Wayne Gretzky The Red Bulletin

Gretzky, roi en son palet

Entretien : Werner Jessner
Photos : Marco Rossi

Michael Jordan, Ali, Pelé, Senna : ces athlètes de légende ont marqué leur sport comme nuls autres. Et leurs records semblent inégalables à jamais. Il en est pourtant un qui souhaite être détrôné : le king du hockey, Wayne Gretzky.

894 buts, 1 963 passes décisives en 1 487 matches, quatre Stanley Cup, 18 sélections au All-Star Game, plus de 60 records inégalés… Wayne Gretzky est une légende du hockey sur glace, le meilleur joueur jamais vu. « The Great One » a des rues à son nom et des statues de bronze à son effigie, érigées par les villes dont il a porté le maillot. Après sa retraite en 1999, la totalité des franchises NHL ont retiré son numéro, plus aucun joueur de la Ligue nationale de hockey ne peut porter le mythique 99. Démissionnaire de son poste d’entraîneur des Phoenix Coyotes en 2009, le Canadien de 53 ans – qui n’a pas pris un gramme – est un retraité heureux qui profite de ses 5 enfants et continue de suivre avec passion les évolutions du sport qui l’a fait roi. The Red Bulletin a rencontré « La Merveille » en Californie.


THE RED BULLETIN : Vous avez toujours pensé au hockey ?

 « Mon père m’a  toujours dit : “Ton talent est un don du ciel, ne le gâche pas.” Je m’y suis tenu »

Wayne Gretzky : Depuis l’âge de deux ans, rien ne m’a donné autant de plaisir.


Vous avez commencé à jouer à cet âge ?

À 2 ans, j’ai reçu ma première crosse. Je jouais dans le salon avec ma grand-mère : j’étais l’attaquant et elle le gardien de but.


Aimiez-vous vous entraîner ?

M’entraîner, jouer, patiner, m’améliorer, scorer, amener des buts… Pour moi, il n’y avait rien de plus beau. Même pendant mon adolescence, seules deux choses comptaient : ma famille et le hockey.


Pas de sorties, de petites amies, de bêtises ? D’où vient cette attention exclusive ?

Mon père me répétait que mon talent était un don du ciel et que je ne devais pas le gâcher. Je m’y suis tenu.


Ne vous êtes-vous jamais lassé de passer tout votre temps sur la glace ?

D’avril à septembre, je pratiquais l’athlétisme, la crosse, le football et le base-ball. Une manière de travailler mon endurance, ma puissance physique et la coordination entre les yeux et mains.


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Détenteur du record en NHL

Wayne Gretzky a marqué 894 buts dans sa carrière, ce qui fait de lui le numéro 1 indéclassable.

© Photo : Getty Images

En match, vous étiez toujours là où le palet atterrissait, vous évitant de devoir lui courir après. Comment faisiez-vous ?

À 6 ans, je jouais contre des enfants qui en avaient 10. Ma petite taille m’obligeait à me positionner là où il n’y avait personne. Sinon, je me serais fait tailler en pièces. À 14 ans, mes adversaires en avaient 20, et à 17 ans je jouais en pro.
 

Et vous avez marqué votre premier but dès votre 4e match…

Pour réussir j’étais condamné à être créatif et à m’en remettre aux maîtres-mots enseignés par mon père : clairvoyance, rapidité et instinct.
 

Votre jeu n’a jamais reposé sur le physique. Vous avez gardé celui de vos jeunes années…

Oui, mais en l’améliorant sans relâche.
 

Quand vous regardez un match à la télé, arrivez-vous à anticiper les actions de jeu ?

Pas dans les autres sports, seulement quand je regarde un match de NHL. Parfois, je m’étonne de voir un joueur tenter une chose ou l’autre pour se sortir d’affaire, alors que dans ma tête je vois une solution bien plus élégante et efficace.
 

