Loeb bilan après Dakar

Sébastien Loeb : bilan post-Dakar

Texte : PH Camy
Photos : Flavien Duhamel

Nous avons croisé Sébastien Loeb à Paris pour évoquer sa deuxième place au Dakar 2017, les joies de la navigation et son besoin de faire des bornes. Donc des conneries.

THE RED BULLETIN : Quand nous vous avons rencontré en fin d’année dernière avant ce Dakar, vous sembliez sceptique suite à l’édition 2016. Le Dakar ne semblait pas fait pour vous… En suivant votre blog sur redbulletin.com durant cette édition 2017, il semble que vous soyez passé de sceptique à conquis…
SÉBASTIEN LOEB :
C’est vrai, mais c’est le fait que ça se soit bien passé, qu’on ait gardé un intérêt et un suspense jusqu’au bout. L’an dernier à partir du moment où on avait fait des tonneaux, l’intérêt de participer était amoindri. Là, jusqu’au bout, on a pu se battre pour la victoire, ça a maintenu l’épreuve intéressante tout du long. Une motivation. Quel que soit le terrain. La motivation était là : aller le plus vite possible.

Une meilleure connaissance du terrain, des terrains, par rapport à l’an dernier, ça vous a motivé ?
Cette année, les terrains où le pilotage était « inintéressant », je les ai abordés différemment. En attaquant. Ok, ça n’est pas super excitant côté pilotage, mais il fallait continuer à aller le plus vite possible, car tu as un enjeu au bout. Tu fais face, tu passes, et puis le lendemain ça redevient intéressant. L’an dernier, sans motivation pour la gagne, suite à nos tonneaux, je partais loin derrière dans des grosses traces qui me faisaient chier, je ne savais pas combien de temps ça allait durer comme ça. Cette année, je savais que la piste allait revenir.

Team Peugeot

Les fans en herbe et leurs héros : de gauche à droite, Sébastien Loeb (2e sur le podium du Dakar 2017), Stéphane Peterhansel (1er) et Cyril Despres (3e).

Entre temps, vous avez participé au Silk Way Rally, de la Russie à la Chine, qui a été formateur, semble-t-il ?  
Clairement. Le Silk Way, c’est le plus gros de l’expérience que j’ai pu prendre depuis le Dakar l’an dernier. On a fait beaucoup de nav’ (navigation, ndlr), on a fait beaucoup de spéciales où on ouvrait la route, il n’y avait pas de motos devant, on faisait la trace, livrés à nous-mêmes. C’était super intéressant et formateur. On a pu prendre le temps de travailler ensemble avec Daniel (Elena, copilote de Loeb, ndlr), de prendre nos automatismes, de s’accorder sur notre manière de faire.

Vous avez plus pris de plaisir sur ce Dakar, du coup ?
Globalement, oui. Ça a été sympa. La voiture a été sympa à conduire. Il y a eu de belles spéciales. Même si j’ai trouvé que ça manquait un peu de pistes WRC cette année, l’an dernier on en a eu bien plus.

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C’est l’instinct qui parle ?
Voilà. C’est là que je prends du plaisir, la piste, la trajectoire, j’aime ce type de pilotage. J’aime bien aussi de temps en temps une spéciale en hors piste. C’est la variété qui est sympa, même si je préfère les trajectoires, le pilotage, quand on peut se lâcher un peu, freiner un peu tard.

Rester « border », à la limite, c’est important sur un Dakar ?
Les toutes dernières spéciales où je remontais, c’était ça. De l’attaque comme en WRC, avec de la trajectoire, de la dérive, des freinages au dernier moment, tardifs. De la vraie attaque. Pas du franchissement. Pas en mode « t’es le chauffeur de Monsieur Elena qui essaie de trouver son waypoint ».

3008 DKR

« La motivation était là : aller le plus vite possible. »  

© Marcelo Maragni

Quand vous « remontiez », Stéphane Peterhansel était dans votre « viseur »… Vous dites de lui dans votre blog qu’il est trop haut, trop loin. Pourquoi est-il d’un niveau supérieur sur un Dakar, Peter ?
Parce qu’il ne fait pas beaucoup d’erreur, il a l’expérience d’une gestion de course. Il a vachement d’expérience sur la nav’. La grosse différence, c’est qu’on perd 25 minutes sur un problème mécanique au début… 25 minutes sur lui qui ne fait pas d’erreur, c’est difficile à reprendre. Sur la course en soi, on a été plus rapide que lui. Mais il y a les faits de course, ces 25 minutes, on s’est perdus un peu, on a crevé. Les crevaisons et se perdre, c’est un peu notre faute. Le problème de turbo, c’est pas de bol, on sait pas trop pourquoi c’est arrivé.

