Sébastien Buemi's secret of success

Sébastien Buemi : une défaite cuisante mais porteuse

Texte : Werner Jessner
Photo : lukas Maeder

Son rêve de victoire des 24 Heures du Mans s’est envolé 5 minutes avant la fin de la course. Une semaine plus tard, il remporte le championnat de Formule E. De sa déception, il a su tirer une leçon : le lâcher-prise.

C’était le finish le plus dramatique de toute l’histoire des 24 Heures du Mans : à moins de deux tours de l’arrivée, la Toyota de Buemi/Davidson/Nakajima qui menait la course tombe en panne. Même les adversaires ont tenté de réconforter les pilotes anéantis en les prenant dans leurs bras. Une semaine plus tard, le même Sébastien Buemi décroche le titre de Formule E dans un finish de folie. « Sans ce drame du Mans, je n’aurais vraisemblablement pas réussi », affirme le Suisse aujourd’hui.


THE RED BULLETIN : Pensez-vous qu’en fin de compte, la chance et la malchance finissent par s’équilibrer ?
SÉBASTIEN BUEMI : Comment voulez-vous rééquilibrer ce qui s’est passé aux 24 Heures du Mans ? Même si je gagnais la course encore cinq fois, cela ne panserait pas la plaie.

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« Avant la course (en Formule E, ndlr), mon chef de team Alain Prost, qui a perdu en Formule 1 en 1984 d’un demi-point contre Niki Lauda, m’a pris à part et m’a dit que je devais profiter du moment. »

Qu’est-ce qui a fait le plus souffrir ?
De savoir que tout le temps que l’on a passé depuis janvier, les 17 000 kilomètres de test, les 1 000 pneus, tout cet investissement était vain. De savoir tout ce qu’il faut réunir pour ne serait-ce qu’être en mesure de gagner le Mans : la voiture, l’équipe, la chance, le déroulement de la course. Puis le rêve explose un tour et demi avant la fin.

À quoi avez-vous pensé avant de vous endormir après le Mans ?
Le sport automobile m’était devenu totalement indifférent. D’une manière telle que cela ne m’était jamais arrivé jusqu’à présent. J’ai même interdit à ma famille de parler de la course.

Comment avez-vous surmonté la déception ?
J’ai un fils, il n’a même pas un an. Lorsque je suis rentré à la maison, il m’a regardé. C’est là que j’ai vu la vraie vie. Auparavant, je pensais exclusivement en tant que pilote. Le box, le parcours, la course : c’est toute ta vie et tu penses que tout tourne autour de cela. Mais ce n’est pas vrai. C’est ce que j’ai réalisé en regardant Jules dans les yeux.

La distance comme secret du succès ?
Pour un athlète, c’est cela le plus difficile : tout donner et garder malgré tout le sourire lors d’un échec. Conserver une vue d’ensemble même dans les moments les plus difficiles.

24 Hours of Le Mans, Circuit de la Sarthe

Sébastien Buemi (ici dans sa Toyota aux 24 Heures du Mans) a réappris grâce à sa plus grande défaite à profiter du moment.

© Dutch Photo Agency/Red Bull Content Pool

En Formule E, sa décision fut phénoménale : Luca di Grassi, le dernier adversaire en course de Sébastien Buemi, le pousse intentionnellement du circuit et il manque de perdre le titre. Toutefois la voiture reste intacte. Ultime chance : accomplir le temps le plus rapide au dernier tour et gagner ainsi les points qui permettront de remporter le titre. Di Grassi le sait et bloque le Suisse sur le parcours. Buemi fait en sorte de se retrouver tout dernier, et d’avoir ainsi la voie libre : il explose le record et remporte le titre.

Est-ce compliqué de rester cool et précis parmi toutes ces émotions ?
Le tour record était ma dernière chance. Tout le reste ne m’intéressait plus. Lorsque j’ai été heurté, je me suis dit que j’étais maudit. Mais dès l’instant suivant, je savais que ça ne serait pas aussi grave que la défaite du Mans.

Dans quel état d’esprit étiez-vous au départ de la course ?
Totalement détendu. Si je ne gagnais pas le titre, le monde ne s’écroulerait pas. Je voulais simplement donner le meilleur de moi-même, et si cela est suffisant, tant mieux. Sinon, la vie continue malgré tout. C’est le positif de cette semaine au Mans.

… que vous ayez appris à rester cool ?
Exactement. Je ne sais pas si j’aurais réussi à surmonter la pression sans cela. Avant la course, mon chef de team Alain Prost, qui a perdu en Formule 1 en 1984 d’un demi-point contre Niki Lauda, m’a pris à part et m’a dit que je devais profiter du moment. Que j’étais l’un des deux -pilotes à avoir la chance jusqu’à la dernière course de remporter le titre. C’est ce pour quoi on fait du sport. Avant le Mans, j’aurais haussé les épaules à ce genre d’affirmation. Mais désormais, je comprends et j’ai su saisir cette énergie positive. 

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02 2017 The Red Bulletin

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