Les pilotes de course disent souvent qu’ils voient l’action se dérouler plus lentement qu’elle ne l’est en réalité. Comme si leur notion du temps était décalée. C’est la même chose
pour vous ?

J’ai probablement la capacité d’anticiper les étapes d’une action et ce qui va en suivre. Mais ma mémoire photographique a joué un rôle bien plus important : sur la glace, j’avais en mémoire la position de chaque joueur sur toutes les attaques. Ça a toujours été comme ça.

 « L’angoisse, c’est quand on perd son job. Pas pour une 7e rencontre en finale de Stanley-Cup »

Durant la saison 1981-82, Gretzky tire 92 buts au total. Le voici en action : son 77e but en février 1982.

© Photo : Getty Images

En comparaison de vos 92 buts lors de la saison 1981-1982, il y a encore de la marge…

Ces jeunes ont beaucoup de respect pour le jeu et leur équipe nationale. Cela me plaît et démontre qu’ils ont le cœur au bon endroit. Eux aussi trouveront leurs successeurs. Le hockey se professionnalise à grande vitesse et à tous les niveaux. Mes records tomberont et je serai encore là pour le voir. Je suis le premier à l’encourager.


À quoi ressemblera celui qui y parviendra ?

Il aura mon bagage technique mais aura 5 cm et 10 kilos de masse musculaire en plus (Wayne Gretzky faisait 1,82 m pour 80 kg, ndlr).


Wayne Gretzky The Red Bulletin

© Photo : Marco Rossi

Depuis quatre décennies, vous êtes une personnalité médiatique. Quand vous aviez 12 ans, des journaux évoquaient déjà l’enfant prodige. À 20 ans, vous étiez un habitué des couvertures de Sports Illustrated. Comment résiste-t-on face à une pression aussi excessive ?

Je viens d’un milieu modeste. Mes grands-parents ont émigré de Russie et de Pologne. Mes parents, de simples ouvriers, travaillaient dur et ont réussi à faire en sorte que chaque jour à 17 heures,  nous nous retrouvions tous autour de la table de la cuisine pour dîner ensemble.


Votre père Walt était un modèle en matière d’éducation ?

Absolument, même si mon quotidien de père diffère totalement de ce que fut le sien. Mon visage est connu, ma femme Janet est actrice, nous voyageons. Aujourd’hui tout va plus vite. Nos enfants sont de bonnes personnes. Ma fille Paulina sort avec un golfeur pro, l’aîné de nos fils joue au base-ball en pro. Ce sont des conditions peu favorables à une vie de famille classique. Cela ne les a pas empêchés d’apprendre à dire « s’il vous plaît », « merci » ou « pardon ». C’est là que mon père me tient lieu de modèle, dans la façon dont il a su guider ses enfants en nous donnant tout son amour et son soutien. Ma mère n’étant malheureusement plus parmi nous. Mais ma belle-mère, âgée de 93 ans, et mon père font partie intégrante de notre quotidien. Un dîner avec le Premier ministre du Canada est bien plus tranquille qu’un dîner avec mon père ! Walt Gretzky est le père de tous les Canadiens, tout le monde l’adore.


Vous n’avez jamais espéré que l’un de vos fils prenne la relève ?

Cela m’aurait fait plaisir. D’un autre côté, on s’est épargné pas mal de pression (rires).


L’an dernier, deux de vos anciens clubs, les LA Kings et les New York Rangers, se sont affrontés en finale de la Stanley Cup. Pour qui étiez-vous ?

Pour aucun des deux, je gagnais quoi qu’il arrive ! J’ai aimé vivre dans ces deux villes et jouer dans ces deux clubs. Et pour une fois, dans les bars sportifs de Los Angeles les spectateurs fans de basket ont dû insister pour pouvoir voir un match, car sur tous les écrans il n’y avait que du hockey. Comme quand je jouais chez les Kings.

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10 2014 The Red Bulletin

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