Red Bull Crashed Ice Marseille

Le mix parfait

Texte : PH Camy  
Photos : Dom Daher

En janvier, à Marseille, on ne parlera (presque) plus de l’OM, mais d’une horde sur patins y dévalant une piste de glace à toute vitesse. Cap au sud, à la rencontre des deux pros français venus se mettre en condition pour une folie : le Red Bull Crashed Ice.

Ces 100 dernières années, il a neigé trois fois à Marseille. Les 13 et 14 janvier, la ville va geler, car des fadas ont décidé d’y installer une piste de glace de 1 800 m². Sur son tracé en pente, à virages relevés, vont batailler une centaine de fondus de vitesse et d’équilibre, patineurs de l’extrême, hommes et femmes engagés sur la première étape mondiale du Red Bull Crashed Ice 2017, le tour majeur de la discipline dite du Ice Cross Downhill.

« Un mix parfait entre ski et hockey sur glace », explique Pacôme Schmitt, l’un des deux Français engagés en Crashed Ice depuis 2013. En apéritif du grand événement, Pacôme s’est pointé à Marseille avec son camarade Tristan Dugerdil pour une séance photo unique donnant lieu à quelques tours de roues – de roller – intenses, du côté de la gare Saint-Charles et du Cours Julien

Un projet visuel plus qu’une performance pure. The Red Bulletin est venu à la rencontre des athlètes aux allures de hockeyeurs.

Tristan vient de Morzine, Pacôme des Gets. Tous deux se connaissent en altitude depuis l’enfance, la petite. Très tôt, ils montent sur des skis, jusqu’à atteindre le haut niveau en Junior.

RB Crashed Ice

Du jamais vu à Marseille !

À l’approche du Red Bull Crashed Ice à Marseille, le photographe de performances extrêmes, Dom Daher, y shoote dans les « quartiers les plus raides du centre-ville » les évolutions des athlètes Pacôme Schmitt et Tristan Dugerdil, deux pros du Ice Cross Downhill (patinage de descente extrême), qui ont chaussé des rollers pour s’entraîner. 


De même sur les patins à glace, en hockey, sport dans lequel ils s’expriment dans le championnat de France Junior, portant le maillot de l’équipe de Genève. « Cette séance photo, sauter et s’amuser dans les rues de Marseille, ça aussi c’est bon à prendre dans le cadre d’une préparation », nous dit Pacôme alors qu’il renfile son casque pour se lancer à nouveau sous l’objectif du photographe Dom Daher

En 2013, c’est grâce à ceux des caméras retransmettant online les live du Red Bull Crashed Ice que Tristan et Pacôme s’emballent sur un sport hybride, association parfaite de leurs deux disciplines de cœur. « Ce qui nous a tout de suite plu, c’est le côté original, rapide et très visuel de cette pratique que l’on pourrait résumer à des courses de patin à quatre sur une piste à obstacles et en descente », explique Tristan. « C’est un véritable show ! », s’exclame Pacôme avant que les deux n’enclenchent une course folle dans une ruelle marseillaise, spectacle exclusif pour les habitants du quartier qui n’en ratent rien à leurs fenêtres.

Schmitt et Dugerdil à Marseille en rollers

Marseille… tout le monde descend : clin d’œil à l’Ice Cross Downhill sur les marches de la gare Saint-Charles.

Pour faire le show en compétition, les athlètes doivent être affûtés comme les lames de leurs patins. Chaque étape d’un Crashed Ice comporte cinq runs – finale incluse et hors entraînements libres, ou inspection runs – pour les plus performants. Trente à soixante secondes de sprint démentiel. À fond, jusqu’à 80 km/h. « Chaque run est super intense, on donne tout, précise Pacôme. Même si un run est très rapide, tu finis à bout. » Un shot d’adrénaline. Aller le plus vite possible, et ne surtout pas tomber, car la « zone de contact » avec la glace est très étroite, et parce que vos trois adversaires sont aussi motivés. Même si tout contact est interdit, il peut inévitablement arriver, dans le feu glacial de l’action, provoquant des chutes phénoménales.

Difficile de ne pas faillir sur une piste de glace en descente, avec son dénivelé, ses virages hardcore, ses bosses, ses jumps, quand on se tire la bourre avec d’autres costauds pas venus pour rester derrière à scotcher sur le nom floqué au dos de votre maillot. « Ça n’est pas que du patinage, pas que de l’équilibre. Pour nous, c’est un véritable sport de glisse », précise Tristan.

