Swiss tennis ace Roger Federer reveals secret of success

Roger Federer : « Le frisson d’une grande victoire ne te quitte jamais »

Texte : Jörg Allmeroth
Photos : Nike

Roger Federer est le plus grand joueur de tennis de tous les temps. Pourquoi fait-il toujours ­partie, à 34 ans, de l’élite mondiale ? Parce qu’il adore son job et qu’il n’arrête jamais de chercher. 

Roger Federer sait que la question va tomber. Comme à chaque fois, donc il n’y échappera évidemment pas cette fois-ci non plus. « Tout le monde veut savoir pourquoi à presque 35 ans, je joue encore. Les amis, les fans, les médias, dit Federer en riant. Le seul qui visiblement ne se pose pas la question, c’est moi. Je suis en forme et motivé. Je travaille tout simplement sans penser à la fin. »

Federer est assis à la ­terrasse du légendaire hôtel Hermitage à Monte-Carlo, par un matin printanier ensoleillé. Il regarde en bas vers le port, le palais princier, la mer Méditerranée scintillante, et il savoure cette magnifique journée. Il profite de la vie, dans son rôle de père de quatre enfants et de joueur de tennis encore capable, après presque deux décennies sur le circuit professionnel, de tenir la compétition avec les plus jeunes.

« Je vais à chaque jeu avec le sentiment que je peux gagner , affirme-t-il, c’est la condition pour exceller. Sans cette confiance en soi, ce n’est même pas la peine de sortir. » 

Federer est un phénomène : ce qui fait de Federer en milieu de trentaine une œuvre d’art complète, c’est sa capacité à se transformer, sa curiosité, sa passion intacte. Il aime son sport autant qu’au premier jour, il aime la compétition, 
le succès. 

« Si j’en ai assez ? Non, jamais. Quand tu as obtenu un titre, tu veux le suivant, dit Federer, tu veux revivre sans cesse ces instants. Le frisson d’une grande victoire ne te quitte jamais. »

« Le frisson d’une grande ­victoire ne te quitte jamais »

La plus grande inspiration de Federer dans cette phase de sa carrière, c’est Andre Agassi et sa longévité. « J’ai vu combien Agassi travaillait sur lui-même de manière concentrée et méthodique, comment il adaptait sans cesse son jeu notamment à la fin de sa carrière sur les circuits explique ­Federer. C’était incroyable. »

Roger Federer à l’honneur : les moments forts de sa carrière.

© All Pro Highlights // YouTube

Federer aussi a toujours su se renouveler. En 2013, on annonçait déjà la fin de la carrière du maestro, après une saison ponctuée de défaites et des pauses imposées par des blessures douloureuses.

Mais Federer fit un come-back grandiose, avec pour nouvel entraîneur, le Suédois Stefan Edberg et en réinventant son style de manière stupéfiante : avec un jeu plus osé et plus énergique que jamais, il attaquait et prenait ses ­adversaires par surprise.

« Je les prenais toujours au dépourvu, dit-il au Red Bulletin en souriant, c’est aussi important de toujours garder la tête haute, sans douter. Et de rester ouvert à la nouveauté. » C’est sur une console de jeux qu’il a essayé l’une de ses nouvelles techniques de jeu avant de la mettre en place sur le terrain.

 « Je profite de la liberté que je m’accorde »

Federer considérait ­Edberg non seulement comme un entraîneur mais aussi comme son conseiller et mentor. « Nous avons souvent simplement discuté pendant des heures, de la pluie et du beau temps, déclare celui qui détient le record de victoires dans les tournois du Grand Chelem, puis il y avait bien sûr aussi des conseils clairs et ­parfaitement précis sur mon jeu. Parfois je restais assis en me faisant la réflexion que j’étais bien, là avec mon partenaire, Stefan, la grande idole de ma jeunesse. »

Stefan Edberg et Roger Federer en interview.

© STE…fans - tribute to Stefan Edberg // YouTube

En vérité, le Federer actuel est plus jeune qu’il ne l’a jamais été. Imprévisible, non conventionnel, avide de découvertes. Il s’affranchit de la routine, pas seulement dans son jeu. Les nouveaux tournois font désormais partie de son programme standard, comme les duels dans les contrées éloignées et exotiques. L’année passée, il était invité en ­Turquie pour la première fois. Federer a été reçu comme un invité d’État lors du tournoi à Istanbul. Son arrivée à l’aéroport a été retransmise en direct sur plusieurs chaînes de télé.

« C’est agréable quand tu te rends quelque part et que tout t’est familier, dit Federer, mais pour moi c’est encore plus beau d’aller à la rencontre des gens et de nouveaux pays. Je prends la liberté de faire des choses que je ne parvenais pas à réaliser avant. Et je continuerai à le faire tant que je jouerai. » 

« J’ai besoin de la nervosité pour réaliser des exploits »

Federer est passé par de nombreux changements durant sa longue carrière. Ado, il était une tête brûlée redoutée qui se mettait ses adversaires et les juges-arbitres à dos et qui détruisait ses raquettes de rage. Et il était sur le point de compromettre sa carrière.