Quelle fut votre plus grosse erreur ? Le truc dont vous auriez pu vous passer ?
Je ne pense pas avoir fait d’erreur majeure, je ne pense pas… Si, à un moment, avec Daniel, on s’est embrouillés, sur des caps, on cherchait un waypoint, et Daniel a fait une erreur de cap. J’ai regardé et je lui ai dit « mais t’es con, c’est pas ça le cap, c’est ça  ». Mais en fait, moi aussi j’ai fait une connerie. Et on a roulé cinq minutes dans le mauvais sens parce qu’on s’est embrouillés dans les caps. Le stress du truc, on est paumés, deux conneries, et voilà…

« À force de répéter les conneries, tu vas réagir différemment. »

Malgré toute la technologie embarquée, la préparation des voitures et votre préparation de la course, l’erreur humaine guette toujours, une simple embrouille sur une direction à prendre…
Dans la navigation, il n’y a pas beaucoup de technologie développée, ça reste très basique. On n› a pas le droit au GPS, c’est de la navigation « à la boussole », pour résumer. On peut s’embrouiller facilement sur ce genre de truc.

En quoi ton copilote, Danos, s’est-il amélioré par rapport au Dakar 2016 ?
En navigation justement. On a beaucoup progressé ensemble sur la manière de collaborer.

Ça passe par moins s’énerver, plus s’écouter ?
C’est simple : lui il voit des cases avec des dessins et il faut qu’il me le retranscrive, qu’il me l’annonce, qu’il me l’explique correctement, pour que moi j’arrive à visualiser l’image de ce qui va arriver. Il annonce le timing, 400 mètres, 300 mètres, 100 mètres… avec précision. Dans sa façon de me décrire les choses afin que je les intègre, je pense qu’on est plus calés.

Il vous explique mieux qu’avant, ou vous comprenez mieux qu’avant ?
Les deux, je pense. À force de m’expliquer les mêmes choses tout le temps, je le décode mieux. Il a aussi progressé sur la situation pure, savoir se resituer quand on est perdus.

Team Peugeot Champs-Élysées

Séance dédicace : le deuxième boulot des pros. Le Team Peugeot et la DKR 3008 au showroom de Peugeot, 136 avenue des Champs-Élysées.

Le Silk Way Rally a donc été formateur, vous a améliorés, ça veut dire que vous participerez à l’édition 2017 ?
Au stade où j’en suis dans mon expérience du rallye-raid, c’est important de faire un peu de bornes, alors si l’opportunité de faire le Silk Way se présente, je pense qu’il faudra le faire.

Vous évoquez votre « expérience » du rallye-raid, sur une échelle de 10, où vous situez-vous ?
Si c’est en nombre de bornes, je suis faible. Sinon, je pense que, vu le Dakar qu’on a fait, dans la gestion du rythme, dans la navigation, on était plutôt à 7 ou 8. Mais si tu comptes en nombre de kilomètres, avec un Peterhansel qui se situe à 10, je pense qu’on est à 0,3… Et encore.

Ça veut dire que vous avez envie de bouffer encore plus de bornes en rallye-raid cette année ?
Envie ? Non.

Besoin ?
Oui.

Votre progression va donc indéniablement passer par des bornes et les enseignements qu’elles apportent ?
C’est bénéfique pour le pilote mais encore plus pour le copilote, pour la navigation, se retrouver dans des situations compliquées où souvent tu as la mauvaise réaction sur l’instant. Après tout ça, tu te dis « merde, pourquoi on a fait ça, c’est trop con ». La fois d’après, à force de répéter les conneries, tu vas réagir différemment.

En fait, il ne s’agit pas de faire des bornes pour faire des bornes, mais pour faire des conneries ?
C’est ça. Pour apprendre à réagir à tes conneries. Tout le monde se perd à un moment donné, mais tout le monde ne met pas le même temps pour retrouver sa route.

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02 2017 The Red Bulletin

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