« C’est super intense, on donne tout, et on finit à bout… »
Pacôme Schmitt

Un sport dans lequel il se lance « par hasard » avec son pote. « C’était en 2013, on suivait déjà le Crashed Ice sur le Net, et on a vu qu’une étape passait par Lausanne en mars. On jouait au hockey à Genève, ça tombait bien. On s’est inscrits aux qualifications sur patinoire. Pour essayer, se faire plaisir, sans aucun objectif ni appréhension », précise Tristan.

À leurs débuts, les Français assurent. Au point d’atteindre les finales de l’étape suisse, et de se voir conviés à celle clôturant la saison 2013, à Québec. Ils sont, depuis, les deux participants officiels de la France sur l’épreuve, et se sont professionnalisés à force d’engagement et de médiatisation dans les différents événements qui jalonnent une saison de Ice Cross Downhill, de mi-décembre à début mars : le Red Bull Crashed Ice donc, et la Riders Cup, soit neuf épreuves d’un sport si particulier que s’y préparer intègre une bonne dose de démerde. 

« Ça n’est pas que du patinage, pas que de l’équilibre. Pour nous, c’est un véritable sport de glisse. »
Tristan Dugerdil

Une piste de Crashed Ice est, par essence, faite de glace et en outdoor, et toujours éphémère, car finalisée quelques heures avant la compétition. Alors, comment s’entraîner de juillet, début de leur prépa, à décembre ? Tout d’abord, on remplace les patins par des rollers, et l’on se lance sur un pump track, piste en goudron rythmée de nombreuses bosses, et dédiée à l’origine au BMX.

Notre duo saigne régulièrement celle de Combloux, face au mont Blanc, aussi des skateparks, et s’autorise quelques sessions de hockey. Athlètes complets, Tristan et Pacôme sont également investis dans le VTT de descente, la slackline ou le wakeboard.

« Pour nous, ces autres sports sont des atouts, ils répondent parfaitement aux exigences de l’Ice Cross ». Un sport hybride, unique, par son originalité et son format. « Backstage », c’est Jérôme Baud qui accompagne la préparation du duo, très chargée en musculation. « C’est un triathlète, pas un coach de hockey ou de ski, nous y tenions beaucoup, précise Pacôme. Avec lui, on affine, on affine, et on affine encore. » 

Schmitt et Dugerdil à Marseille en rollers

Dévaler, se jouer de la piste et des concurrents, et prendre la tête : tel pourrait être le postulat d’un Red Bull Crashed Ice.

Une performance optimisée, jusqu’à l’équipement. « Il est en partie hérité de notre pratique du VTT, avec le casque de descente et la Dainese intégrale pour le haut du corps. Pour le bas, c’est protège-hanches et genouillères avec des bas par-dessus. S’ajoutent à cela un short, un maillot et les patins de hockey. Sur les mains, des gants de ski comme en coupe du monde, conçus par le même équipementier que notre masque », détaille Tristan.

Équipement Red Bull Crashed Ice

© Sebastian Marko/Red Bull Content PooL


Suite à l’étape à Québec, avec un vent de face de fou, on a décidé de porter des maillots moins amples, plus près des protections, afin d’améliorer l’aérodynamisme. La différence est énorme. On a été les premiers à le faire et beaucoup d’autres athlètes nous ont suivis », enchaîne Pacôme. L’aérodynamisme, c’est bien, mais c’est avant tout leur spécialité que nos compères veulent faire évoluer, rayonner, apprécier. « À l’inverse de beaucoup de sports qui ont grandi jusqu’à la création de grands évènements, le Ice Cross Downhill a d’abord été un show avant de se développer en tant que sport, précise Tristan. Sa reconnaissance et son épanouissement nous tiennent à cœur, c’est pourquoi nous nous sommes bougés pour le faire intégrer auprès de la Fédération Française des sports de glisse, notamment en organisant l’étape de la Riders Cup à Avoriaz en janvier 2016. » 

La concrétisation du Red Bull Crashed Ice à Marseille, une première en France, honore leur dynamique. « C’est une opportunité exceptionnelle pour faire connaître ce sport ici. Le public va pouvoir apprécier son impact en direct », dit Pacôme. Sur une piste de 340 m de long, installée entre un départ à l’hôtel Intercontinental et une arrivée sur le Vieux Port, ces gladiateurs d’un nouveau genre auront cinq runs de quelques dizaines de secondes pour devenir les patrons à Marseille. Devant près de 20 000 spectateurs.

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01 2017 The Red Bulletin

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