continuer à faire ce qu’on fait, et peut-être qu’on recommencera à gagner – avant d’essuyer de nouvelles défaites. Pfff, ça me paraît vraiment compliqué comme situation.

Quelle a été votre plus longue série de défaites en tant qu’entraîneur ?

Trois matches de suite. À Ingolstadt. Après avoir décidé de quitter le club.

Votre décision de quitter le club a-t-elle joué dans les trois défaites de suite ?

Avec le recul, je crois que oui. Je n’étais peut-être plus aussi à fond, plus focus à 100 %, peut-être à peine moins, mais en Bundesliga, ça ne pardonne pas.

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03 2017 The Red Bulletin

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