« Puis il y a eu un moment où j’ai pensé : soit tu arrêtes ça, soit tu tires un trait sur ta ­carrière, raconte Federer, 
ça a été un tournant. »

Roger Federer: Swiss tennis star

Pour mettre en place son fameux SABR ou Sneak Attack by Roger, qui prend ses adversaires par surprise, Federer s’est d’abord entraîné sur une console de jeux.

La discipline grâce à laquelle il a réussi à maîtriser ses accès de colère l’a transformé : il est devenu serein, détendu. « Il n’y a pas eu un seul jour pendant lequel je n’ai pas eu envie de jouer au tennis. »

Critiqué pour ses sous-performances, il est très vite devenu le grand maître du tennis mondial. « Être le numéro un mondial, ça donne des ailes. Tout autant que le fait de ­savoir que tous ceux qui te courent après te respectent. »

Federer est toujours resté lucide, il n’est jamais devenu suffisant ou arrogant. Il a ­passé au scanner et détaillé chaque concurrent, chaque étoile montante.   

« Personne ne connaît mieux que lui le circuit professionnel et chacun des joueurs », affirme son compatriote, Stan Wawrinka. Federer préférait inviter des talents prometteurs pour des semaines d’entraînements en Suisse ou à Dubaï, son deuxième lieu de résidence, afin d’examiner leur jeu. Il avait beaucoup de plaisir à s’entraîner aux exercices techniques, et plus encore à discuter avec les novices. 

« Il y a peu de temps, l’un d’eux est venu me voir et m’a demandé : “Tu n’es plus nerveux pendant un match ?”, raconte Federer, alors j’ai ri et je lui ai répondu : “Ce serait bien !” »

Federer a « toujours besoin de cette tension légèrement nerveuse avant un match, pour réaliser des exploits ». Il explique : « Tu dois transformer tout ce trac en énergie ­positive. » Il trouve constamment de nouvelles sources d’inspiration et de motivation, observe les artistes, les créateurs de mode ou les musiciens et voudrait apprendre comment ils développent leurs idées et utilisent leur créativité.

Roger Federer en entraînement avec Stan Wawrinka à Indian Wells (Californie), mars 2015.

© Top Tennis Training - #1 in Online Tennis // YouTube

« Avant, j’étais très tourné sur moi-même, dit-il, aujourd’hui je suis curieux de savoir même ce qu’une star hollywoodienne a à me dire. »

Récemment, pendant la pause due à une opération du genou, Federer s’est même enthousiasmé en regardant la télé : « C’était fascinant de voir la force et la beauté qu’il y a lors des championnats du monde de patinage artistique. » Pour lui, il est en effet important de « toujours s’intéresser à d’autres choses. Ça permet de garder un équilibre ». 

« Je donne le  meilleur de moi-même, sans tergiverser »

Et Federer a une éthique de travail : il estime tout simplement de son devoir et sa responsabilité de mener cette lutte constante et persévérante pour réaliser la meilleure performance, ne serait-ce que pour les millions de fans qu’il a dans le monde entier.

« Chaque jour, les encouragements des gens me donnent des ailes, la manière qu’ils ont d’apprécier ce que je fais et comment je le fais. Lorsque je pars pour un tournoi, je ne fais pas que jouer. Je donne le meilleur de moi-même sans compromis. Sans aucune hésitation. »

L’exploit sportif à atteindre cette saison est la médaille d’or aux jeux olympiques en individuel : peut-être le seul grand trophée qui manque ­encore à son palmarès.

En 2012, il a perdu en finale à Londres contre Andy Murray. En 2008, il a décroché l’or à Pékin avec son compatriote Wawrinka. « Ce qui stimule et qui donne le frisson lors des JO, c’est que tu sais que tu n’auras une autre chance que quatre ans plus tard, confie Federer, C’est vraiment quelque chose de particulier pour nous, les joueurs de ­tennis. »

Il ne part pas comme ­favori. C’est Novak Djokovic qui endosse le rôle, le nouveau maître incontesté du ­tennis mondial.

Roger Federer évoque ses projets pour les JO et 2016. 

© Sporty View // YouTube

Mais Boris Becker, l’entraîneur du Serbe, a clairement mis celui-ci en garde contre Federer. « Roger est le joueur qui a, même lors de la dernière saison, le plus durement malmené Novak. Il a atteint deux finales de Grand Chelem contre lui. Sa performance à 34 ans est incroyable. »

Comment va évoluer cette carrière extraordinaire ? Que va-t-il advenir de Roger ­Federer, l’homme devenu plus grand que son sport ? Il avale une gorgée d’eau, hausse les épaules sous la chaleur du ­soleil de Monte Carlo, et avoue : « Honnêtement, je n’y ai pas encore réfléchi sérieusement. Ça me perturberait dans mon travail. »

Federer sait seulement ce qu’il ne veut pas : un retour dans le circuit en tant qu’entraîneur, manager ou consultant télé. « Je vois combien le travail que tous ceux autour de moi effectuent est exténuant. C’est un job 24h/24, souvent sept jours par ­semaine, dit-il. Si je voyage plus tard, ce sera avec ma femme et mes enfants. Et cette perspective me réjouit ­profondément. »

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07 2016 The Red Bulletin

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