everest summit

Voilà comment votre corps réagit 
à 8 000 m d’altitude

Texte : Steve Root
Photo d’ouverture : Harry Kikstra / Getty Images

Vous élevez au sommet peut vraiment vous mettre sur les rotules. Voire même vous achever. On vous explique le pourquoi du comment.

Pour progresser à très haute en altitude, disons, jusqu’au sommet de l’Everest, à 8 848 mètres, il est indispensable de s’acclimater en douceur. Notamment afin d’éviter les effets secondaires tels que l’hypoxie, due à une privation d’oxygène, celui-ci se faisant plus rare à partir de 3 000 mètres. Car en altitude, la baisse de la pression atmosphérique s’accompagne d’une baisse de la pression en oxygène, le rendant moins disponible pour l’organisme. Par exemple, au sommet du mont-Blanc, à 4 600 mètres, l’oxygène est réduit de moitié.

Le processus d’acclimatation (autour de 3 500 mètres) dure de quelques heures (6 minimum) à plusieurs semaines. Il existe une limite physique, à environ 7 800 mètres d’altitude, au-dessus de laquelle le corps humain ne peut plus s’adapter. Cette limite s’appelle la « death zone ». Au-delà, l’organisme est littéralement en train de mourir.

Aux débuts de l’alpinisme, on pensait que la meilleure tactique était de passer la nuit près du sommet, de se reposer puis de faire le dernier effort jusqu’à la cime. Mais il s’avère qu’à cette altitude, les grimpeurs s’endormaient pour ne plus se réveiller. L’approche moderne est de dormir un peu plus bas et de faire la dernière ascension rapidement, pour redescendre tout aussi rapidement et se mettre en sécurité. 

Concrètement, quelles sont les conséquences d’une telle ascension sur l’organisme ?

everest summit

Sur la crête du Denali, le plus haut sommet d’Amérique du Nord situé en Alaska : 6 163 mètres. 

© Adam Clark

LES POUMONS

Avec l’apparition de l’hypoxie, la fréquence du pouls augmente, le sang s’épaissit et des caillots se forment. Le risque d’accident vasculaire cérébral est élevé. En réponse de survie, le débit sanguin augmente. L’aggravation des symptômes peut conduire à un œdème pulmonaire de haute altitude (OPHA). Cela se produit quand les poumons accumulent du liquide. Les victimes peuvent rapidement se noyer dans leur propre sang. Les symptômes incluent une légère température et un essoufflement intense, même au repos (tachypnée). Avec un stéthoscope à l’écoute des poumons, vous pouvez entendre les gargouillis de sang. Redescendre pendant que vous êtes encore conscient est la meilleure chose à faire.

LE CŒUR

Avec l’hypoxie, la fréquence cardiaque peut monter jusqu’à 140 battements par minute, appelé tachycardie, et avec elle, l’augmentation du risque d’accident vasculaire cérébral ou un arrêt cardiaque soudain. Le cœur en général, même s’il a été habitué aux émotions fortes, à la vitesse, à l’adrénaline, ou à la coke… ne supporte pas longtemps cet état. 

LES YEUX

Les yeux peuvent subir des hémorragies assez vilaines suite à l’éclatement de petits vaisseaux sanguins, ce qui entraîne des taches rouges. C’est peu gracieux, mais tant qu’à faire, cela vaut mieux que d’être aveuglé, ce qui arrive si l’on n’a pas de protection visuelle adéquate. Exactement comme indiqué ici, vous pouvez perdre l’usage de vos yeux temporairement à cause de l’éblouissement provoqué par le reflet de la lumière sur la neige et la glace. Ce que l’on ne soupçonne pas  cependant, c’est que les cornées, brûlées par le soleil, deviennent ultra sensibles à la moindre lumière laquelle peut se ressentir comme des aiguilles plantées dans les yeux. Mieux vaut alors décompresser et attendre.  

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Le sommet du Denali, à 6 000 mètres d’altitude.

© Adam Clark

LE TUBE DIGESTIF

Dans la « zone de mort », en plus de la nausée et des vomissements, la digestion devient presque impossible. C’est-à-dire que même si vous ne consommer qu’un minimum de nourriture, autant que votre appétit d’oiseau vous le permettra, à cette altitude, votre corps ne pourra pas bénéficier des nutriments. 

LE CERVEAU

L’OCHA ou « œdème cérébral de haute altitude » est au cerveau ce que l’OPHA est aux poumons : le cerveau souffre du manque d’oxygène et d’une augmentation de la pression dans la boîte crânienne. C’est une affaire très sérieuse. Le corps se bat en favorisant la circulation pour mobiliser l’oxygène et augmente ainsi le nombre de ses globules rouges. C’est là que le cerveau peut commencer à gonfler. En plus des désagréments tels que la nausée ou les vomissements, l’OCHA provoque une baisse du niveau de conscience, de la difficulté à réfléchir et à raisonner. On devient stupide. Les victimes ont des hallucinations bizarres, discutent avec des compagnons imaginaires, perdent leur faculté de jugement… (voire se mettent à arracher leurs vêtements et leur protection alors que la température est loin en-dessous de zéro).  

LES EXTRÉMITÉS

Le  risque le plus grand pour les mains, les oreilles, les pieds et le nez sont les engelures. Mais vous devez vous estimez heureux si vous ne perdez qu’un ou deux doigts ou orteils. La confusion physique, l’incapacité à coordonner ses mouvements est aussi préoccupante que l’OCHA. Surtout sur un sommet à 8 000 mètres, avec des parois de glace abruptes et des crevasses sans fond de part et d’autre. Un médicament à base d’acétazolamide (comme le Diamox), des bouteilles d’oxygène et des poches de perfusion sous pression peuvent apporter un soulagement temporaire. Mais seulement le temps de redescendre.

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02 2016 RedBulletin.com

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